Interview : Mathilde Beaussault présente son roman La Colline

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Autrice bretonne née au début des années 1980, Mathilde Beaussault puise dans son enfance rurale pour nourrir ses récits noirs et ancrés dans la réalité sociale. Fille d’agriculteurs et aujourd’hui professeure de français à Angers, elle a publié en 2025 son premier roman, Les Saules, Grand prix de la littérature policière en 2025.

Alors que son deuxième roman La Colline est attendu pour le mois de mars 2026, cette interview propose de mieux comprendre son travail, ses sources d’inspiration et les thèmes qui traversent son œuvre.


Vous avez fait une entrée fracassante dans le monde du polar avec Les saules, votre premier roman, qui a reçu le Grand prix de la littérature policière en 2025. Aviez-vous toujours eu envie d’écrire un polar ou le genre s’est-il imposé à vous au moment de l’écriture ?

C’est sans doute étrange mais je n’ai jamais été taquinée par l’envie d’écrire avant de me lancer. Je lisais beaucoup et j’admirais les auteurs et autrices. Le polar s’est invité, presque par hasard, lorsque j’ai créé puis assassiné la sulfureuse Marie. Résoudre cette enquête était un prétexte formidable pour brosser les portraits d’un petit microsome. J’écrivais et je cherchais en même temps qui était l’assassin. Quand cela a commencé à m’empêcher de dormir, j’ai trouvé. Pour tout vous dire, le coupable était tapi au fond de moi, dans les recoins de mon enfance.

 

Êtes-vous une grande lectrice de polars ou êtes-vous arrivée au genre un peu par hasard ?

Je crois que le genre m’a choisie plus que je ne l’ai choisi ! J’ai lu des polars, bien sûr, mais mes connaissances restent limitées. Ce que j’aime avant tout dans le polar, c’est m’occuper des survivants et m’interroger sur la noirceur de l’âme humaine. C’est pour moi un espace de jeux (dangereux) formidable.  

 

Votre deuxième roman, La Colline, sort le 6 mars 2026. Pouvez-vous nous le présenter.

Un nouveau-né de quelques heures est retrouvé vivant dans une benne à ordure. Monroe, vient d’accoucher et, séquestrée, elle se vide de son sang. Que s’est-il passé ? Il faudra rembobiner le fil de l’histoire et se rendre sur la colline, un endroit éloigné de l’agitation des Hommes pour découvrir qui est Monroe âgée de 17 ans et si l’amour peut la sauver.

La Colline

La Colline

Mathilde Beaussault - 19.9€

Un roman choral et viscéral qui mêle brutalité et grâce,
par la lauréate du Grand Prix de littérature policière 2025

Un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Vivant.
Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang.
Elle s’appelle Monroe, elle a dix-sept ans.
Dans cette chambre où sa mère l’a enfermée, Monroe revit les mois passés sur la colline, chez sa grand-mère Madeleine. Là-haut, le vent, le labeur et le silence façonnent les corps. Auprès de cette vieille femme solitaire aux mains guérisseuses, Monroe, enceinte, a découvert une paix inespérée. Et puis tout s’est écroulé.

Monroe s’affaiblit, les policiers enquêtent, les soignants espèrent, les pompiers s’interrogent, la famille se désintègre : durant ces quelques heures d’une intensité foudroyante, chacun mesurera ce qu’il a perdu – ou sauvé – de son humanité.

Née en Bretagne au début des années 1980, Mathilde Beaussault, fille d'agriculteurs, enseignante, a fait une entrée remarquée dans le monde de la littérature avec son premier roman Les Saules, un des 100 meilleurs livres de l’année 2025 selon le palmarès Lire Magazine, Grand Prix de littérature policière, Prix du jury du polar L’Humanité, Prix Louis-Guilloux.

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Est-ce que la « pression » du deuxième roman s’est fait sentir en écrivant La Colline ? Comment l’avez-vous gérée ?

Je ne crois pas avoir été sous pression. J’ai achevé l’écriture de La Colline avant que mon premier roman (Les Saules) ne paraisse. Ecrire reste chez moi un acte de liberté. Je ne prémédite rien alors ça passe ou ça casse. Il y a quelque chose de l’ordre de l’instinct. Ce qui me préoccupe avant tout, c’est rendre justice à mes personnages. Le dénouement me donne toujours du fil à retordre. Quand j’estime mon manuscrit terminé, je l’envoie à mon éditrice puis, assaillie par le doute, je dors très mal…

 

Qu’est-ce qui relie La Colline à votre premier roman Les Saules ? Une atmosphère, un territoire, un type de personnage… ?

