05 septembre 2024

Interview : Christian Niemiec et Ludovic Manchette présentent leur roman À l'ombre de Winnicott

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Laetitia - Libraire Cultura Rivesaltes

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Ludovic Manchette et Christian Niemiec, duo d’auteurs à succès et surtout Talents Cultura 2020 avec Alabama 1963, reviennent avec leur nouveau roman À l'ombre de Winnicott. Pour cette rentrée littéraire, découvrez un roman envoûtant qui plonge les lecteurs dans l’Angleterre des années 1930.

Après avoir conquis le public avec leurs précédentes œuvres, Manchette et Niemiec confirment leur talent dans ce troisième roman, où l’invisible et le palpable se croisent pour mieux captiver. Rencontre avec les deux écrivains qui nous révèlent les coulisses de leur dernière création, un récit entre frissons et émotion.

À l'ombre de Winnicott

À l'ombre de Winnicott

Ludovic Manchette, Christian Niemiec - 22.5€

Dans l'Angleterre des années 1930, Archibald et Lucille Montgomery emménagent dans l'énigmatique manoir de Winnicott Hall avec leur fils George, un jeune garçon aveugle. Viviane Lombard, une gouvernante française au caractère affirmé, est engagée pour s'occuper de l'enfant. Mais bientôt, une atmosphère étrange s'installe. Des phénomènes inexpliqués hantent la demeure, semant le doute et l'inquiétude parmi ses habitants. 

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Bonjour, messieurs. Pouvez-vous en quelques mots résumer votre roman pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lu ?

Christian Niemiec (CN) : Dans l’Angleterre des années 1930, Viviane, une préceptrice française, est engagée pour instruire George, un enfant aveugle. On découvre rapidement que ce petit garçon ressent une présence dans le manoir dans lequel il vient d’emménager avec ses parents.

Ludovic Manchette (LM) : Une présence que Viviane, la mère de George et les employés de maison ne vont pas tarder à ressentir aussi… Mais il est aussi et surtout question des relations qui vont se nouer entre professeure et élève et entre chacun des protagonistes.

 

Parlez-nous de George. Comment a mûri l’idée de ce personnage ?

LM : J’ai vécu pendant des années en face d’un centre pour déficients visuels. Je suppose que l’idée vient de là. J’ai vu tant d’enfants apprendre à marcher avec une canne blanche…

CN : Nous trouvions intéressant d’avoir ce personnage qui ne voit pas, et qui ne sait donc pas si son ressenti est le fruit de son imagination ou s’il y a bien quelqu’un dans la pièce. Nous nous sommes étonnés que personne, à notre connaissance, n’ait utilisé ce ressort avant nous, même au cinéma. Nous avons fait en sorte que le lecteur n’en sache pas davantage que lui, le narrateur ne donnant aucune information dont ne disposerait pas George.

 

Dans Winnicott, le lecteur frissonne. Était-ce une volonté de votre part quand l’idée de ce roman a germé ?

LM : Tout à fait. Si nos trois romans sont classés en littérature générale, Alabama 1963 lorgnait clairement du côté du polar et America[s] était un road trip qui avait aussi un côté fable. Cette fois, nous souhaitions écrire un roman gothique.

CN : Cela dit, comme toujours, on y retrouve un certain humour qui vient dédramatiser un peu les passages les plus dramatiques. On tenait à ce mélange des genres et à ce que le lecteur rit en lisant « Winnicott ».

 

Vos histoires se situent toujours dans des pays anglo-saxons. Pourquoi ? Nourrissez-vous un amour particulier pour ces pays ?

CN : Nous adorons la littérature et le cinéma américain et traduisons des dialogues de films anglo-saxons – nous écrivons des VF – depuis des années. Ceci explique sans doute cela.

LM : Il faut dire aussi que notre premier roman traitant de la ségrégation et le deuxième étant un road trip, les États-Unis se sont imposés à nous. Et pour un roman gothique, quoi de mieux qu’un manoir perdu dans la campagne anglaise ?

 

En écrivant à quatre mains, avez-vous des moments de discorde ? Qui est le plus dissipé des deux ?

LM : Il n’y a jamais eu de moment de discorde, figurez-vous ! Quand l’un de nous a une bonne idée, il n’y a pas à discuter, nous le savons tous les deux.

CN : Aucun de nous n’est dissipé. Nous sommes plutôt très disciplinés. Cela dit, quand l’un de nous propose de faire une pause pour aller manger un carré de chocolat noir – officiellement parce que c’est chargé en magnésium et très bon pour le cerveau – l’autre ne se fait jamais prier.

LM : On vous l’a dit : on est toujours d’accord !

 

Avez-vous des rituels d’écriture, des objets fétiches ?

LM : Pour écrire Alabama 1963, nous avions créé un document Word intitulé « Page formatée », que nous avions formaté comme une page de roman, afin de savoir, au fur et à mesure de l’écriture, combien de pages nous avions réellement. Nous n’avons jamais renommé ce document, même quand nous avons trouvé le titre. Et par superstition, nous avons écrit les deux romans suivants sur un document nommé « Page formatée » !

CN : Sur notre bureau, durant l’écriture, nous avons des objets liés au roman en cours. Dans le cas de Winnicott, une clochette, comme celle qu’utilise Viviane, et un soldat de plomb. Il y a aussi, pour veiller sur nous, un Ganesh en bronze qu’un ami nous a rapporté d’Inde. C’est censé être le Dieu des écrivains.

 

Quels sont vos goûts cinématographiques ?

CN : Ils sont assez variés, mais nous avons un faible pour ces réalisateurs qui savent passer d’un univers à l’autre. Stanley Kubrick, Steven Spielberg, Sidney Pollack, Ridley Scott…

LM : Pour notre dernier roman, nous ne pouvions pas ne pas penser aux films « Sixième Sens », « Les Autres », « L’Orphelinat » ou encore « Ghost », que nous apprécions beaucoup et qui sont devenus des classiques.

 

Vous avez été Talents Cultura. Que retenez-vous de ce moment ?

LM : Ce fut la toute première distinction qu’a reçu Alabama 1963. Nous avions beaucoup d’espoir pour ce roman, mais ce n’est jamais facile de sortir à la rentrée littéraire. Il y avait plus de 500 livres à nos côtés. Comment tirer son épingle du jeu ? Cette première reconnaissance nous a bien aidés.

CN : Je me souviens très bien du coup de téléphone de notre éditrice pour nous l’annoncer. Nous étions très, très heureux.

 

Qu’évoque pour vous la rentrée littéraire ? Auriez-vous quelques coups de cœur à partager avec nous ?

CN : Nous sommes toujours curieux de voir quel auteur va publier quoi à la rentrée, à plus forte raison depuis que nous sommes publiés aussi. C’est une espèce de grande fête, et en même temps, ça nous fait penser au débarquement en Normandie. Beaucoup arrivent par bateaux, mais peu arrivent au bout de la plage !

LM : En toute honnêteté, nous n’avons encore rien lu de la rentrée. En plus de la promotion qui nous prend beaucoup de temps, nous avons eu la bonne idée d’accepter du travail en doublage, l’adaptation des dialogues d’un film américain qui a obtenu la Palme du meilleur scénario à Cannes. Ça ne se refusait pas !

 

Que représente une librairie, un libraire à vos yeux ?

CN : Une librairie est un immense espace de liberté, au sein duquel on trouve autant de visions du monde que d’auteurs.

LM : Et un libraire, un passeur d’histoires.

 

Merci Christian Niemiec et Ludovic Manchette d'avoir répondu à nos questions !