Pour vous, est-ce que le roman a cette ambition de brosser le portrait d'un perdant magnifique ?
En partie seulement. Mais peut-être que l’ambition du livre est aussi de se poser la question de « qu’est-ce qu’un perdant ? » ou « Comment sait-on s’il on a réussi sa vie » ?
Comment est né le personnage de Gino ? Reflète-t-il une part de vous-même ?
Il y a forcément quelque chose de moi dans chacun de mes narrateurs. J’avais envie d’un gamin rêveur que l’on suivrait tout au long de sa vie. Gino est un fils d’émigré italien parce que j’avais envie d’une hérédité, d’une histoire qui serait en quelque sorte en lui, sans qu’il le sache vraiment, sans qu’il en ait pleinement conscience.
Roxane, figure fantasmée de l’amour, est-elle un moteur narratif, un prétexte à l’évasion, ou un miroir des illusions ?
Elle est un peu tout cela à la fois. Un rêve, un mirage, mais aussi tout simplement une jeune femme qui existe (dans le roman) et qui va tout faire pour vivre ses rêves. Tout comme Gino, elle traverse l’époque en s’accrochant à ses rêves et en tâchant de ne pas trop se blesser avec ses déconvenues.
Le succès de votre précèdent titre a-t-il été un frein à la création de ce dernier roman, la pression du sentiment d'attente de la part des lecteurs ?
J’ai ressenti le désir de prendre le temps, de travailler d’autres écritures (poésie, jeunesse, scenario de bande dessinée). Le succès du Soldat désaccordé m’a donné envie de prendre plus du temps sans être pour autant un frein. Je pense que, quoi qu’on dise, il est plus facile d’enchaîner sur un succès que sur un échec. Et encore, il s’agit-là de considérations commerciales ou économiques et ces questions sont plutôt l’affaire de mon éditeur. Ce qui m’importe, à moi, c’est d'écrire un livre dont je serai fier longtemps.
Les personnages secondaires ont toute leur importance, notamment la tante de notre héros qui est vraiment avant-gardiste. Pouvez-vous nous dire comment vous est venue l'idée de cette femme forte ?
Je suis très attaché aux personnages secondaires, à ceux qui ne sont pas forcément au centre sur la photo. La Vieille tante est arrivée un peu par hasard. C’est le lot de ces personnages ou des figurants. Et parfois, on se rend compte qu’on peut leur donner une plus grande place parce qu’ils permettent d’éclairer une scène, une époque, une situation. Les personnages secondaires ont cette capacité de mettre de la lumière ou de l’ombre sur des choses que le narrateur ne peut pas voir.
Vous peignez une époque où la France était à la tête d'avancée technologique ce qui est un peu moins vrai aujourd'hui. Est-ce de la nostalgie de votre part ?
Je pense que la France reste à la pointe de pas mal de domaines mais ce n’est pas tellement ça qui a été le moteur de l’écriture de ce livre. C’est, au contraire, cet échec de l’Aérotrain, cette histoire de train qui va à 430 km en 1974, bien avant le TGV. Cette époque où on marche sur la lune où on pense que tout est possible. Il y avait une vraie foi en l’avenir, au progrès. C’est moins le cas aujourd’hui. Elle est peut-être là ma nostalgie : on est passé d’une époque où l’avenir était rayonnant à une époque où l’avenir est devenu très sombre.
Comment vous est venue l'histoire de l'aérotrain ?
Grâce à la voie d’essai qui est au Nord d’Orléans. En allant à la Foire du livre de Brive, François-Xavier Delmas qui venait de publier un roman, m’a expliqué ce qu’était cet étrange vestige industriel qui longe la voie de chemin de fer sur dix-huit kilomètres. J’ai fait quelques recherches et me suis rendu compte à quel point cette histoire était incroyable.
Il y a une relation particulière avec Cultura qui vous suit depuis votre roman Une bouche sans personne. Mesurez-vous le chemin parcouru ensemble ?
C’était étonnant, c’était hier, c’était il y a un siècle. Il est difficile de mesurer le chemin parcouru mais ce que je peux dire, c’est que ça fait chaud au cœur de sentir cette fidélité.
Quel est votre meilleur souvenir de lecture ?
Impossible d’en distinguer un seul. Il y en a tellement… Peut-être ce moment où après mes études d’histoire, j’ai redécouvert le plaisir de lire des romans. Je me souviens de ma découverte de John Irving, Gabriel Garcia Marquez, Nabokov, etc…
Que représente la rentrée littéraire pour vous ?
La rentrée littéraire, c’est un rendez-vous avec les livres, avec les nouveautés et leurs auteurs. C’est un drôle de moment à la fois vertigineux, fascinant et inquiétant. On parle de surproduction éditoriale et c’est vrai : combien de bons livres vont passer inaperçus ? C’est pour ça qu’il faut aller vers les libraires et leur demander conseil. De mon côté, j’ai toujours eu de la chance d’être soutenu et pour moi c’est un moment très fort de rencontres avec les professionnels du livre et surtout avec les lecteurs.
Propos recueillis par Aurore et David.