20 mars 2026

Interview : Christopher Laquieze présente son premier roman La Rosa Perdida

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Léa - rédactrice

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Christopher Laquieze est essayiste et chroniqueur littéraire. Grand spécialiste de la littérature latino-américaine, il a sorti son premier roman La Rosa Perdida début 2026 aux éditions JC Lattès. A l’occasion du Quart d’heure de lecture national le 10 mars 2026, nous avons rencontré Christopher Laquieze pour parler de son roman et de sa passion pour la lecture. Découvrez son interview.

Comment est née La Rosa Perdida ? Y a-t-il eu un élément qui a déclenché l’écriture du roman ? Une image, un personnage, une émotion, etc. ?

J’écris des nouvelles depuis des années mais je n’avais jamais eu pour désir de vouloir publier quoi que ce soit jusqu’ici. L’un des premier élément déclencheur pour La Rosa Perdida ça a été, malheureusement, plusieurs décès. J'ai perdu mon meilleur ami, trois mois après mon papa et trois mois après un ami d'enfance. Ça a été pour moi le déclencheur de cette envie de publier un roman et de raconter une histoire. J’ai longtemps vécu en Amérique latine et j’avais aussi envie de revenir sur ce que ce peuple a vécu et ce qu’il vit encore aujourd'hui dans certains pays. J'avais également écrit un autre roman qui a été refusé partout. Audrée Wilhelmy, l’autrice de Peau-de-sang l’a lu et m’a dit : « Tu sais parfois on écrit des livres non pas pour qu'ils soient publiés mais pour pouvoir expliquer quelque chose en nous pour écrire demain le bon livre. » Quand ça fait des mois qu'on travaille sur un livre, on n'a pas vraiment envie d'entendre ça ! J’ai arrêté d’écrire pendant deux mois. A cette époque je suis un peu déprimé, je me dis ça ne marchera pas. Et je vais voir un ami libraire pour qu’il me conseille un roman de Gabriel Garcia Marquez que je n’ai pas lu. Il me propose Chronique d'une mort annoncée. Je lis ce livre et je trouve le processus narratif extrêmement intéressant. On connaît la fin du livre dès la première phrase. Du coup le but du livre c'est de comprendre pourquoi le personnage meurt. Ça a été un autre élément déclencheur pour écrire La Rosa Perdida. Puis un matin je me réveille, je prends quatre feuilles A5 que je scotche entre elles, je prends des post-it que je mets un peu partout et en une heure j'avais toute mon histoire et tous mes personnages. J’avais envie de parler des dictatures qu’il y a eu en Argentine, au Chili, en République Dominicaine et dans tous ces pays d’Amérique latine. Et pour ça j'ai revu un de mes ami que j’ai rencontré quand je vivais au Costa Rica qui m’a dit un jour « Moi je connais des femmes qui ont tenu un bordel et qui ont permis aux opposants politiques de pouvoir se rebeller, d'aller chercher des informations… » Je me suis dit que c’était cette histoire que j’avais envie de raconter.

La Rosa Perdida

La Rosa Perdida

Christopher Laquieze - 20.0€

« Quand Matías Ordoñez dénonça sa mère, elle fut pendue le lendemain sur la Plaza Vieja, et nul ne sut jamais si c’était par amour ou par vengeance qu’il l’avait condamnée. »

À San Jacinto del Río, un village oublié des cartes et des dieux, Sofia Ordoñez dirige La Rosa Perdida. Un bordel célèbre pour corps en quête de volupté, devenu refuge pour âmes errantes et haut lieu de passage des hommes, opposants comme sympathisants au régime sanguinaire d’Isidro Gálvez.
Lorsqu’un matin Sofia est pendue sur la place publique, dénoncée par son propre fils Matías, le village entier frémit. Et sa mémoire, ses secrets et ses douleurs se déroulent pour tenter de comprendre.
Dans ce premier roman, pétri de réalisme magique et d’une véritable virtuosité dramatique, Christopher Laquieze raconte les cicatrices d’un continent meurtri, la résistance muette et le courage de ceux qui, à bas bruit, oeuvrent pour un autre monde.

