Il y a 20 ans les vampires étaient partout dans la pop culture et dans les rayons des librairies. Selon vous, qu’est-ce que Stephenie Meyer a apporté de nouveau à cette figure littéraire ?
Stephenie Meyer a elle-même dit dès le début de l’aventure Twilight qu’elle n’est pas autrice de bit-lit, qu’elle n’a pas la prétention de se comparer à une autrice comme Anne Rice par exemple. Et Twilight, ce n’est pas non plus Dracula. La particularité d’Edward, c’est que c’est un garçon de dix-sept ans, depuis un siècle certes mais il demeure un jeune adulte qui va au lycée comme tous les jeunes de son âge. Il rencontre Bella, une adolescente humaine tout à fait ordinaire, à laquelle il est facile de s’identifier, et ce d’autant plus que l’écriture est accessible, addictive et a donc séduit un très large lectorat. Le tour de force de la saga Twilight, c’est d’avoir transformé le genre vampirique, qui était plutôt une littérature dite « de niche » en littérature populaire, très grand public. Les publications de romance fantastique puis dystopique puis de romantasy n’ont cessé de se multiplier depuis. En somme le succès de Twilight a permis de mettre au jour une nouvelle démographie de la lecture, qu’on retrouve vingt ans plus tard dans le phénomène de la Romance au sens large.
20 ans plus tard, le vampire fait-il toujours autant rêver en littérature ado ? Est-ce un mythe qui se renouvelle encore ou a-t-il été remplacé par une nouvelle tendance ?
Le vampire s’est peut-être un peu effacé au profit du héros réaliste, qu’il soit bad boy tourmenté, grand frère du meilleur ami ou tout autre profil qu’on trouve dans la romance réaliste contemporaine. Mais le vampire n’a jamais cessé de plaire et de créer des succès de librairie, par exemple Journal d’un vampire/Vampire Diaries, Assoifés, etc., d’inspirer les autrices et les auteurs pour proposer leurs propres visions : en avant-première, je vous annonce que nous publierons en 2026 de nouvelles séries avec des vampires : Immortal Dark et Blood Moon. Et bien sûr la popularité du vampire n’a cessé de faire des émules et de se décliner, révélant des créatures fantastiques tout aussi fascinantes : loups-garous, anges, shapeshifters ou encore faes…
La romance contemporaine réaliste est peut-être un peu plus sur le devant de la scène ado-jeune adulte depuis une dizaine d’années, mais d’une part on sait que les modes sont cycliques, et surtout elle cohabite aisément avec la romance paranormale et romantasy, car les codes d’écriture, les pactes de lecture sont les mêmes. Réalisme et Imaginaire se partagent les mêmes « tropes », qu’ils soient « enemies to lovers », « proximité forcée » ou même « lovers to strangers to lovers again »… Aujourd’hui, Twilight pourrait se décrire comme une « romance soulmates slow burn avec triangle amoureux et found family »…
On ne peut évidemment pas parler de la saga de Stephenie Meyer sans aborder son adaptation au cinéma. Est-ce que les films ont changé votre manière de travailler autour de la série ?
Comme je l’ai évoqué plus haut, les écrans et en l’occurrence les films au cinéma, ont été un catalyseur pour le succès de Twilight. Le premier film est sorti en 2009 alors que les trois premiers tomes étaient parus et il a apporté une incroyable visibilité aux livres, recruté un lectorat très large et véritablement transformé un bon succès en phénomène de société durable. Lorsque les films sont sortis, des éditions dites « tie-in » avec les affiches en couverture ont été publiées pour attirer l’attention du lectorat qui avait d’abord vu les films. Selon leurs goûts et leurs profils, les lecteurs pouvaient donc se tourner vers l’une ou l’autre édition. Cette méthode de double édition a largement fait ses preuves et nous continuons d’en profiter aujourd’hui, ou de décider de faire d’une pierre deux coups en ajoutant, sur une couverture originale, un bandeau présentant l’affiche de l’adaptation audiovisuelle.