28 octobre 2025

Interview : dans les coulisses du nouveau Astérix avec Fabcaro et Didier Conrad

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Luna - Rédactrice

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Plus de soixante ans après sa création, le plus célèbre des Gaulois continue de faire voyager ses lecteurs. Avec Astérix en Lusitanie, 41e album de la saga, nos irréductibles héros prennent la direction du Portugal pour une aventure ensoleillée, pleine d’humour et de résistance.

Aux commandes, le duo complice Fabcaro et Didier Conrad, qui perpétuent avec talent l’héritage de Goscinny et Uderzo tout en y insufflant leur touche moderne et personnelle.
À l’occasion de la sortie de ce nouvel album, ils ont accepté de répondre à nos questions pour évoquer la genèse de cette aventure lusitanienne et partager les coulisses de leur collaboration.

Astérix Tome 41 : Astérix en Lusitanie

Astérix Tome 41 : Astérix en Lusitanie

René Goscinny, Albert Underzo - 10.99€

Par un beau matin de printemps, un inconnu débarque au village. Il arrive de Lusitanie, cette terre de soleil à l'ouest de l'Hispanie qui se trouve également sous la férule de Rome. Cet ancien esclave croisé dans le Domaine des dieux est venu demander de l'aide à nos irréductibles Gaulois car il connaît les effets puissants de la Potion Magique. Pour Astérix et Obélix, une nouvelle aventure commence !
Découvrez la 41e aventure d'Astérix en grand format, avec dos toilé, tranchefile, papier de collection, comprenant les planches et documents de travail originaux des auteurs et un dossier inédit de 30 pages sur les coulisses de la création. 

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Pouvez-vous nous donner un aperçu du pitch de ce nouveau tome sans trop nous spoiler ?

Fabcaro : C’est un Lusitanien qu’on a vu dans Le Domaine des Dieux qui vient demander de l’aide aux Gaulois. Il vient d’un petit village où un de ses meilleurs amis, producteur de garum, est suspecté d’avoir voulu empoisonner César. Il a été emprisonné, et notre personnage vient demander de l’aide aux Gaulois pour prouver son innocence et démêler cette histoire.

 

Quel a été le point de départ ou l’inspiration pour cette nouvelle aventure ?

Fabcaro : Une fois que j’ai décidé que ça se passerait en Lusitanie, je me suis documenté. J’ai découvert que la Lusitanie était le premier producteur de garum dans l’Empire romain. Je me suis dit que ça pouvait être un bon point de départ, avec un prétexte pour parler des échanges commerciaux, de la mondialisation, etc.

 

Combien de temps vous a-t-il fallu de l’écriture au dessin ?

Didier Conrad : Environ 18 mois. Ça peut varier d’un mois ou deux selon les albums, mais c’est à peu près le temps qu’il faut. On le commence vers janvier et on le termine vers juillet, donc ça fait un an et demi.

 

Quel est votre premier souvenir avec Astérix ?

Fabcaro : Ma maman m’a acheté Le Grand Fossé quand j’avais sept ans, en 1980. J’ai adoré, c’était une de mes premières BD. J’ai eu un coup de foudre. Je voulais tous les albums ensuite, car je voyais que derrière il y avait la liste de toute la collection.  Mais ma mère me les a achetés petit à petit.

Didier Conrad : Moi, j’étais malade, j’avais 7 ans aussi, et on m’a amené mon premier Astérix qui était Astérix le Gaulois. Ça m’a presque guéri ! Et comme pour Fabcaro, j’ai vu le derrière et j’ai voulu lire tous les autres.

 

Que représente pour vous le fait de reprendre une série aussi emblématique après Goscinny et Uderzo ?

Fabcaro : C’est une sacrée responsabilité, mais aussi un grand honneur. Pendant que je travaille, j’essaie de ne pas trop y penser, sinon on n’avance pas. J’essaie de toujours garder à l’esprit de rester fidèle à l’esprit de Goscinny et Uderzo : essayer de faire un album qui ressemble à un “vrai Astérix”, un album qu’auraient validé les créateurs. On n’est que des passeurs, on est au service de quelque chose qui est plus grand que nous, donc on essaie vraiment de faire le job, d’être à la hauteur de tout ce qui a été fait.

