Jules est chauffeur de limousine pour le Ritz. Sur sa banquette défilent milliardaires, femmes d’affaires, fils à papa, stars du CAC 40, putes de luxe, stars du show bizz, mafieux russes, ou simples familles millionnaires en goguette. Leurs désirs peuvent être éminemment tordus, leur comportement irrationnel, leurs destinations peu recommandables : peu importe. Jules est toujours prêt à les satisfaire. Ritz oblige. Et il y met d’autant plus de zèle qu’il a un sérieux problème d’argent et qu’il n’attend qu’une chose : le tip (pourboire). Le livre commence sur une rupture : sa fiancée Paula, dont il est éperdument amoureux, le quitte parce qu’il ne se sent pas prêt pour un enfant. Lui aussi veut une vie de famille, mais d’abord la certitude d’avoir de quoi bien la nourrir. Il lui faut donc gagner de l’argent, et vite. Jusqu’où Jules est-il prêt à aller pour bien « tiper » ? Aussi loin que ses clients le veulent et plus loin encore puisqu’il devient la pièce maîtresse d’une arnaque montée par un doorman du Ritz de mèche avec une pute de luxe : filmer les ébats de clients sélectionnés et les faire chanter avec la vidéo. Faire payer les riches pour donner au pauvre, voilà qui semble régler tous les problèmes. Sauf que les plus à plaindre sont souvent sur la banquette arrière et non au volant. Et Jules, après avoir mouillé dans la combine, va finalement renoncer à cet argent facile... grâce à Paula. Les chauffeurs de limousine pensent aussi est le portrait intime et drôlissime du monde, souvent pathétique, des VIP. Les anecdotes foisonnent. Certaines sont incroyables, mais toutes sont vraies.
Notre avis :
Un milliard et des poussières nous raconte l’histoire de Jules. Jules a 37 ans, a trouvé la femme de sa vie mais n’a pas un sou en poche. En attendant de devenir millionnaire, il est chauffeur dans le plus grand des palaces parisiens. Sur la banquette arrière de sa limousine se succèdent grands patrons, trafiquants d’armes, hommes d’Etat, stars du showbiz et Jules les observe dans son rétroviseur, guettant le bon client, celui qui lui lâchera un gros pourboire. L’argent devient vite une obsession qui le fait déraper.
Un héros du quotidien, une galerie de portraits soutenus par une langue enlevée à la fois précise, flamboyante et sans concession, c’est le parti pris pour ce troisième roman qui est une vraie réussite. L’écriture est percutante, parfois violente mais toujours juste et résonnante. Elle fait de chaque trajet dans Paris une épreuve initiatique. Au fil des pages, l’ambiance qui s’installe rappelle immanquablement Miller, Bukowski et Fante et, si la langue est française, la vibration est américaine.
L’histoire et l’univers de Jules sont d’autant mieux rendus que l’auteur, Bertrand Latour, a exercé ce métier et rapporte ici des anecdotes vécues. Mais il ne faut pas s’y tromper, ce n’est pas le livre d’un chauffeur qui se fait écrivain pour raconter son histoire mais bien un vrai livre d’écrivain qui s’est fait chauffeur pour un temps et en a tiré un roman en forme de pépite d’or.