10 octobre 2025

Interview : Mathieu Bablet présente sa BD Silent Jenny

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Solène - E-merchandiser

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Auteur de Shangri-La, Carbone & Silicium et Midnight Order, Mathieu Bablet s’est imposé au fil des années comme l’une des voix les plus singulières de la bande dessinée contemporaine. Entre science-fiction et introspection, ses récits questionnent la place de l’humain dans un monde en mutation.

Avec Silent Jenny, il signe son grand retour en solo après quatre ans de travail. Ce nouvel album clôt une trilogie entamée avec Shangri-La et explore les enjeux écologiques à travers la disparition des insectes pollinisateurs. Rencontre avec un auteur qui poursuit, album après album, son exploration sensible du futur et de l’humain.


Comment est née votre nouvelle BD Silent Jenny ?

Silent Jenny est née de l’envie de clôturer la trilogie de science-fiction initiée par Shangri-la. Je savais qu’après la SF spatiale et la SF « robotique », j’avais envie de me frotter à la SF écologique, dans tout ce qu’elle a d’actuel vis-à-vis de son discours sur le vivant et la biodiversité. Tisser un scénario autour de la disparition des insectes pollinisateurs me paraissait un bon point de départ pour évoquer une problématique contemporaine et en même temps imaginer, un monde qui devrait évoluer malgré les grands bouleversements traversés.

Silent Jenny

Silent Jenny

Mathieu Bablet - 31.9€

Dans un futur lointain, les insectes pollinisateurs ont disparu à la suite de grands bouleversements climatiques, poussant les humains à arpenter des paysages stériles à bord de "monades" ; des vaisseaux-villages motorisés. C'est dans l'une d'elle que vit Jenny, déterminée à récupérer les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant...

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Fabrication, pagination, la richesse des détails du dessin… Cette nouvelle BD est vraiment un projet très impressionnant. Combien de temps vous a demandé la réalisation de Silent Jenny. Comment gère-t-on un projet d'une telle ampleur ?

Silent Jenny m’aura demandé quatre ans de travail, en comptant environ six mois de rédaction du scénario, et six mois de mise en couleur.

Ça a été un projet assez éprouvant tant la tâche m’a paru dès le départ insurmontable, et c’est en alternant ce travail laborieux avec d’autres projets plus « récréatifs » comme The Midnight Order ou Shin Zero, que j’ai pu garder le cap. Mais pour être tout à fait honnête, ce n’est qu’aux trois quarts de l’album que j’ai véritablement sorti la tête de l’eau, avant ça le temps de production m’a paru surtout interminable.

 

Vos planches sont toujours très détaillées, avec des décors impressionnants. Comment construisez-vous vos univers ?

Pendant l’écriture du scénario, je passe du temps à emmagasiner des images sur mon ordinateur, dans de multiples dossiers. Le but est de me nourrir avec le plus de références possibles, que ce soient des photos, des peintures ou d’autres bandes dessinées.
Sur Silent Jenny précisément, je me suis inspiré des images de bâtiments brutalistes, des paysages désertiques du désert d’Atacama, en Amérique du Sud, des combinaisons de plongées…

C’est la matière première sur laquelle je vais ensuite me baser pour créer mon univers et qui me permettra d’avoir des décors les plus détaillés et tangibles possibles.

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Dans vos BD on ressent une prédilection pour les récits de science-fiction, avec toujours une très forte dimension humaine. Quelle importance accordez-vous aux émotions de vos personnages ?

C’est ce qui m’intéresse en premier. La dimension SF, elle est là pour combler mes envies de dessinateur. Créer des univers, des vaisseaux, imaginer des paysages etc.

Mais ensuite, ce qui m’importe le plus, c’est comment des personnages au début de l’histoire vont ressentir les évènements qu’ils traversent, et en quoi ça va les changer. Donc autant que possible, je privilégie l’introspection de mes personnages aux péripéties qui jalonnent l’histoire.

 

Est-ce que vous voyez vos BD comme un moyen d’exorciser vos angoisses ?

Complètement, oui ! C’est d’ailleurs bien souvent « l’élément déclencheur » à chaque projet. Une angoisse, un questionnement qui seront partagés par le personnage principal de l’histoire, avant que le récit puisse amener à des réflexions, ou tout du moins une prise de recul vis-à-vis de l’angoisse première. Après bien sûr, il faut savoir dépasser ça pour proposer un scénario qui s’adresse à tout le monde.

