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Le Punk (qui se prononçait souvent « paink » dans pas mal d'endroits) français à ses débuts :
Une copie pas vraiment conforme à l'original.
Balbutiements, fourmillement à géométrie variable, anarchie bordélique pour de vrai, mauvaises intentions transformées en bonnes ; c'est ainsi que le punk rock (ou tout du moins ce qui s'en approchait le plus) a été, les toutes premières fois, adapté à notre petite sauce hexagonale. Pas de réseau un minimum actif - distributeur de disques ou circuit de concerts - pour le diffuser, hostilité des générations précédentes (ou pire, compassion, voire paternalisme...), rien ni personne pour faire le lien entre les quelques groupuscules isolés d'abord habités par la passion d'un supposé vrai rock (l'envie de terroriser le voisinage est venue vite après) et qui, chacun dans leur coin, essayaient de défier leur petite province ou leur gros centre ville avachi. Lesquels s'en foutaient bien sûr totalement.
Cela n'avait rien d'un mouvement, contrairement à ce que l'on racontera plus tard dans des articles ou des bouquins fainéants, c'était juste pour quelques-uns une tentative sincère, forcément vouée à l'échec dans un pays comme celui là (celui de Giscard ou de Mitterrand, ce qui pour nous était pareil) de faire se rejoindre la méchante utilisation de guitares avec un insondable dégoût de tout et un ennui à fleur de peau qui minaient autant qu'ils nourrissaient le quotidien adolescent. Ou, pour les légèrement plus âgés, post-adolescent.
Cela se passait à Marmande, Reims, Lyon, Paris ou ailleurs. Mais, même lorsque l'on croyait être dans l'oeil de l'un des cyclones, on ignorait tout, ou presque tout de ce qui se tramait parallèlement ailleurs. On connaissait mieux les derniers 45T sortis à Londres par Stiff ou Chiswick Records que ceux de Strychnine à Bordeaux ou de Sexe à Pile à Lyon.
Découvrir ce qui se passait ailleurs, un peu partout dans cet Hexagone si tristement rigide, si tristement français (car, même si l'on chantait par défaut « dans la langue », on reniait à peu près tout ce qui pouvait lui être liée, Gainsbourg, Ferré ou Lavilliers : tous vieux cons, tous pareils... ) est évidemment l'un des grands intérêts de cette compilation de French Punk Anthems qui couvre les années 1977 (Dogs, Gasoline) à 1982 (Coronados, Soggy)... Les seules vraiment exaltantes, car ceux qui se démenaient alors dans leur local de répétitions ne cherchaient pas encore à s'enfermer dans une tendance parfaitement définie ; rock alterno, Punk standardisé ou revival garage Sixties. Ils faisaient leur machin : libres dans leurs choix avec des envies bien arrêtées mais ouvertes à l'imagination, malhabiles (mais jamais ils n'auraient demandé conseil à d'autres), sûrs de leur propos, de leur savoir, de leur supériorité sur la ringardise, mais aussi de leur apparence qui disait tout :
Perfectos déjà râpés pour les uns, boots pointues à élastiques et veste de faux tweed pour les autres, fringues zippées ramenées de Kings Road pour les plus riches. Dénominateurs communs : futes étroits, badges et couleur noire quasi obligatoire. Et, à l'image d' Electochoc, groupe de Marmande tellement symptomatique du moment (1978), un répertoire rarement constitué de chansons d'amour mollassonnes...
Ces groupes résumaient parfaitement à eux seuls l'intensité, l'effervescence et la diversité des cinq années qui venaient de s'écouler dans la marge. Aucun d'eux n'ayant bien sûr jamais connu le véritable succès.