Belle Epoque
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Dans « Belle époque », Joseph Moog partage avec nous un état d'âme sentimental, sa nostalgie d'une époque pleine de créativité et d'exubérance intellectuelle. Une somptueuse collection de vingt-et-une pièces, contenant de nombreuses raretés (Bowen, Rosenthal, Petit, Chaminade, etc.) où le pianiste allemand tente de retrouver la liberté, l'esprit d'aventure qui voguaient dans l'air au début du XXe siècle. Enthousiasmant.

Davantage qu'un panorama strict d'une période, Joseph Moog partage avec nous un état d'âme sentimental, sa nostalgie d'une époque pleine de créativité et d'exubérance intellectuelle, qui porta, dans un moment de tensions politiques, sociales et économiques croissantes, tous les domaines de l'art, et naturellement la musique, à une acmé inédite.

Imaginez-vous... fin d'automne 1913, ou 1919, devant la façade du Konzerthaus (à Vienne), ou Carnegie Hall ou encore de la Salle Gaveau, vous flanchez à l'idée d'entendre l'un de vos musiciens favoris ; vous prenez un ticket... « Mon dieu, il joue tout son florilège de favoris ! La Leggierezza de Liszt, cette si charmante Tarentelle de Scharwenka...» mais aussi des oeuvres nouvelles ! comme la Suite de cet étrange Anglais, d'esprit merveilleusement néo-classique... York Bowen...

Lâchez donc la machine à remonter le temps ! Chérissez simplement vos souvenirs ! Ainsi va Moog. Car cette liberté, cet esprit d'aventure qui voguaient dans l'air au tournant du XIXe siècle, l'Allemand les a découverts durant les intenses weekends de son âge tendre, quand ses parents retrouvaient plusieurs de leurs connaissances et conversaient à propos de partitions, d'enregistrements et de vidéos de toutes sortes d'oeuvres et interprétations. Il ressuscite ainsi en forme de concert des nations l'atmosphère inspirante qui, enfant, a éveillé sa fibre musicale. Les murmures en forme de regret de l'Ukrainien Sergei Bortkiewicz (1877-1952) voisinent ainsi avec l'espièglerie virevoltante des Papillons de Moriz Rosenthal (1862-1946). La mélancolie conquérante de Poulenc (Mélancolie, 1940) fouettera la tristesse voilée des temps dorés (Vincent d'Indy, Nocturne, 1886), quand la vélocité inquiète de Leschetizky, à mi-chemin de Chopin et Schumann, caressera l'innocence aérienne de Cécile Chaminade. Dans cette guirlande enchantée, l'évasion sera reine, et s'incarnera (même) doublement dans les instants où Rachmaninoff réinvente Kreisler (Liebesfreud, Liebesleid).

Dans cette rétrospective de la vie d'alors, rêvée mais émouvante, élégiaque parfois, souriante ailleurs, Moog n'oublie pas l'intimité des maisons, le confort domestique, ultimes refuges devant l'irruption inéluctable des progrès industriels - ah, ce Sapin de Sibelius, si apaisant, si beau !
 
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