Didier Conrad : C’est contraignant, mais pas lourd. C’est un univers familier, on s’y sent bien. Il y a des contraintes, mais aussi beaucoup de possibilités qu’on n’aurait pas ailleurs.

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Le public a-t-il changé ? Et cela influence-t-il votre manière de raconter ?

Fabcaro : Oui, la société a changé et le public aussi, un peu par conséquent. Mais je crois qu’il ne faut pas trop en tenir compte. Il faut garder l’esprit et la magie d’Astérix. De toute façon, l’écriture évolue avec la société, donc les références changent. Ce n’est pas tant en fonction du public, mais de l’évolution du monde. On espère que le public suivra.

 

Relisez-vous souvent des albums classiques pour vous aider ?

Didier Conrad : Ça dépend des besoins. Si je travaille sur un album de village, je regarde la topographie des anciens pour rester cohérent et choisir ce qui correspond le mieux à ce que j’ai à raconter. Pour les personnages, je pioche un peu partout pour réutiliser les personnages existants ou pour avoir un registre d’expressions.

Fabcaro : Je relis parfois en tant que lecteur, pas vraiment dans le cadre du boulot. Pour m’inspirer je ne relis pas forcément, cependant, si j’ai une idée de blague, je vérifie qu’elle n’a pas déjà été faite. J’ai tellement lu Astérix plus jeune que je suis très imprégné de la culture.

 

Comment voyez-vous Astérix dans 50 ans ?

Fabcaro : Si c’est bien fait, si les auteurs perpétuent l’esprit, nous et ceux qui passeront après nous, Astérix restera intemporel. Astérix sera le même qu’il y a 65 ans, et le même qu’aujourd’hui.

Didier Conrad : Je pense que l’univers peut se perpétuer à travers les époques. Le design de la série permet de s’adapter aux changements de société. Le vrai défi, c’est de savoir s’il y aura encore des BD papier… et des gens formés pour ce style.

 

Si vous pouviez vivre dans un des albums d’Astérix, lequel choisiriez-vous ?

Fabcaro et Didier Conrad : Waouh, on ne nous l’a jamais posée celle-là !

Fabcaro : Je vais dire le premier qui me vient : Astérix aux Jeux Olympiques. Idéalement, si tout le village avait suivi, les femmes aussi. C’est un album moitié voyage, moitié village. On part à la découverte d’un autre pays, dans un contexte chouette, mais le village accompagne nos héros. Je le trouve douillet, celui-là. J’en ai cherché un qui ne fait pas peur, contrairement à La Zizanie ou Le Devin, par exemple.

Didier Conrad : Moi, je ne sais vraiment pas ! Parce qu’on a des albums préférés, mais ce ne sont pas forcément ceux dans lesquels on aimerait vivre. Je préfère Astérix et Cléopâtre, mais je n’ai pas forcément envie de vivre dans le désert égyptien. Pourtant, l’Égypte antique, c’est fascinant. Peut-être Le Tour de Gaule, parce qu’on découvre toutes les régions de la Gaule… et on y mange bien !

Comment se passe la collaboration avec Fabcaro, notamment pour les gags visuels ?

Didier Conrad : Ça se passe bien ! Il prévoit l’espace pour les gags visuels et donne une indication du genre. Ensuite, je fais passer ça au dessin avec le « filtre Uderzien » . Il faut aller vers l’outrance, avec des gestes et expressions très caricaturales.

 

Quels sont les défis pour écrire dans un univers aussi codifié ?

Fabcaro : Ce n’est pas le côté codifié qui me gêne, j’aime les contraintes. Mon principal défi, c’est de faire un récit long. Je viens du gag court, donc construire une histoire de 44 pages, c’est nouveau pour moi. Mais avec ce deuxième album, je commence à prendre mes marques.

 

Quel est votre personnage préféré dans Astérix ?

Fabcaro : Obélix. Il représente le côté comédie, alors qu’Astérix incarne l’aventure. J’aime faire rire, et Obélix est un outil incroyable pour ça. C’est un enfant et j’aime bien « jouer » avec lui.

Didier Conrad : Quand j’étais petit, je préférais Falbala dans Astérix Légionnaire. Mais maintenant j’hésite entre Astérix, Obélix et Panoramix, ce sont les personnages qu’on utilise le plus dans les histoires.