Dans votre roman vous rendez hommage à votre ancien éditeur Bernard de Fallois, quel lien entreteniez-vous avec lui ?
Homme très important pour moi, il est l'artisan du succès de L’affaire Harry Quebert et des livres qui ont suivi. Il a été le premier à croire en moi. A me voir comme un écrivain. Je lui dois tout.
On imagine qu’il tenait une grande place dans votre vie. Que vous a-t-il apporté dans votre vie professionnelle mais également dans votre vie personnelle ?
Dans ma vie professionnelle, il m'a appris une partie du métier d'éditeur et m'a initié au monde de l'édition. Il voyait son métier avec grande ouverture d'esprit et une immense curiosité. Il abordait la vie avec cette même curiosité et je garde cela dans ma vie personnelle aussi aujourd'hui. Il m'a également donné mon identité d'écrivain que j'avais de la peine à faire ressortir du fin fond de moi-même.
Votre héros s’appelle Joël et est écrivain, comme vous. Y a-t-il une part de vous en lui ? Pourquoi avec choisi ce prénom en particulier ?
Ce livre est un récit autour de Bernard de Fallois dans lequel je raconte mes souvenirs avec lui, et autour duquel se construit un roman de fiction. Le narrateur de la fiction s'appelle Joël comme moi simplement pour alimenter ce jeu de miroir entre réalité et imaginaire. Mais ce Joël du roman n'est pas vraiment moi et je ne me suis pas senti héros du livre. Il n'est qu'un personnage de fiction, comme les autres.
Beaucoup de dialogues sont très drôles dans votre roman. Ce ton est différent de vos précédents livres. Pourquoi ce choix ?
J'avais très envie d'être drôle. Pas simple d'être drôle dans un livre car ce qui vous fait rire à l'écriture est forcément moins drôle à la relecture. Comme une blague que vous avez déjà entendue. Il m'a donc fallu un peu de temps pour oser passer ce cap, très heureux que cet humour se soit ressenti.
Une des thématiques du livre tourne autour de la réussite et du devoir. Pensez-vous que ces deux notions sont étroitement liées ? Que signifie pour vous la réussite ?
Non ce n'est pas forcément lié pour moi, bien au contraire : j'entends la réussite comme étant la capacité à suivre sa propre route, suivre son envie, son instinct, sa volonté et bâtir une vie comme on l'entend. Le devoir c'est tout l'inverse : le devoir, c'est l'empêchement. C'est être forcé à suivre un destin qui n'est pas le nôtre uniquement pour faire plaisir à quelqu'un, notamment à notre famille. Pour moi, la réussite c'est être heureux. C'est aimer et être aimé.
La force de vos livres réside en grande partie par votre talent de raconteur d’histoires, avec des rebondissements insoupçonnés. Comment trouvez-vous cette inspiration débordante ? Avez-vous été déjà confronté au syndrome de la page blanche ?
Je ne crois pas que l'inspiration "se trouve". L'inspiration est une énergie que l'on a en soi et qu'il faut savoir utiliser, canaliser, pour en faire quelque chose. Je suis très joueur quand j'écris, je me demande où je pourrais aller, comment je pourrais essayer d’aller plus loin encore. Je n'ai, du coup, jamais connu de syndrome de la page blanche, mais il arrive que l'énergie de l'inspiration se retourne contre vous, vous empêchant par exemple de faire le tri dans toutes vos idées et de ne plus arriver à les canaliser.
Certains écrivains ont des rituels d’écriture, est-ce le cas pour vous aussi ?
Oui j'ai besoin écrire dans mon bureau, hors de chez moi, où je m'isole complètement. J'ai besoin de musique aussi comme pour créer une bulle dans laquelle je me protège du monde réel pour créer un monde imaginaire.
Pour finir, quel(s) livre(s) conseillerez-vous à nos passionnés de lecture ?
Représailles de Florian Eglin et La soustraction des possibles de Joseph Incardona.