Est-ce difficile d’écrire des histoires pour les tout-petits ?
L’écriture des histoires de Petit Ours Brun comporte des difficultés propres. Les récits doivent être précis, concrets, traduire une attention aigüe aux petites choses propres à l’enfance. Ce n’est pas l’adulte qui regarde l’enfant, c’est l’enfant qui regarde le monde qui l’entoure. Les textes doivent également être justes, vivants, mettre la vie de l’enfant à l’honneur, l’aider à se comprendre, se sentir important, comprendre ses relations avec son entourage. Enfin, ils doivent être vrais, ne pas s’en tenir à la surface des choses, ni aux clichés, mais exprimer la vérité des sentiments et des émotions. Cela de manière concise, le texte ne dépassant pas 48 signes par ligne, deux lignes par case, et 7 cases par histoire. C’est très peu !
Au fil des années, est-ce que vous écrivez différemment ? Qu’est-ce qui a changé ?
Oui et non. Du côté des émotions, rien n’a changé. Les enfants d’aujourd’hui ressentent toujours la peur du noir ou la joie de patauger de la même façon. Mais il y a eu des évolutions au niveau des objets et équipements (les petites enceintes ont remplacé les lecteurs de cassettes, la draisienne a été inventée…), et bien sûr des changements concernant l’éducation et les modes de vie. Les parents de Petit Ours Brun ont toujours été attentifs, mais au fil des années ils accueillent davantage la parole et les émotions de Petit Ours Brun, ce qui ne signifie pas qu’ils accèdent à tous ses désirs, mais qu’ils écoutent ce qu’il dit et observent ce qu’il ressent pour y répondre au mieux, avec bienveillance ou en posant des limites. Par exemple, deux histoires Petit Ours Brun est en colère ont été publiées, une en 1983, l’autre en 2016. Dans l’histoire de 1983, Maman Ours s’agace que Petit Ours Brun soit en colère. Dans celle de 2016, elle lui dit : « Je vois que tu es en colère » et quitte la pièce. Petit Ours Brun hurle et pleure dans sa chambre. Quand ses pleurs sont calmés, Maman Ours revient, le prend dans ses bras et lui demande doucement : « Alors, cette colère ? ». Petit Ours Brun répond : « Elle est partie par la fenêtre ! »
Est-ce que vous aviez imaginé que Petit Ours Brun fêterait un jour ses 50 ans ? A votre avis, quel est le secret de sa longévité ?
Pas du tout ! Quand je suis arrivée dans le monde de la presse et de l’édition jeunesse, j’ai appris que les héros vivaient avec leur époque, et qu’un jour, il fallait les remplacer, sauf certains qui traversaient le temps, mais que cela était imprévisible. Je crois que le secret de longévité de Petit Ours Brun, c’est une alchimie entre sa vérité, sa simplicité, une grande lisibilité pour le texte comme pour l’image, et l’éclat de ses couleurs. Je crois aussi qu’il naît d’un travail collectif animé d’un véritable esprit d’enfance, à Bayard Jeunesse, aujourd’hui et depuis toujours.