Certes, le territoire est presque identique même si la ville s’invite dans La Colline. La campagne bretonne, c’est toute mon enfance. C’est là que je retourne quand j’écris, sans calcul ni boussole. Ce sont des sensations que je réveille parce qu’elles sont chevillées à mon corps. Je crois également que la multiplication des personnages, comme un kaléidoscope de l’âme humaine, est un point commun entre mes deux histoires. Enfin, la noirceur est indéniablement un trait d’union : je hurle sans bruit, pour paraphraser Marguerite Duras. Il y a tant à dire et donc à écrire sur l’intolérable.

 

Y a-t-il quelque chose que vous souhaitiez explorer dans ce deuxième roman que vous n’aviez pas pu aborder dans le premier ?

Je crois ne pas avoir réussi à tirer le fil d’amour que je sentais pourtant me guider quand j’écrivais Les Saules. Mon second roman, La Colline, est d’abord né d’une envie de nouer une relation très forte entre une grand-mère et sa petite-fille. Ce n’est pas simple d’évoquer l’amour. C’est sans doute une grande promesse en littérature. Mais j’ai été aidée par la figure de ma propre grand-mère. Je l’ai perdue alors que j’étais enceinte. Lorsque j’écrivais, je la retrouvais, entièrement. C’était beaucoup d’émotions et c’est peut-être ce qui faisait tenir debout mes phrases. Pour moi, écrire, c’est accepter de composer avec ce tumulte intérieur.

 

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de vos histoires ?

Je leur laisse leur liberté de lecteurs. Elle est précieuse et fondamentale. Après tout, je ne fais que promener mon petit miroir le long des chemins… Et puis il appartient à chacun d’y contempler le spectacle du mal avec les reflets et l’épaisseur qu’il souhaite lui donner.

Les saules

Les saules

Mathilde Beaussault - 8.4€

Quand les haines de voisinage tuent !

La mort brutale de Marie, dix-sept ans, découverte au bord de la rivière, ébranle toute une communauté, et surtout Marguerite. Livrée à elle-même, maltraitée à l'école, elle aime se réfugier près du cours d’eau, sous les saules. Cette nuit-là, elle a vu quelque chose. Elle voudrait bien aider, mais voilà, Marguerite ne parle pas, ou presque jamais. Elle observe l'agitation des gendarmes et des habitants. Comment discerner la vérité parmi les rumeurs, les rivalités familiales et les rancœurs tissées de longue date ?

« Mathilde Beaussault signe un âpre et sensible premier roman,

Un polar ancré dans la Bretagne rurale. »

TÉLÉRAMA

Née au début des années 1980, Mathilde Beaussault, fille d'agriculteurs bretons, a trouvé dans ses origines la matière de son premier roman, Les Saules, pour lequel elle a reçu le Grand Prix de Littérature Policière et le prix Louis-Guilloux 2025.

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Quels auteurs ou autrices ont façonné votre imaginaire de lectrice avant de devenir autrice ?

Je commence par William Faulkner : c’est une pente raide à gravir mais à la fin de chaque roman, vous contemplez son monde et vous avez l’impression d’avoir pris une hauteur vertigineuse dont vous pouvez vous servir pour écrire. Voilà à quoi servent les chefs d’œuvres : à me rassurer quand j’ose prétendre écrire.

D’autres auteurs américains m’ont marquée comme Joyce Carol Oates et Ron Rash, par exemple. J’ai aussi été soufflée par deux romans que je garde en mémoire : My absolute Darling de Gabriel Tallent et Dans la forêt de Jean Hegland. Ce sont des odes à la nature organique et viscérale. En France, j’admire notamment les plumes de Sandrine Colette et de Cécile Coulon. Dans le rayon polars, j’ai gardé le souvenir terrifiant d’Un tueur sur la route de James Ellroy et des Racines du Mal de Maurice G. Dantec.

Si je grimpe plus loin le chemin du souvenir, je retrouve rapidement : la mélancolie de Stephen Zweig, la franchise de Marguerite Duras ou la dévotion d’Arthur Rimbaud. Et puis, l’ironie mordante de Maupassant est mon manuel de survie.


Enfin, avez-vous de récents coups de cœur à conseiller ?

L’Ami Louis de Sylvie Le Bihan est un roman magnifique sur l’amitié entre Louis Guilloux et Albert Camus. Il est entré en résonance avec moi parce que j’y ai retrouvé la Bretagne insaisissable, les affres de la création et la fierté de venir d’un milieu humble mais tellement aimant.

Mes forêts de Hélène Dorion est un recueil que j’adore. La poésie n’est pas inaccessible, c’est tout le contraire. Puisque chacun peut y lire ce qu’il veut à la lumière de sa vie.

Et puis, je viens de découvrir David Joy. Son roman Là où les lumières se perdent est un bijou de noirceur (et d’amour !). Je risque fort d’enchaîner ses romans quitte à dormir peu. Parce que c’est sans doute ça un bon livre : des bras invisibles qui nous tiennent éveillés une bonne partie de la nuit…