10 septembre 2025

20 ans Twilight : interview d’Isabel Vitorino directrice éditoriale chez Hachette Romans

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Léa - rédactrice

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La saga Twilight fête ses vingt ans. Depuis la parution de Fascination en 2005, l’œuvre de Stephenie Meyer s’est imposée comme un incontournable de la littérature young adult, marquant ainsi plusieurs générations de lecteurs. 

Pour célébrer cet anniversaire, Hachette Romans publie deux éditions collector : une version reliée du premier tome de la saga, en grand format avec jaspage doré spectaculaire, et une réédition des cinq tomes en poche.

À cette occasion, nous avons échangé sur le succès de la saga avec Isabel Vitorino, la directrice éditoriale de la maison. Un entretien qui mêle souvenirs, coulisses de publication et perspectives pour les fans d’hier comme d’aujourd’hui.


Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ainsi que votre parcours professionnel. 

Au cours de mes études en Métiers du Livre, j’ai eu la chance d’effectuer un stage chez Hachette Romans en 2007 puis un CDD l’année suivante. Après un passage aux Éditions Albert René, l’éditeur d’Astérix, et notamment grâce au phénomène Twilight, un poste a été créé et j’ai pu revenir chez Hachette Romans en 2010, d’abord en tant qu’assistante d’édition, puis d’année en année mon poste a évolué au fur et à mesure que notre catalogue s’est développé. Cela fait donc plus de quinze ans que je travaille passionnément au sein de notre belle maison et je me réjouis de m’adresser à vous aujourd’hui pour célébrer les vingt ans de Twilight.

 

Racontez-nous : comment s’est passée la publication de Fascination en 2005 ? Quels ont été les premiers retours des équipes Hachette Romans lors de la lecture du texte original de Stephenie Meyer ? Est-ce qu’il y a eu des doutes ou l’enthousiasme a-t-il été immédiat ?

En décembre 2004, notre scout britannique, Natasha Farrant, qui effectue pour nous une veille permanente sur le marché anglo-saxon, a reçu la soumission du manuscrit original de Twilight, de la part de l’agent de Stephenie Meyer, en parallèle des soumissions aux éditeurs anglo-saxons. Aussitôt elle commence à le lire et même le dévorer, puis elle écrit à notre directrice Cécile Térouanne : « Je suis en train de tomber amoureuse d’un vampire. Il faut que tu lises ce texte en priorité. » Cécile le lit aussitôt et le charme opère immédiatement, elle est tout de suite séduite par cette histoire de fascination – c’est d’ailleurs de là que vient le titre du premier tome en français – et décide de le publier. Twilight est l’exemple parfait du « coup de cœur de l’éditeur ».

 

En 20 ans la saga Twilight a marqué plusieurs générations du monde entier et continue encore aujourd’hui à passionner les lecteurs. Selon vous, quels sont les ingrédients qui ont fait le succès de la saga ? 

Le succès de la saga repose avant tout sur le fait que c’est une histoire d’Amour, une romance qui fait rêver, celle d’une jeune adulte tout à fait ordinaire, une sorte de Mademoiselle Tout-le-monde, et d’un prince charmant inaccessible. Un conte de fées moderne avec une cape de vampire, vampire qui est l’équivalent paranormal du bad boy aussi torturé que désirable qu’on retrouve dans de nombreuses romances. L’autre facteur-clé de succès, c’est que la saga a été publiée au début du marketing BtoC, des premiers réseaux sociaux, surtout des blogs et des forums de discussion ainsi que Facebook, qui très vite ont permis de créer une énorme communauté de fans discutant entre eux mais aussi avec l’autrice et ses maisons d’édition. Et depuis cette communauté et ces modes de communication autour du livre n’ont cessé d’évoluer et de prendre de l’ampleur.

 

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Selon vous, qu’est-ce que la série de Stephenie Meyer a apporté à la littérature Young Adult en France ? Aux habitudes de lecture des adolescents ?