Lauréat du prix Jean-Claude Brialy du premier roman !
 
« Si vous aimez Gabriel García Márquez ou Miguel Bonnefoy ce roman est fait pour vous ! » Europe 1, Nicolas Carreau
 
« On est envoûté par la langue qui s’inscrit dans la tradition de l’écriture foisonnante des auteurs latino-américains. Des phrases denses, baroques, beaucoup de sensualité. Un genre à part entière adoubé par le maître en la matière Miguel Bonnefoy. » Clique
 
« La Rosa Perdida est un hommage évident au réalisme magique sud-américain, comme celui du prix Nobel colombien Gabriel García Márquez, dont Christopher Laquieze est un fan absolu. Mais ce que je trouve génial, c’est que c’est fait avec énormément d’ambition littéraire et de sérieux, mais que ça donne un résultat sans arrogance. » Quotidien, la reco d'Ambre Chalumeau
 
« Pour son premier roman, Christopher Laquieze signe une fresque traversée de poésie. Entre sensualité, cruauté et émotion, il interroge la mémoire et l’héroïsme discret de ceux qui refusent de se taire. Intense et envoûtant. » Version Femina
 
« Autour de ce qui deviendra un refuge d'âmes sans amarres tourneront sacrifices, rêves, résistances et vengeances dans une ronde de destins auxquels l'auteur donne vie en mêlant réalisme magique, récit d'aventures et allégories politiques. » Le Parisien Week-End
 
« II vient de publier son premier roman, qui se déroule dans une ville fictive d'Amérique latine. « La Rosa Perdida » est le nom d'un bordel. Les femmes qui s'y trouvent sont enquête de liberté. Le texte, imprégné de réalisme magique, fait penser à l'œuvre d'un autre écrivain, ami de Chris, Miguel Bonnefoy. » ELLE
 
« Car Christopher Laquieze a du savoir-faire, il a construit son récit de telle façon qu’à peine entamé, on ne le quitte plus. » La Libre Belgique
 
« Influenceur littéraire sur Instagram, ce conteur manie l’imaginaire pour mieux expliquer la réalité. Quelques mois après avoir lancé son émission Rendez-vous ou 19 sur YouTube, il publie La Rosa Perdida, une épopée romanesque dans la plus pure tradition latino-américaine.» Point de vue
 
« Dès les premières pages, Christopher Laquièze capte et retient l’attention du lecteur grâce à une intrigue à la fois politique, dérangeante, belle et sensuelle. Ce roman se présente comme un hommage vibrant à la culture latino-américaine : on pense immédiatement à Gabriel Garcia Mârquez et à ces auteurs qui savent mêler l’intime, l’histoire collective, la magie et le réel. Habitué à chroniquer ses lectures sur les réseaux sociaux, l’auteur passe ici avec brio de l’autre côté du miroir en devenant romancier à son tour. » La Cote

« Impressionnant ! Oui, on est véritablement impressionné après la lecture de cette Rosa perdida que nous propose le jeune auteur Christophe Laquieze, du prologue à l’épilogue en passant par les quatre parties du roman. On ne peut qu’être estomaqué par cette inventivité, ce style plein de verve. On se surprend à chercher si le livre n’est pas traduit du sud-américain. » Le Figaro Littéraire

« Lu comme une aurore. Un livre absolument magnifique stylistiquement »  France Info TV

« II y a dans ce texte une urgence à vivre libre et à aimer passionnément, quoi qu'il en coûte. À méditer en ces temps troublés. » Femme Actuelle

« Entre violence politique et dignité des anonymes, ce premier roman déploie une fresque sensible sur la mémoire, la culpabilité et la résistance silencieuse. Un texte dense, habité, aussi brutal que profondément lumineux. » Télé 7 Jours

