Dans vos BD on ressent une prédilection pour les récits
de science-fiction, avec toujours une très forte dimension humaine. Quelle
importance accordez-vous aux émotions de vos personnages ?
C’est ce qui m’intéresse en premier. La dimension SF, elle
est là pour combler mes envies de dessinateur. Créer des univers, des
vaisseaux, imaginer des paysages etc.
Mais ensuite, ce qui m’importe le plus, c’est comment des
personnages au début de l’histoire vont ressentir les évènements qu’ils
traversent, et en quoi ça va les changer. Donc autant que possible, je
privilégie l’introspection de mes personnages aux péripéties qui jalonnent
l’histoire.
Est-ce que vous voyez vos BD comme un moyen d’exorciser
vos angoisses ?
Complètement, oui ! C’est d’ailleurs bien souvent
« l’élément déclencheur » à chaque projet. Une angoisse, un
questionnement qui seront partagés par le personnage principal de l’histoire,
avant que le récit puisse amener à des réflexions, ou tout du moins une prise
de recul vis-à-vis de l’angoisse première. Après bien sûr, il faut savoir
dépasser ça pour proposer un scénario qui s’adresse à tout le monde.
Vos livres semblent parfois se répondre entre eux. Y
a-t-il des liens entre Silent Jenny et vos autres récits ?
Je pense que ce n’était pas fait exprès au début, mais
effectivement, invariablement il y a de nombreuses thématiques qui traversent
chacun de mes livres.
Déjà graphiquement avec l’architecture, les décors fouillés, un amour des
planches contemplatives. Puis scénaristiquement, avec des personnages qui se
questionnent, la fin d’un monde, l’aspect cyclique de l’histoire humaine etc.
Aujourd’hui, après m’être rendu compte de toutes ces connexions, je dois au
contraire faire attention que chaque nouveau projet ne fasse pas que répéter
les mêmes thèmes que j’ai en tête !
Silent Jenny est publiée chez Rue de Sèvres.
Qu’est-ce que cette nouvelle collaboration vous a apporté ?
Globalement, le passage du Label 619 chez Rue de Sèvres aura été l’occasion
pour Run, Florent Maudoux, Guillaume Singelin et moi-même de passer un cap dans
notre rôle d’éditeur. Nous avons trouvé les interlocuteurs parfaits pour mener
à bien nos projets, avec les ambitions qui sont les nôtres. Pour Silent
Jenny, l’accompagnement de Rue de Sèvres pour l’album aura permis de créer
l’évènement autour du livre, en le plaçant parmi les sorties importantes de
cette fin d’année.