 

Vos livres semblent parfois se répondre entre eux. Y a-t-il des liens entre Silent Jenny et vos autres récits ?

Je pense que ce n’était pas fait exprès au début, mais effectivement, invariablement il y a de nombreuses thématiques qui traversent chacun de mes livres.
Déjà graphiquement avec l’architecture, les décors fouillés, un amour des planches contemplatives. Puis scénaristiquement, avec des personnages qui se questionnent, la fin d’un monde, l’aspect cyclique de l’histoire humaine etc. Aujourd’hui, après m’être rendu compte de toutes ces connexions, je dois au contraire faire attention que chaque nouveau projet ne fasse pas que répéter les mêmes thèmes que j’ai en tête !

 

Silent Jenny est publiée chez Rue de Sèvres. Qu’est-ce que cette nouvelle collaboration vous a apporté ?

Globalement, le passage du Label 619 chez Rue de Sèvres aura été l’occasion pour Run, Florent Maudoux, Guillaume Singelin et moi-même de passer un cap dans notre rôle d’éditeur. Nous avons trouvé les interlocuteurs parfaits pour mener à bien nos projets, avec les ambitions qui sont les nôtres. Pour Silent Jenny, l’accompagnement de Rue de Sèvres pour l’album aura permis de créer l’évènement autour du livre, en le plaçant parmi les sorties importantes de cette fin d’année.

 

Parlez-nous de la couverture exclusive créée spécialement pour Cultura ?

Cette couverture en particulier, était l’occasion de mettre un peu plus l’accent sur Jenny, de la personnifier un peu plus que sur la couverture classique, où elle est minuscule dans l’image, cachée sous sa combinaison de microïde. On voit enfin son visage, et on peut aussi profiter un peu plus des détails de la monade, de l’accumulation d’éléments qui compose sa structure.

Silent Jenny - Couverture exclusive Cultura

Silent Jenny - Couverture exclusive Cultura

Mathieu Bablet - 31.9€

Dans un futur lointain, les insectes pollinisateurs ont disparu à la suite de grands bouleversements climatiques, poussant les humains à arpenter des paysages stériles à bord de "monades" ; des vaisseaux-villages motorisés. C'est dans l'une d'elle que vit Jenny, déterminée à récupérer les dernières traces ADN d'abeilles dans l'espoir de retrouver le monde d'avant...
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Vous avez beaucoup travaillé avec les artistes du Label 619. Après un projet aussi personnel que Silent Jenny, ressentez-vous le besoin de revenir à une création plus collective ?

Fort heureusement, le fait d’être éditeur au sein du Label 619 me permet d’être constamment en contact avec ses membres, et de ne jamais me sentir isolé dans mon travail (alors que nous sommes tous à des endroits géographiques très différents).
Mais je sais également que je ne vais pas repartir tout de suite sur un album solo. Je suis bien content de pouvoir travailler sur la suite de Shin Zero dans les prochains mois pour me sortir un peu la tête de Silent Jenny.

 

Avez-vous un coup de cœur récent à nous partager ?

Je viens de terminer En territoire ennemi de Carole Lobel. Un récit qui porte en lui des thématiques terriblement d’actualité, pour une lecture aussi éprouvante que nécessaire.

En territoire ennemi

En territoire ennemi

Carole Lobel - 26.0€

Alors qu’elle est encore adolescente, Carole prend ses distances avec sa famille catholique et ses valeurs traditionnelles. Solitaire et repliée sur elle-même, elle entre à l’école des beaux-arts de Nantes où peu à peu, elle reprend confiance en elle. C’est alors qu’elle rencontre Stéphane. Stéphane est beau, plein d’assurance, et surtout, il s’intéresse à elle. Carole tombe sous le charme et s’investit dans cette relation. Mais rapidement, elle se retrouve isolée, coupée des autres et du monde, à mesure que Stéphane, embrigadé par des discours masculinistes trouvés sur internet, se transforme...

Porté par un dessin minimaliste et expressif, En territoire ennemi expose avec justesse les mécanismes qui mènent progressivement à l’isolement pour Carole et à l'extrême droite pour Stéphane. Un récit poignant, brutal et courageux sur la domination masculine sous ses formes les plus insidieuses et radicales.

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