Comment avez-vous eu l’idée de ce diptyque Le Printemps suivant ? Quelles thématiques aviez-vous envie d’aborder dans ces bandes dessinées ?
C’est la suite logique de La Tectonique des plaques, ma précédente BD. J’y abordais les débuts de notre couple. Il était évident pour moi de parler de notre emménagement et des débuts de notre vie de famille sous le même toit. Et des difficultés qui en ont découlé.
Je voulais parler de la responsabilité. Blâmer l’autre ne sert à rien. Je voulais que mon personnage fasse ce trajet, qu’elle comprenne qu’elle a le pouvoir de changer les choses en commençant par elle-même. Je voulais aborder l’engagement aussi. Choisir l’autre, c’est s’engager auprès de cette personne. On ne peut pas remettre ce choix en cause à chaque galère. Il doit au contraire être un phare dans la tempête. En tout cas, tant qu’il y a de l’amour.
En lisant vos histoires, on se retrouve souvent dans vos personnages, est-ce une volonté ? Si oui, pourquoi ?
Oui, bien sûr. Le cœur de mon écriture, c’est d’aller chercher ce qui va parler au plus grand nombre. J’aime tirer de mes histoires personnelles, de mon vécu, les expériences qui vont toucher les autres parce qu’ils vont s’y reconnaître, ou y trouver quelque chose de leur propre histoire. Quand une lectrice me dit qu’elle a compris des choses sur elle à travers mes livres, ça donne du sens à mon travail.
Le passage avec Jardiland dans le tome 1 du Printemps suivant nous a beaucoup fait rire ! Après avoir dévalisé le magasin, y êtes-vous retournée ? Comment se portent les fleurs dans votre jardin ?!
Tout le monde est en pleine forme au jardin ! À tel point que je n’ai pas eu besoin de retourner dévaliser Jardiland. Bon, j’y vais une fois de temps en temps pour les graines des oiseaux, un nouveau sécateur, des tuteurs en bambou. Mais plus pour des plantes. Pas besoin. Parce que tout a proliféré magnifiquement ici et que je passe ma vie à diviser les bulbes, ressemer les graines et déplacer ce qui a trop poussé. Un des grands avantages du climat basque est sa capacité à tout faire pousser ! Une fois, j’ai jeté un noyau d’avocat au pied de la haie, quelques semaines plus tard nous avions un pied d’avocatier de 50 cm de haut !
Votre bande dessinée est inspirée de votre vie de famille. Pacco est d’ailleurs bien plus qu’un personnage puisqu’il est co-auteur à vos côtés mais également votre compagnon. Comment choisissez-vous les scènes de la vie quotidienne à mettre en dessin ? Quelle(s) scène(s) auriez-vous pu ajouter ?
Le choix se fait autour de deux axes : servir le récit et parler aux lectrices. Il y a une sphère d’intimité que je n’aborde pas dans mes récits, parce que c’est ma vie privée, et parce que ce sont des choses propres à ma vie, mon fonctionnement, notre fonctionnement de couple, et que ça ne parlerait pas forcément aux lectrices. Et il y a le récit. Les scènes doivent soutenir ce récit et lui être utile. D’ailleurs, la plupart des scènes sont inspirées de notre vie, mais réécrites pour convenir au livre. Elles ne se sont que rarement déroulées comme je les dessine !
D’où vous est venue cette passion pour les cailloux ?
J’ai toujours aimé les cailloux. Peut-être depuis la chanson d’Émilie Jolie sur le petit caillou qu’elle glisse dans sa poche. « Je suis un caillou, un petit caillou… ». Je la chantais en boucle quand j’étais petite. Et puis je suis normande, j’ai passé une partie de ma vie à marcher sur la plage et à récolter les cailloux comme des trésors. Ma mère est comme ça aussi. Glaneuse. Ça me vient sûrement un peu d’elle.
Continuez-vous le yoga ?!
Oui ! Chaque semaine. L’histoire du Printemps suivant correspond à une période de ma vie qui remonte à quelques années maintenant. Je pratique le yoga depuis 12 ans. Pacco s’y est mis aussi ! J’ai pour ma part un tempérament assez nerveux, le yoga m’aide à me centrer, à poser mon souffle, à travailler ma souplesse, ma détermination dans les postures exigeantes, mon calme. Je prends des cours particuliers, comme dans ma BD. Ma prof peut donc s’adapter à mon état chaque semaine, selon que je suis en forme, agitée, indisposée, speed… et selon la saison ! Elle me propose à chaque fois une pratique différente.
Le Printemps suivant tome 2 : Après la pluie, est prévu début novembre, pouvez-vous nous donner un avant-goût de l’ambiance et du scénario, sans spoiler les membres de la communauté ?
Mon personnage va devoir aller chercher en elle les raisons de ses échecs amoureux. Elle va être amenée à se confronter à elle-même pour faire la paix et avancer. Elle va faire des choix. À part ça, beaucoup de pâquerettes, de peinture sur cailloux et de mangeoires à oiseaux !
Quel livre relisez-vous dès que possible ?
Aucun. J’aime l’expérience de la découverte en lecture. J’ai essayé de relire des livres que j’avais aimés, mais je m’ennuie, la magie est passée.
Au contraire, quel est celui que vous avez peur de lire et qui prend la poussière dans votre bibliothèque ?
Aucun non plus ! La lecture est pour moi un vrai plaisir. Je ne me force pas à finir un livre qui me déplaît, je ne m’impose pas non plus la lecture d’un livre parce qu’il est de bon ton de l’avoir lu. Je ne lis que ce qui me plaît !
Il y a quoi sur votre table de chevet ?
En ce moment, Emma de Jane Austen, car je prépare la version illustrée avec les Éditions Tibert pour 2023. Et le livre de Gringe, Ensemble, on aboie en silence, sur sa relation avec son frère schizophrène. C’est très beau. On y trouve également le livre de Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi. Je suis passionnée par le lien corps-esprit. Et puis, un livre de poésie : Je sens par Ito Naga. L’auteur y fait une longue liste numérotée de tout ce qu’il sent. Comme « Je sens un moment assez doux en découvrant les oiseaux déjà réveillés et s’affairant dans le jardin le matin en ouvrant les volets ». par Ito Naga. L’auteur y fait une longue liste numérotée de tout ce qu’il sent. Comme « Je sens un moment assez doux en découvrant les oiseaux déjà réveillés et s’affairant dans le jardin le matin en ouvrant les volets ».
Pour finir, avez-vous un récent coup de cœur à partager ?
Le livre de Joyce Maynard, Où vivaient les gens heureux. Ce roman m’a bouleversée. Une femme artiste qui tente de construire sa famille dans une maison au cœur de la nature et qui rencontre les difficultés liées à ses mauvais choix et ses blessures personnelles. On dirait le pitch de ma BD ! Mais sans rire, c’est un de mes livres préférés de ces dernières années.
Merci Margaux Motin d'avor pris le temps de répondre à nos questions !