Quelle a été l’étincelle initiale de cette dystopie brûlante ? Un rêve, une actualité, une peur intime ?
Je ne le savais pas et ne l’ai compris qu’en discutant avec les premiers lecteurs. La concession automobile d’un de mes amis a été incendiée durant des émeutes. Les images, les conversations aussi autour de l’événement ont en fait lancé le récit, sans que je le sache. La fuite commence dans un garage en fusion.
Les enfants sont-ils, à vos yeux, des porteurs d’avenir ou les derniers témoins d’un monde qui s’éteint ?
Ce sont par définition des porteurs d’avenir. Ils sont l’avenir, je suis le passé, pour de multiples raisons. Ce sont par ailleurs des puissances de vie, la pulsion même de la vie.
La fuite vers la République du Jura évoque une quête presque mythologique. Est-ce un Eldorado, une utopie, ou juste un mirage nécessaire ?
Oui, il s’agit en effet (je m’en rends compte, je ne l’ai pas voulue ainsi) d’une quête mythologique. Les contes et les mythes sont restés le fond de ma culture d’écrivain. La structure est celle de l’Odyssée, celle d’un voyage avec des rencontres, des périls et des bonheurs. Le but de cette quête, La République du Jura, est une utopie ratée, molle et fade, promise à l’extinction.
L’humanité et l’amour apparaissent comme des refuges fragiles mais persistants. Peut-on encore croire à ces valeurs dans un monde dévasté ?
Quelle autre possibilité existe-t-il ? On peut croire à la violence pure de la survie, bien sûr, mais ce n’est valable que pour certains, par violence naturelle ou par soumission aux plus forts. Les autres ont besoin de croire en certaines valeurs et malgré son apparente naïveté, le terme d’amour me paraît le plus vrai.
Les rencontres sont décrites comme des lueurs dans l’obscurité. Quelle importance accordez-vous à la solidarité dans des temps extrêmes ?
Ma vie, sans que je comprenne bien pourquoi, a été marquée à jamais par la période des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale. Ce qu’on a pu observer dans les situations les plus extrêmes, dans les combats, dans les camps, à Auschwitz même, c’est que la solidarité est toujours présente et qu’à quelques exceptions près, elle est l’unique moyen de survivre, d’abord parce qu’elle témoigne des vestiges persistants d’humanité.
Aujourd’hui, face à la montée des tensions, de la violence, quel rôle peut encore jouer la littérature ?
Elle est l’autre choix. Aucun livre n’arrêtera la violence mais la littérature, pour moi, est l’envers de la violence, de la domination. Elle n’affirme pas, ne contraint pas, ne donne pas d’ordres. C’est à mon sens un choix de vie, avec une dimension contemplative sans doute, mais il y a dans cette contemplation une force intérieure, liée à la liberté personnelle.
Avez-vous été inspiré par d’autres récits d’exode ou de survie, littéraires ou cinématographiques ?
J’aime les séries B de survie, comme Walking Dead, j’ai toujours aimé les récits d’exode et de survie, depuis l’enfance. J’ai aussi lu La Route de Mc Carthy mais je crois que les soubassements d’une culture d’écrivain, les lectures infinies de l’enfance et de l’adolescence, parfois très mauvaises, ont plus d’influence que certains grands livres de l’âge adulte. La survie, c’est pour moi le thème sous-jacent de la littérature.
Que représente la rentrée littéraire pour vous ?
Beaucoup de stress. Beaucoup d’espoirs. Beaucoup de rencontres. Et le plaisir, en l’occurrence, d’une sélection Cultura.