« Garcia Marquez a bousculé quelque chose en lui, et « La Rosa Perdida » est née. Un roman nourri d'odeurs, de froissements ... où se mêlent exubérance et tragédie, violence et passion. » Sud Ouest 

«  Un premier roman très réussi. » RTL

«  Le prix Jean-d'Ormesson a été décerné, par sa petite-fille Marie-Sarah Carcassonne, au premier roman de Christopher Laquieze, La Rosa Perdida (JC Lattès). Enthousiaste, la jeune femme a salué un roman « pétri de réalisme magique et d'une véritable virtuosité dramatique ». Le jeune homme tatoué a remercié le jury avec humour en lisant un discours écrit par sa mère !  » Le Figaro littéraire
 
«  Lecteur enthousiaste aux avis souvent tranchés, essayiste jusqu’ici, Christopher Laquieze s’essaie au roman et c’est une réussite que le prix Jean d’Ormesson a saluée avec pertinence.  » Le Soir
 
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Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce livre ?

Ce n'est pas Gabriel Garcia Marquez, même s’il a été l’élément déclencheur, mais c'est plus pour la forme narrative du roman. Parmi mes influences il y a Mariana Enriquez. J'ai aussi beaucoup travaillé sur Juan Rulfo, un écrivain mexicain très peu connu. Il est un des précurseurs de du réalisme magique.  Et puis évidemment il y a des auteurs russes comme Dostoïevski, mais aussi Mario Vargas Llosa. Chez les femmes il y a la femme d’Octavio Paz, Helena Paz Garro qui a été invisibilisée par la popularité de son mari ou de Gabriel Garcia Marquez. Elle a écrit un livre qui n’est plus édité en France aujourd’hui qui s’appelait La Maîtresse d’Ixtepec. Ce sont des auteurs qui me passionnent.


Vous avez prêté votre voix au roman pour sa version audio. Qu’avez-vous ressenti en lisant vos mots ?

C’était très difficile ! J’avais déjà fait cet exercice-là chez Lattès, mon éditeur. Il faut savoir que dans la construction du récit, on a eu plus d'un an de travail édition. Avec mon éditrice j’ai fait l’épreuve du gueuloir de Flaubert : je disais le texte à voix haute, ce qui marchait on le gardait, ce qui ne marchait pas on l’enlevait. J’ai voulu jouer sur une certaine forme de musicalité pour ce livre-là, sur le rythme des phrases. J’ai même traduit certaines phrases en espagnol pour tenter de garder le même rythme en espagnol et en français.

Ça n’a pas été évident de lire le texte parce qu’il faut incarner chaque personnage et pour certains, ça fait appel à de souvenirs et des histoires d'amitié. En tout cas c’était très une très belle expérience.

 

La Rosa Perdida est votre premier roman. A quel moment vous êtes-vous senti prêt à vous lancer dans l’écriture d’une fiction ?

J’avais envie d’écrire de la fiction depuis longtemps, mais je n’avais jamais vraiment eu pour désir de publier. C’était très personnel. J’ai grandi dans une famille malgache du côté de ma maman et immigrée italienne du côté de mon père. Mon grand-père est né à Majunga, la ville des sorciers. Toute notre enfance, donc, on a baigné dans cet univers de l’onirique et du fantastique. Par exemple, j’ai vu mon grand-père prendre tous les masques malgaches qui étaient chez ma mère et les brûler dans le jardin en récitant des incantations dans une langue qui m'était complètement inconnue. Je devais avoir 13 ans.  Toute ma vie n'a été faite que de légendes et d'événements dans ce style-là. Dans ma famille personne ne lit. Les seuls livres que j’avais c’était Golf + et Femme Actuelle. Mais j’avais quand même cet aspect littéraire à travers les légendes orales que j’entendais dans la famille.

 

Un deuxième roman est-il en préparation ?

