27 août 2025

Interview : Marie Charrel présente son roman Nous sommes faits d’orage

M

Marina - Libraire au Cultura Bègles

/content/dam/cultura-one/interview/NAV_SMT-ITW-Marie-Charrel.jpg

Marion Charrel est romancière journaliste pour Le Monde. Son premier roman, Une fois ne compte pas est sorti aux éditions Plon en 2011. Deux ans après le succès de son précédent roman Les Mangeurs de nuit, Marie Charrel revient en pleine rentrée littéraire avec une fresque magistrale Nous sommes faits d’orage. Découvrez son interview exclusive

Marie Charrel, bonjour ! Pouvez-vous nous résumer en quelques mots l’intrigue de votre nouveau roman Nous sommes faits d’orage, paru aux éditions Les Léonides ?

Le roman s’ouvre sur l’arrivée de Sarah dans un village isolé, au cœur des montagnes albanaises : sa mère lui a légué une maison avec pour seule consigne : « trouve Elora ». Peu à peu, le hameau révèle ses secrets. La montagne souffle les mots d’autrefois et les légendes oubliées ressurgissent. Sarah découvre l’histoire d’Elora, cette adolescente éprise de liberté, qui a grandi sous la dictature d’Enver Hoxha. Au fil des pages, on croise des bergers poètes, une guérisseuse maudite, un corbeau chapardeur et beaucoup de moutons… Jusqu’à ce que le lien entre Sarah et Elora se révèle.       

Marina

Marina

Cultura Bègles

Une pure Merveille!
Epoustouflant, d’une incroyable beauté, l’écriture est juste magnifique, chaque phrase est ciselée, travaillée jusqu’à la perfection. On est happé par cette intrigue qui se déroule sur 3 époques (1970/1990/2023) on apprend beaucoup de choses sur l’Albanie. Un roman qui a une âme, un roman virtuose ! Je vous le recommande de tout mon cœur !!
lire la suite
découvrir le produit
coup de cœur

Pourquoi avoir choisi de situer votre roman en Albanie ? On découvre ici son histoire récente, ses croyances et son folklore. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il y a quelques années, je suis allée en reportage en Albanie, pour Le Monde. Il portait sur la forte émigration qui affecte ce pays et m’a conduite dans un village perdu, dont la beauté et l’histoire terrible ont longtemps résonné en moi. Je m’en suis inspirée pour le livre. Le destin des personnages contemporains, Sarah et les rares habitants du village, n’a de sens qu’au regard de l’histoire récente de l’Albanie. Jusqu’au début des années 1990, ce petit pays des Balkans a vécu sous le joug d’une dictature communiste particulièrement répressive, et relativement peu connue en Europe de l’Ouest.

 

De multiples fils relient les personnages les uns aux autres de par leur origine, leur histoire personnelle, leurs amours et leurs trahisons…. Comment avez-vous dressé le canevas de votre roman ?

Avant d’écrire, je compose des fiches par personnage et par intrigue, puis un plan très détaillé entremêlant les différentes histoires. Il est presque aussi long que le roman lui-même ! Je ne pourrais pas écrire sans cela. Bien sûr, je ne suis jamais complètement le plan. Je l’ajuste après la première version du texte, pour vérifier la cohérence. Puis après la deuxième version, et la troisième...

 

L’intrigue – les intrigues - sont à la fois complexes et d’une limpidité extraordinaire, tout coule et se déroule sous les yeux ébahis du lecteur… Et votre phrasé si maîtrisé et poétique, chaque mot est à sa place et donne à l’ensemble une beauté incandescente… Quelle masse de travail se cache derrière ce roman ? Et les recherches que vous avez dû mener pour connaître si bien l’Albanie ?

La phase de recherche fut la plus longue. J’y suis très attachée, c’est un moment très joyeux : pour ce roman, comme pour les précédents, ce furent des lectures de documents historiques, de romans et essais portant sur le pays, des recueils sur le folklore et les légendes locales, des films, des documentaires…

Je prends beaucoup de notes, puis m’en détache lorsque je commence à composer les personnages et le plan. L’imaginaire prend alors sa place. Je reviens aux notes à la fin, pour vérifier qu’il n’y a pas d’erreurs historiques ou factuelles grossières. Trouver l’équilibre entre les libertés indispensables au roman et la rigueur des faits est un exercice passionnant, mais difficile et délicat, qui impose beaucoup de modestie.

 

Parlons un peu de la Nature. Vous y êtes très attachée comme nous avons déjà pu le constater dans vos précédents romans. Ici c’est la montagne qui a une place prépondérante et on peut même la considérer comme un personnage à part entière. D’où vous vient ce rapport privilégié à la Nature et aux éléments ?

Cela vient sans doute de l’enfance – j’ai grandi à Annecy, au bord du lac, près des forêts. Cela tient aussi, beaucoup, à la conscience aiguë et douloureuse du trésor que sont nos écosystèmes, trésor que nous sommes en train de détruire et perdre. Je tente, à mon échelle, comme beaucoup d’écrivains aujourd’hui de mettre cela en récit, en racontant les liens oubliés au vivant. Les mangeurs de nuit narre l’histoire de Jack et Hannah, deux personnages nourrissant une connexion organique et atavique avec la forêt - c’est en partie parce que nous avons perdu cette connexion que la crise climatique est si difficile à résoudre. Dans « Nous sommes faits d’orage », Dritan, les bergers et même Elora, ont également ce lien organique avec la montagne.

Le feu, c’est autre chose. Il est à la fois la destruction et la purification. Les grands incendies sont animés d’une force propre aussi terrifiante que fascinante.

 

La poésie occupe une place particulière dans l’histoire des personnages, mais que représente-t-elle pour vous ?

Le rapport sensible au vivant relève pour moi du même registre que le rapport à la poésie. La poésie est une flèche en plein cœur, elle sollicite autant la raison que la déraison. Elle va à l’essentiel. Elle bouscule. Pendant les confinements liés au Covid-19, j’étais incapable de lire autre chose. Notamment Enfin le royaume, les quatrains de François Cheng, et Il neige dans la nuit et autres poèmes de Nazim Hikmet.                                                          

 

Quelle lecture nous conseillez-vous, quel roman vous a marqué dernièrement ?

La question piège, il y en a tant ! Je citerai Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker. C’est à la fois un polar, un roman sur l’amitié et une fresque sur l’Amérique, porté par des personnages savoureux par une plume sublime. Je l’ai refermé avec la conviction de tenir entre les mains un grand livre, que je relirai plusieurs fois, tant il est foisonnant.