Quelles ont été vos inspirations pour votre roman ?
Tout est parti d'une performance réelle — Rhythm 0, que Marina Abramović a réalisée en 1974 à Naples et qu'elle a décrite comme le moment le plus intense de sa vie.
Mais très vite, je me suis intéressée à tout ce que l'histoire officielle ne raconte pas. Qui étaient les personnes dans cette pièce ? Qu'avaient-elles vécu avant d'entrer ? Et surtout : qu'est-ce qui a pu se passer en elles pendant ces six heures ?
Je ne voulais pas écrire un roman réservé aux amateurs d’art contemporain. J’ai voulu raconter une nuit de tension, de secrets et de bascules, dans laquelle chacun peut reconnaître quelque chose de très humain : la peur, le désir d’appartenir au groupe, le courage de dire non — ou la difficulté à le faire. Ce n'est pas un roman sur l'art. C'est un roman sur nous.
Qu’est-ce que ça fait d’écrire un deuxième roman ?
C'est à la fois très enthousiasmant et un peu rassurant, on se dit qu’on est publiée à nouveau, que le premier n’était pas une erreur ou un coup de chance. Mais si le premier livre vous ouvre une porte, le deuxième vous oblige à prouver, d’abord à vous-même, que vous avez encore une histoire à raconter et une voix à chercher.
C’est donc aussi assez angoissant, on veut être au rendez-vous des lecteurs, on veut être digne de leur temps. Il me fallait réussir à tenir une écriture à la hauteur d'une nuit aussi extrême. Je voulais éviter de tomber dans l’exhibitionnisme ou, au contraire, dans l’édulcoration de la violence.
Pression supplémentaire : il était indispensable que Marina Abramović donne son accord pour la publication. Et elle l’a fait, sans demander aucune modification. Elle nous a seulement demandé qu’on lui envoie un exemplaire.
Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent après avoir terminé votre roman ?
Précisément cette question : et moi, qu'est-ce que j'aurais fait ?
Je souhaiterais que personne ne sorte de ce roman avec la certitude tranquille d'avoir été du bon côté.
Ce que révèle cette nuit de Naples, c'est que la frontière entre celui qui protège, celui qui regarde et celui qui agresse est peut-être beaucoup plus fragile qu'on ne le croit.
Mais c'est aussi ce qui rend la question intéressante : face à la même situation, certains franchissent la limite, d'autres refusent, d'autres essaient de protéger. Rien n'est jamais complètement écrit d'avance.
Que représente la lecture pour vous ?
Pour moi, la lecture est un filet de sécurité.
Quels que soient les moments de ma vie, je sais que je peux retrouver le calme en lisant. La voix, l’histoire et le rythme m’emmènent ailleurs. Ce sont des moments de solitude heureuse.
Et puis il y a cette chance incroyable : il y aura toujours un livre qu'on n'a pas encore lu. Et des auteurs vers lesquels on revient comme sous une couverture encore chaude.
Quels sont les auteurs qui vous ont donné envie d’écrire ?
Comme beaucoup de lecteurs, j'ai commencé par les grands auteurs : Camus, Duras, Dostoïevski, Tolstoï, Virginia Woolf… Et, paradoxalement, ils ont failli m'empêcher d'écrire. Je les lisais et je me disais : « À quoi bon ? On ne pourra jamais faire mieux. Pour qui tu te prends ? » Et puis il y a eu d'autres auteurs qui m'ont fait l'effet inverse. Ils m'ont appelée, comme pris par la main.
Laurent Gaudé pour la poésie des corps et du destin, Wajdi Mouawad pour sa puissance, Haruki Murakami pour la liberté de son imaginaire, Patti Smith pour sa profonde vitalité.
Finalement, j'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'être à la hauteur de ceux que j'admire, mais de trouver ma propre voix. Quand j’écris, j’arrête de lire, justement.