L'un des personnages principaux de votre livre est Ada Blackjack, connue pour être la seule survivante de l'expédition sur l'île Wrangel, quelques années avant les événements de 1925 à Nome. Que représente-t-elle pour vous et pourquoi était-ce important de la placer au cœur de votre roman ?
Je l’aime absolument, Ada est reliée à la nature qui l’entoure, elle est le cœur battant du roman, elle représente le courage discret des femmes. Parce que femme et discrète, l’Histoire l’a un peu oubliée, pourtant elle a survécu avec courage à la faim, à la solitude, à un mari violent.
C’est une petite femme et une mère admirable, plus solide qu’elle n’en a l’air, avec du vrai courage, un pas et un autre, elle avance avec sa tendresse rude, obstinée, très attachante. Elle est Inupiate, mais plus vraiment, pas complètement occidentale, entre les deux, mais elle transmet la liberté et la puissance de ses deux sangs à son fils. Elle se sait vivante sur la terre sur laquelle elle marche, les animaux envoient des signes, et la nature la relie à quelque chose de plus vaste, elle transmet tout ce savoir à son enfant, d’une manière un peu brutale, lui apprend qu’on peut partir sans quitter.
Betty est également une femme très attachante, qui se lie rapidement d'amitié avec Ada et son fils Bennett. Comment est-elle née dans votre imagination ? Est-elle inspirée d'une personne réelle ?
Betty est une sœur de cœur pour Ada, je l’ai inventée, voulu différente et les deux s’accordent pourtant immédiatement. Betty est arrivée avec le dernier bateau, elle vient de la ville de Seattle, elle trimbale son Leica et photographie des visages, des moments, des scènes qui ne sont pas des portraits posés mais spontanés.
Betty m’a permis d’oser cette fin.
La lecture de votre livre n’est pas sans rappeler l’univers de Jack London. Est-ce que ce dernier a exercé une influence dans l’écriture de votre nouveau livre ? Avez-vous un lien particulier avec cet auteur, ou l’un de ses romans ?
J’ai lu L’appel de la forêt, Croc Blanc, j’étais très jeune, j’empruntais ces livres à la bibliothèque. J’ai découvert le plaisir de lire avec lui, j’aimais cette écriture brutale qui parlait de survie, de silence, il décrit des vies simples et dures. J’avais l’impression que ça se passait près de chez moi avec les loups, les bons chiens et la nature qui n’est pas un simple décor mais un personnage à part entière dans nos vies. Tout devient plus compliqué quand elle se déchaîne. Je ressentais tout très fort.
David Vann est l’héritier de Jack London, Sukkwann Island est un livre incroyable !
Les chiens ayant participé à cette course au sérum sont encore aujourd'hui considérés comme de véritables héros. Le titre de votre livre était-il une manière de leur rendre hommage ?
150 chiens ont couru et l’Histoire se souvient seulement de Balto et de Togo, eux sont entrés dans la mémoire collective, et les autres sont les héros oubliés de la course. Le titre permet d’imaginer aussi les oubliés, de les sortir de l’anonymat, on les voit tous, on voit leur courage, leur ardeur, leur effort collectif, si l’un avait flanché le sérum aurait pu ne jamais arriver. Quand j’ai proposé le titre à mon éditeur, je me souviens de sa joie, c’était ça, le bon titre ! ça, même si bien sûr les chiens n’ont rien promis, c’est leur dévouement qui est leur promesse, un seul a franchi la ligne d’arrivée mais c’est la meute entière qui a sauvé les vies.
L'une des plus belles choses qui puisse se manifester face à la tragédie, c'est la solidarité, en dépit du danger et des risques encourus. Que vous inspire cette entraide et quelle morale retenez-vous de cette histoire vraie ?
Il ne faut pas oublier que nous sommes très fragiles sur cette belle terre, et que face aux éléments qui se déchaînent l’humain est très vulnérable. Et que la nature est sans pitié.
La course au sérum a eu lieu il y a cent ans et la vulnérabilité de nos vies est d’actualité. Le besoin d’entraide, de compassion aussi, d’élan partagé est très actuel, on a malmené notre Terre, il est temps de réinventer et sans plus attendre notre lien à la nature, et dans bien des esprits cette nécessité résonne.
Pour conclure, si vous deviez donner trois bonnes raisons de découvrir La promesse des chiens, lesquelles choisiriez-vous ?
La première, pour l’amour des bêtes, et la part d’elles en nous.
La deuxième, c’est un livre qui fait du bien. Il n’oppose pas, il ne juge pas. Il nous emmène ailleurs, montre la nature comme source d’émerveillement, et nous relie à plus vaste que nous.
La troisième raison c’est Ada. L’essentiel demeure dans ce qu’une mère transmet. La Promesse dit ce qu’un enfant emporte en lui quand il quitte sa terre natale, tout un bagage de sensibilité et qui passe et reste dans la mémoire.