28 août 2026

Interview : Marie Petitcuénot présente son roman « Heures sauvages »

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Léa - rédactrice

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Marie Petitcuénot publie son deuxième roman, Heures sauvages aux éditions Heloïse D'Ormessan. Un roman qui revisite la célèbre performance Rhythm 0 de Marina Abramović.

Sélectionnée pour le Prix Talent Cultura 2026, l’autrice partage dans cette interview la genèse de son roman, ses inspirations et les questions qu’elle espère laisser résonner longtemps après la dernière page.


Pouvez-vous présenter votre roman pour les lecteurs qui ne l’ont pas encore lu ?

Heures sauvages est inspiré d'une histoire vraie, l'une des performances les plus radicales du XXe siècle.

Naples, 1974. Une galerie d'art. Quarante personnes enfermées pendant six heures dans une pièce avec une artiste — Marina Abramović, une artiste serbe de vingt-sept ans — qui leur a écrit pour consigne : « Faites ce que vous voulez, j'en prends toute la responsabilité ». Sur une table, soixante-douze objets sont disposés. Un boa, du rouge à lèvres, un appareil photo. Et aussi un scalpel, une arme, une balle. Elle ne parlera pas et elle ne se défendra pas. 

Le roman raconte ces six heures, heure par heure. C'est un huis clos, au cours duquel des gens ordinaires vont découvrir de quoi ils sont capables — et de quoi ils ne sont pas capables.

Et il y a une question qui, je l'espère, ne vous lâchera plus : et vous, vous auriez fait quoi ?

Heures sauvages

Heures sauvages

Marie Petitcuénot - 17.0€

Le roman de la performance culte de Marina Abramović :
Lauréat du prix Transfuge du roman d'art,
Sélection prix Fnac et prix Blù,
Finaliste du prix Talent Cultura.

Naples, 1974. Andrea inaugure sa galerie d'art en introduisant une jeune artiste qui utilise son corps comme médium. Elle lui a littéralement coupé le souffle lors d'une performance à Belgrade. Ce soir, aucun invité ne sait ce qui l'attend. Six heures, enfermés, six longues heures, une table avec des objets, du plus anodin au plus meurtrier, et une liberté totale d'interagir avec l'artiste. Elle assume l'entière responsabilité de ce qui se déroulera. L'incrédulité cède la place à l'impatience, l'amusement à l'agacement, jusqu'à l'irruption de la violence. Tous deviennent alors témoins de leur propre bestialité. Au risque d'abandonner dans cette salle une part d'eux-mêmes.

Marie Petitcuénot signe un roman stupéfiant sur l'âme humaine. Au cours de ce huis clos où hommes et femmes lâchent la bride de leurs émotions, c'est un rite qui se joue, une épreuve dont on ressort aussi bouleversé que les spectateurs.

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Quelles ont été vos inspirations pour votre roman ?

Tout est parti d'une performance réelle — Rhythm 0, que Marina Abramović a réalisée en 1974 à Naples et qu'elle a décrite comme le moment le plus intense de sa vie. 

Mais très vite, je me suis intéressée à tout ce que l'histoire officielle ne raconte pas. Qui étaient les personnes dans cette pièce ? Qu'avaient-elles vécu avant d'entrer ? Et surtout : qu'est-ce qui a pu se passer en elles pendant ces six heures ?

Je ne voulais pas écrire un roman réservé aux amateurs d’art contemporain. J’ai voulu raconter une nuit de tension, de secrets et de bascules, dans laquelle chacun peut reconnaître quelque chose de très humain : la peur, le désir d’appartenir au groupe, le courage de dire non — ou la difficulté à le faire. Ce n'est pas un roman sur l'art. C'est un roman sur nous. 

 

Qu’est-ce que ça fait d’écrire un deuxième roman ?

C'est à la fois très enthousiasmant et un peu rassurant, on se dit qu’on est publiée à nouveau, que le premier n’était pas une erreur ou un coup de chance. Mais si le premier livre vous ouvre une porte, le deuxième vous oblige à prouver, d’abord à vous-même, que vous avez encore une histoire à raconter et une voix à chercher.