Je pense qu’on peut vraiment dire que c’est la série Twilight qui a fait exister le secteur de la littérature young adult en France, c’est grâce à sa portée phénoménale mondiale que le rayon a pris de la consistance. À la suite de Harry Potter, cette série a servi de passerelle entre littérature jeunesse et littérature ados/jeunes adultes, et en réalité le très large lectorat de Twilight révèle que cette littérature permet un véritable partage entre générations.

Le phénomène Twilight a aussi complètement installé la lecture et le livre dans la modernité. Avec toute la communication, la viralité qu’il y a autour, elle a montré que le digital n’est pas une menace mais un atout. Des réseaux sociaux se créent, le temps passé sur les écrans est grandissant ? Soit, jouons le jeu et profitons de ces outils de sociabilité modernes pour parler et faire parler de ces livres. Comme avec les adaptations audiovisuelles, ce lien permanent entre papier et écran s’est tout de suite révélé vertueux. Et ça va même encore plus loin, car la saga Twilight a inspiré de nombreuses fan-fictions sur des plateformes d’écriture, dont la très célèbre 50 nuances de Grey. La publication de Twilight a donc vraiment constitué un tournant dans les habitudes de lecture, autant que dans celles de promouvoir les livres et même celles de découvrir de nouveaux talents et publier de nouveaux romans.

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Il y a 20 ans les vampires étaient partout dans la pop culture et dans les rayons des librairies. Selon vous, qu’est-ce que Stephenie Meyer a apporté de nouveau à cette figure littéraire ?

Stephenie Meyer a elle-même dit dès le début de l’aventure Twilight qu’elle n’est pas autrice de bit-lit, qu’elle n’a pas la prétention de se comparer à une autrice comme Anne Rice par exemple. Et Twilight, ce n’est pas non plus Dracula. La particularité d’Edward, c’est que c’est un garçon de dix-sept ans, depuis un siècle certes mais il demeure un jeune adulte qui va au lycée comme tous les jeunes de son âge. Il rencontre Bella, une adolescente humaine tout à fait ordinaire, à laquelle il est facile de s’identifier, et ce d’autant plus que l’écriture est accessible, addictive et a donc séduit un très large lectorat. Le tour de force de la saga Twilight, c’est d’avoir transformé le genre vampirique, qui était plutôt une littérature dite « de niche » en littérature populaire, très grand public. Les publications de romance fantastique puis dystopique puis de romantasy n’ont cessé de se multiplier depuis. En somme le succès de Twilight a permis de mettre au jour une nouvelle démographie de la lecture, qu’on retrouve vingt ans plus tard dans le phénomène de la Romance au sens large.

 

20 ans plus tard, le vampire fait-il toujours autant rêver en littérature ado ? Est-ce un mythe qui se renouvelle encore ou a-t-il été remplacé par une nouvelle tendance ?

Le vampire s’est peut-être un peu effacé au profit du héros réaliste, qu’il soit bad boy tourmenté, grand frère du meilleur ami ou tout autre profil qu’on trouve dans la romance réaliste contemporaine. Mais le vampire n’a jamais cessé de plaire et de créer des succès de librairie, par exemple Journal d’un vampire/Vampire Diaries, Assoifés, etc., d’inspirer les autrices et les auteurs pour proposer leurs propres visions : en avant-première, je vous annonce que nous publierons en 2026 de nouvelles séries avec des vampires : Immortal Dark et Blood Moon. Et bien sûr la popularité du vampire n’a cessé de faire des émules et de se décliner, révélant des créatures fantastiques tout aussi fascinantes : loups-garous, anges, shapeshifters ou encore faes…

La romance contemporaine réaliste est peut-être un peu plus sur le devant de la scène ado-jeune adulte depuis une dizaine d’années, mais d’une part on sait que les modes sont cycliques, et surtout elle cohabite aisément avec la romance paranormale et romantasy, car les codes d’écriture, les pactes de lecture sont les mêmes. Réalisme et Imaginaire se partagent les mêmes « tropes », qu’ils soient « enemies to lovers », « proximité forcée » ou même « lovers to strangers to lovers again »… Aujourd’hui, Twilight pourrait se décrire comme une « romance soulmates slow burn avec triangle amoureux et found family »…

 

On ne peut évidemment pas parler de la saga de Stephenie Meyer sans aborder son adaptation au cinéma. Est-ce que les films ont changé votre manière de travailler autour de la série ?

