Pour commencer, dites-nous comment est née votre envie de créer des livres pour les tout-petits ?
J’ai vite trouvé dans la création de livre une grande liberté et un lien avec les choses que j’aimais (musique danse art conceptuel espaces) et les enfants touts petits ont ce côté intuitif qui va bien avec ces pratiques artistiques.
Quel rôle la lecture a-t-elle joué dans votre propre enfance ?
Je n’ai pas beaucoup de souvenirs liés aux livres, dans ma petite enfance, peut-être qu’à travers mes créations il y a comme une jeunesse que je me réinvente. La lecture est arrivée chez moi à l’adolescence, comme une porte d’ouverture sur le monde, en particulier à travers les écrits des surréalistes.
Selon vous, pourquoi est-il essentiel de mettre des livres dans les mains des enfants dès leur plus jeune âge ?
Il ne s’agit pas de mettre un livre dans les mains d’un enfant ! Il s’agit de les mettre dans les mains d’un adulte, à ses côtés, il s’agit de créer un outil pour l’adulte et pour l’enfant pour jouer et expérimenter ensemble, au même niveau.
Que peut apporter un album jeunesse à un bébé qui ne sait pas encore lire ?
Le contact et la complicité avec l’adulte.
Vos livres invitent l’enfant à toucher, secouer, appuyer, souffler… Qu’est-ce que le geste change dans l’acte de lire ?
Au centre de mes livres se trouve l’acte de tourner la page. Derrière chaque page à tourner, j’essaie de mettre une surprise. Des choses apparaissent, d’autres disparaissent. Pour créer toujours plus de surprises, toujours nouvelles, j’ai commencé à voir le livre comme un objet multisensoriel sur lequel le toucher, la lumière, les sons… ont une incidence. Des objets qui révèlent tout un monde et pas juste une histoire avec un texte et de images.
Pensez-vous que le jeu est une porte d’entrée vers le plaisir de lire ?
Absolument.
Le travail de l’enfant c’est de jouer et ça tombe bien car jouer c’est aussi apprendre.
Quelle place laissez-vous à l’imagination de l’enfant pendant la lecture ?
La place de l’interprétation, la place d’inventer le texte une fois que l’on a compris le mode d’emploi. Mes livres, pour enfant en tout cas, ne sont pas tout à fait fini. C’est aux lecteurs de se les approprier.
Quels sont les matériaux, les formes, les couleurs qui vous inspirent le plus quand vous pensez à un public très jeune ?
Les points les traits les taches et les gribouillages en bleu rouge ou jaune.
C’est le matériau de base de mon travail. Ce qui est important c’est que ces éléments, tout le monde peut les faire avec le bleu jaune rouge comme ils sortent du tube de peinture. Et si tout le monde peut le faire, on peut décider d’aller plus loin et le livre devient une porte d’entrée vers une nouvelle histoire, vers une exposition, vers un spectacle…
Avez-vous des rituels ou des échanges particuliers avec les enfants qui nourrissent votre travail ?
Je fais beaucoup de workshops collectifs. A 50, à 100, à 800 et même une fois avec 30 000 personnes connectés ensemble en ligne. Demander à tout le monde de jeter son pinceau en l’air m’amuse énormément et ces taches forment toujours à la fin de merveilleux dessins.
Quel projet ou livre rêvez-vous encore de créer pour surprendre les tout-petits ?
J’ai beaucoup beaucoup d’idées et d’envies encore, vous verrez, ça sera la surprise.