C’est donc aussi assez angoissant, on veut être au rendez-vous des lecteurs, on veut être digne de leur temps. Il me fallait réussir à tenir une écriture à la hauteur d'une nuit aussi extrême. Je voulais éviter de tomber dans l’exhibitionnisme ou, au contraire, dans l’édulcoration de la violence. 

Pression supplémentaire : il était indispensable que Marina Abramović donne son accord pour la publication. Et elle l’a fait, sans demander aucune modification. Elle nous a seulement demandé qu’on lui envoie un exemplaire.

 

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent après avoir terminé votre roman ?

Précisément cette question : et moi, qu'est-ce que j'aurais fait ?

Je souhaiterais que personne ne sorte de ce roman avec la certitude tranquille d'avoir été du bon côté.

Ce que révèle cette nuit de Naples, c'est que la frontière entre celui qui protège, celui qui regarde et celui qui agresse est peut-être beaucoup plus fragile qu'on ne le croit.

Mais c'est aussi ce qui rend la question intéressante : face à la même situation, certains franchissent la limite, d'autres refusent, d'autres essaient de protéger. Rien n'est jamais complètement écrit d'avance.

 

Que représente la lecture pour vous ?

Pour moi, la lecture est un filet de sécurité.

Quels que soient les moments de ma vie, je sais que je peux retrouver le calme en lisant. La voix, l’histoire et le rythme m’emmènent ailleurs. Ce sont des moments de solitude heureuse.

Et puis il y a cette chance incroyable : il y aura toujours un livre qu'on n'a pas encore lu. Et des auteurs vers lesquels on revient comme sous une couverture encore chaude.

 

Quels sont les auteurs qui vous ont donné envie d’écrire ?

Comme beaucoup de lecteurs, j'ai commencé par les grands auteurs : Camus, Duras, Dostoïevski, Tolstoï, Virginia Woolf… Et, paradoxalement, ils ont failli m'empêcher d'écrire. Je les lisais et je me disais : « À quoi bon ? On ne pourra jamais faire mieux. Pour qui tu te prends ? » Et puis il y a eu d'autres auteurs qui m'ont fait l'effet inverse. Ils m'ont appelée, comme pris par la main.

Laurent Gaudé pour la poésie des corps et du destin, Wajdi Mouawad pour sa puissance, Haruki Murakami pour la liberté de son imaginaire, Patti Smith pour sa profonde vitalité.

Finalement, j'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'être à la hauteur de ceux que j'admire, mais de trouver ma propre voix. Quand j’écris, j’arrête de lire, justement.

Pourquoi voter pour votre roman ?

Parce que j’espère que Heures sauvages ne sera pas seulement un livre que l’on lit, mais un livre que l’on a envie de transmettre.

C’est un roman court, intense, construit comme un compte à rebours. Je souhaite que l’on y entre par une histoire vraie fascinante, on y reste pour les personnages, et l’on en ressort avec une question qui continue de travailler en soi.

Si ce livre vous a tenu en haleine, s’il vous a surpris, ému ou donné envie d’en parler autour de vous, alors votre vote peut lui permettre de rencontrer d’autres lecteurs.

 

Ça vous ferait quoi de gagner le Prix Talent Cultura 2026 ?

Ce serait une immense joie. Une immense joie, et surtout une rencontre.

On écrit dans une grande solitude, avec l’espoir qu’un jour des inconnus ouvriront le livre, entreront dans son rythme et accepteront de vivre quelques heures avec les personnages. Le Prix Talent Cultura aurait cette valeur particulière : celle d’être portée par des lecteurs.

Gagner signifierait que cette nuit de Naples les a touchés, qu’ils y ont reconnu une émotion, une inquiétude ou une question qui leur appartient aussi.

Et pour un roman qui pose sans cesse la question de notre rapport aux autres, je trouve assez beau que ce soient précisément les lecteurs qui aient le dernier mot.