Comme je l’ai évoqué plus haut, les écrans et en l’occurrence les films au cinéma, ont été un catalyseur pour le succès de Twilight. Le premier film est sorti en 2009 alors que les trois premiers tomes étaient parus et il a apporté une incroyable visibilité aux livres, recruté un lectorat très large et véritablement transformé un bon succès en phénomène de société durable. Lorsque les films sont sortis, des éditions dites « tie-in » avec les affiches en couverture ont été publiées pour attirer l’attention du lectorat qui avait d’abord vu les films. Selon leurs goûts et leurs profils, les lecteurs pouvaient donc se tourner vers l’une ou l’autre édition. Cette méthode de double édition a largement fait ses preuves et nous continuons d’en profiter aujourd’hui, ou de décider de faire d’une pierre deux coups en ajoutant, sur une couverture originale, un bandeau présentant l’affiche de l’adaptation audiovisuelle.

Quelles nouveautés et animations sont prévues pour fêter le 20ème anniversaire de la saga ?

Vingt ans de succès, ça se fête vraiment, et en concertation avec l’éditeur américain, nous avons décidé de faire plaisir aux fans de la saga en publiant deux magnifiques nouvelles éditions collector. Ces éditions présentent des illustrations de couvertures exclusives et sont de superbes livres-objets, qui vont assurément attirer aussi un nouveau lectorat, notamment avec l’effet de fabrication qui semble incontournable en ce moment : le jaspage !

Nous publions en grand format une luxueuse édition du premier tome, avec couverture reliée cartonnée, dorure, pelliculage dit soft touch, et un jaspage exceptionnel : doré quand le livre est fermé, il fait apparaître, quand on l’ouvre, une illustration de Bella d’un côté et Edward de l’autre.

Au format poche, nous proposons des éditions collector des cinq tomes, avec de très beaux jaspages noirs étoilés sur la tranche, les cinq dos formant une frise illustrée représentant Bella et Edward dans l’iconique prairie fleurie.

Dès le mois de mai sur nos réseaux sociaux, nous avons commencé à communiquer sur cette année anniversaire, à annoncer ces éditions collector, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles sont très attendues. Cette animation en communication va aller crescendo dans les prochains mois. Des initiatives en salons sont également prévues, ainsi que de nombreuses autres actions de promotion actuellement en cours de finalisation.

Je ne peux conclure l’interview sans vous poser LA question : êtes-vous team Edward ou team Jacob ?

C’est LA question évidemment ! J’ai toujours dit que je suis Team Bella, parce qu’en tant que lectrice c’est surtout ce qu’elle ressent et vit, elle, qui m’intéresse. C’est le fait qu’elle soit déchirée entre Edward et Jacob qui m’a fait vibrer. Mais il est bien possible que le cinquième tome Midnight Sun, dont je recevais chapitre après chapitre la traduction pendant le premier confinement en 2020, m’ait fait devenir Team Edward aussi !

 

Enfin pour finir, avez-vous un récent coup de cœur chez Hachette Romans à nous partager ?

J’ai globalement autant de coups de cœur que de titres publiés, mais je vais me limiter à n’en citer que deux : Clara Héraut, et ses quatre romans Nos plus belles années, L’Effet boule de neige, Les Coquillages ne s’ouvrent qu’en été et Le Tourbillon des possibles, et Ema Dinkel avec la duologie Éphémère. Elles symbolisent ce qu’est devenu au fil du temps le catalogue Hachette Romans, qui fait la part belle à la création française, à la nouvelle génération d’autrices et d’auteurs francophones dont nous publions les premiers romans, découverts lors de notre concours d’écriture Nos Futurs, dans la pile des manuscrits ou sur des plateformes d’écriture, et que nous avons à cœur d’accompagner vers le succès dans la durée.