Bonjour Jean-Baptiste Andrea. Pour commencer, pouvez-vous présenter votre roman ?
Bonjour, et merci de m’accueillir ! Veiller sur elle est l’histoire d’une statue cachée par le Vatican, pour des raisons que l’on ignore, dans les souterrains d’une abbaye italienne. L’histoire de cette statue commence lorsque Mimo Vitaliani, sculpteur sans le sou, rencontre au début du 20ème siècle Viola Orsini, la fille d’une puissante famille génoise. Tout les oppose, à commencer par leur milieu social. C’est pourtant le début d’une longue aventure qui les verra se chercher, se fuir, s’opposer parfois, sans jamais vraiment pouvoir se quitter.
Comment vous est venue l’idée de ce roman ? Pourquoi l’Italie et le contexte historique du début du 20eme siècle ?
L’Italie est le pays de mes ancêtres. Comme beaucoup d’immigrés, ils coupèrent tout lien avec leurs racines à leur arrivée en France au début du 20ème, et j’en éprouve une grande frustration. J’ai eu envie de rendre hommage à cette terre originelle, à sa culture qui a rayonné dans le monde entier, dans tous les domaines. C’est en Italie que j’ai été sensibilisé à l’art, dès mon adolescence. Quant à l’époque, elle est le reflet du sujet du livre. Veiller sur elle parle de la tyrannie faite à une jeune femme qui essaie de déployer ses ailes. Cette tyrannie intime, du quotidien, est exactement le miroir de la grande tyrannie politique (le fascisme, donc) qui sert de toile de fond au roman. Les oppresseurs d’un seul être humain ou d’une société entière sont les mêmes. Il était donc logique d’insérer cette aventure dans ce paysage historique.
Viola est un personnage fort, féministe avant l’heure, comment avez-vous appréhendé, imaginé cette femme ?
La question est juste, car Viola est en effet le personnage central du livre, et le point de départ de son écriture. Disons que j’ai été élevé dans une culture féministe, et plus largement dans le rejet de toute forme d’inégalité. Je me suis demandé, dans un monde contemporain où il n’est toujours pas facile d’être une femme, quels combats ces dernières avaient dû mener il y a quelques décennies à peine. Certains de ces combats sont d’ailleurs encore d’actualité. À bien des égards, il y a des personnes qui se réveillent chaque matin en 1920.
Comment définissez-vous la relation qui lie Mimo et Viola ?
C’est de l’amour à l’état pur, mais l’amour prend bien des formes, l’une d’entre elle étant l’amitié, ou la détestation.
Le personnage principal de votre roman est-il inspiré d'un artiste qui a existé ?
Si vous allez à l’abbaye Sacra di San Michele, et demandez à voir la Pietà Vitaliani cachée dans ses souterrains, on vous répondra qu’un romancier français a tout inventé, que Mimo Vitaliani n’existe pas et qu’il n’y a pas de Pietà cachée dans les souterrains…
Dans la plupart de vos romans, vous parlez de jeunes garçons écorchés par la vie qui se lient d’amitié à une jeune fille forte, cette récurrence est assez intrigante, quel(s) message(s) voulez-vous faire passer ?
Absolument aucun. Je crois que je réécris divers scénarios fantasmés de ma première histoire d’amour, restée platonique. Et le sentiment amoureux, pour moi, passe par la conquête sentimentale de quelqu’un de plus fort, de plus intelligent que vous.
Est-il difficile de quitter vos personnages lorsque vous achevez l’écriture d’un roman ?
Je n’essaie même pas de les quitter. Je vis avec longtemps, je pense à eux, et il n’y a que lorsque ça cesse naturellement, avec le temps, que je peux écrire autre chose.
Que représente pour vous l’art de la sculpture ?
L’art (n’importe lequel) et la nature sont pour moi les seules passerelles vers un « après », un « autre chose » plus grand que nous, auquel chacun donnera un nom différent. L’art est surhumain.
Comment travaillez-vous vos textes ? Quels sont vos rituels ? Les lisez-vous à haute voix ?
Je prépare d’abord la structure de mon récit, pour savoir ce que je raconte, où je vais, comment, avec qui. À ce stade je prends seulement des notes et je finis avec un carnet rempli et bariolé, car j’écris avec des encres de couleur. Quand j’ai bien l’histoire en tête, je m’assieds devant mon ordinateur et je me laisse porter en me reposant sur cette structure, c’est la rédaction à proprement parler. Je corrige très peu ce que j’écris. Avoir travaillé sur la structure en premier lieu me permet d’être libre, d’écouter et de servir la voix de l’histoire. Je n’ai pas de rituel, j’écris douze heures par jour si je peux, et je lis assez peu à haute voix.
Avez-vous un récent coup de cœur à nous partager ?
Dans les classiques je viens enfin de lire L’œuvre au Noir de Yourcenar, que j’ai adoré, et je ne sais pas pourquoi car le texte est parfois austère. J’ai l’impression qu’il me rend plus intelligent. Et dans cette rentrée, j’ai particulièrement aimé Panorama, de Lilia Hassaine, pour son inventivité. C’est une dystopie, un genre que je n’aime pas d’habitude car tout a été dit, mais non, Lilia Hassaine nous montre que tout n’avait pas été dit., de Lilia Hassaine, pour son inventivité. C’est une dystopie, un genre que je n’aime pas d’habitude car tout a été dit, mais non, Lilia Hassaine nous montre que tout n’avait pas été dit.
Merci Jean-Baptiste Andrea d'avoir accepté de répondre à nos questions.