Oui je suis en train de travailler sur un deuxième roman. Je fais beaucoup de d'interviews en ce moment pour essayer d’avoir des informations sur ce que les enfants vivent en ce moment avec ICE aux Etats-Unis

 

Vous partagez votre passion de la lecture au quotidien sur vos réseaux sociaux. Qu’est-ce qui vous a donné envie de parler lecture aux gens ?

Pas les gens, paradoxalement ! Moi je suis rentré tard dans la lecture. J'ai commencé à lire à 19 ans et la lecture m'a sauvé. J'ai fait une grosse dépression, j'ai quitté le domaine familial à 16 ans. J'ai vraiment galéré pendant pas mal d'années. Et à 20 ans je tombe sur Les pensées pour moi-même de Marc Aurèle. C’est le premier livre que j’ai lu. Ça a été pour moi un bouleversement. J'ai donc commencé la lecture par la philo et, à l’époque, je me suis dit que si j'arrivais à faire en sorte que les gens comprennent des concepts de philo complexes sans les simplifier mais en le rendant accessible, ça voudrait dire que je comprenais aussi. J’en ai parlé sur les réseaux sociaux et très rapidement ça a marché, un peu malgré moi. Au fur et à mesure j'ai commencé à parler de lecture, de littérature et je voyais que les gens aimaient mon côté très spontané. Mais à la base ce n’est pas pour le partage que je me suis lancé, mais pour être sûr que je comprenais ce que j'apprenais.

 

Les réseaux sociaux sont souvent accusés de nous éloigner de la lecture. Pourtant, c’est ce vecteur que vous avez choisi pour donner l’envie de lire aux gens. Selon vous, quel rôle peuvent jouer les réseaux sociaux dans la promotion de la lecture aujourd’hui ?

Je pense qu'ils sont indispensables aujourd'hui, quand on voit le temps qu’on passe sur le téléphone. Sur une moyenne de 3 heures par jour, si on le multiplie par le nombre de jours dans l’année, ça fait qu’on passe deux mois scotché sur le téléphone. Sur une espérance de vie de 86 ans, ça fait à peu près 11 ans passés sur son téléphone. Je suis le premier à lutter contre moi-même pour passer moins de temps sur mon téléphone. Mais je pense que plus le temps va passer et plus les choses vont s'inverser. Je vois beaucoup de jeunes qui n’ont plus de smartphones mais des téléphones sur lesquels ils ne peuvent pas aller sur les réseaux sociaux. Moi ce que je veux faire sur les réseaux sociaux c’est diriger les gens vers certains livres et vers les librairies pour qu’ils puissent ensuite découvrir de nouvelles lectures grâce aux libraires.

 

Y a‑t‑il un livre que vous relisez régulièrement ou qui vous accompagne tout au long de votre vie ?

Oui, j’ai plusieurs livres de chevet. D’abord il y a Le Tunnel de l’écrivain argentin Ernesto Sábato que j'aime beaucoup. En philo, il y a Clément Rosset avec Le réel et son double que j’aime relire. Et depuis maintenant 2 ans il y a aussi Paul Auster car il est décédé le même jour que mon père. Dans L'Invention de la solitude il parle de la mort de son propre père si bien que j’ai fait une association. Aujourd’hui, relire Paul Auster me donne l’impression de lire mon père.


À quoi ressemble votre rituel de lecture ? Avez-vous un moment particulier pour lire ? Ou bien un lieu, un café favori… ?

Je n’ai pas vraiment de rituel parce que mon travail aujourd’hui c’est de lire. Donc dès que j’ai un moment je lis. Ça peut être dans les transports mais aussi à la maison le soir. Je n’ai pas de rituel de lecture hormis le matin : j'adore me faire un café et lire une bonne heure. On va dire que mon rituel c'est de tenter tous les jours de passer le moins de temps sur mon téléphone et ce n’est pas facile !