04 octobre 2024

Interview Riad Sattouf - l'auteur présente sa dernière BD : Moi, Fadi le frère volé

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Charlotte - Rédactrice

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Bonne nouvelle pour tous les fans de Riad Sattouf : 2 ans après la parution du sixième tome de L’Arabe du futur, l’auteur et dessinateur franco-syrien sort une nouvelle BD le 8 octobre 2024 : Moi, Fadi le frère volé.

 


Ce nouveau roman graphique, Riad Sattouf le prépare depuis plus de 10 ans grâce à des entretiens réalisés avec son frère entre 2011 et 2012. Moi, Fadi le frère volé raconte l’enfance de ce frère absent.

Nous avons rencontré Riad Sattouf qui s’est confié sur la création de cette nouvelle BD. 


Bonjour Riad Sattouf et merci pour le temps accordé pour cette interview.

Votre nouvelle série Moi, Fadi le frère volé plonge à nouveau dans l'univers de l'Arabe du futur. Qu'est-ce qui vous a poussé à explorer plus en profondeur l'histoire de votre frère Fadi ?

Ce sont les retrouvailles avec Fadi en 2011 qui sont en quelque sorte l’origine des 6 premiers tomes de L’Arabe du futur. J’ai grandi avec un frère absent, fantôme, en imaginant sa vie pendant des années. Cela a stimulé mon imagination. Et c’est amusant pour moi de me rendre compte que j’ai dessiné les 6 premiers tomes de L’Arabe du futur accompagné par le livre fantôme de mon frère, que j’avais déjà en tête aussi ! Il était en projet depuis le début. Je souhaitais que les 6 tomes de L’Arabe du futur existent avant de raconter son histoire, pour la rendre plus tolérable pour la lectrice ou le lecteur, en quelque sorte. Mais on peut tout à fait lire Moi, Fadi sans avoir jamais lu un des premiers Arabe du futur.

 

Pouvez-vous nous parler du processus de recherche et de création de cette nouvelle bande dessinée ? Avez-vous eu des discussions avec votre famille ou des proches pour enrichir cette nouvelle série ?

Quand je l’ai retrouvé en 2011, j’étais avide de savoir si tout ce que j’avais imaginé pendant son absence avait une réalité. J’ai toujours adoré les récits qui montrent différents points de vue, comme dans Rashômon de Kurosawa. Ici, il s’agissait de croiser mon imaginaire avec la réalité de ce qu’il avait vécu. Il avait des souvenirs encore plus précis que les miens, et ses histoires m’ont souvent clouées.

Moi, Fadi, le frère volé - Tome 01 (1986-1994)

Moi, Fadi, le frère volé - Tome 01 (1986-1994)

Riad Sattouf - 23.0€

Le nouveau roman graphique de Riad Sattouf dans l’univers de L’Arabe du futur.

Dans ce nouveau chapitre c’est Fadi Sattouf, le frère de l’auteur qui est le narrateur. On y suit son enfance avec ses frères et sœurs en Bretagne jusqu’à la Syrie avec son père. 

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Votre travail est souvent autobiographique et très personnel. Est-ce difficile de revisiter des moments de votre passé à travers vos œuvres, ou cela a-t-il un effet cathartique ?

C’est une forme d’archéologie personnelle ou familiale, oui. D’un point de vue personnel, revenir sur des moments difficiles du passé, surtout concernant la disparition de Fadi, c’est une recherche de partage avec les lectrices et les lecteurs. Ce qui est paradoxal, c’est que j’ai l’impression que plus j’expose ces souvenirs, plus je les rends compréhensibles, à moi-même et aux lecteurs. Cela fait de ces histoires personnelles quelque chose d’universel, parfois. Replonger dans ces souvenirs me permet de les transformer en récits, ce qui leur donnent évidemment un sens. 

 

Votre parcours en tant qu'auteur de bandes dessinées est impressionnant, avec des œuvres à succès telles que L'Arabe du futur et Les Cahiers d'Esther. Comment avez-vous évolué en tant qu'artiste depuis vos débuts, et quelles sont les principales leçons que vous avez apprises en chemin ?

J’ai appris à ne plus me soucier autant du dessin lui-même ! Jeune, j’étais très complexé par mon trait, je voulais prouver une virtuosité graphique que je n’avais pas vraiment... Puis, en travaillant sur L’Arabe du futur, j’ai compris que l’essentiel n’était pas là, en tout cas pour moi, pour ce que je voulais faire. Le dessin doit servir mes histoires, pas l’inverse. Aujourd’hui, je cherche plutôt la simplicité, à faire passer une émotion avec le moins de moyens possibles, à être lisible surtout par les gens qui n’y connaissent rien en bandes dessinée !

 

Quelle est la BD qui vous a donné envie d’en faire à votre tour ?

Sans aucun doute Tintin d’Hergé. J’ai toujours été fasciné par la manière dont il raconte des histoires avec une telle clarté et une telle maîtrise. Il y a quelque chose de magique dans son utilisation du dessin, c’est un univers rassurant et toutefois ultra puissant.

 

Et celle qui ne quitte pas votre table de chevet ?

Je dirais toujours Tintin ! Mais aussi celles de Moebius, Druillet, Bilal, Loisel, les auteurs que j’ai adoré ado et dont j’essaie toujours de percer les secrets ! 

 

Si vous pouviez revenir en arrière et dire quelque chose au Riad Sattouf qui a commencé à travailler sur L'Arabe du futur, quel conseil lui donneriez-vous ?

Je lui dirais de continuer tout pareil ! C’est un peu prétentieux je sais (rires)… non je lui dirais de faire attention à certaines éditions étrangères, à ne pas se jeter tout de suite sur certaines propositions, à mieux se protéger, négocier certaines choses ! 

 

Quels sont les nouveaux talents en bande dessinée qui vous inspirent ou que vous trouvez intéressants ?

Il y a beaucoup de jeunes auteurs incroyables aujourd’hui ! Je vais éditer bientôt de jeunes auteurs dans ma maison d’édition Les Livres du futur ! Vous en entendrez parler très bientôt !

 

Que vous évoque une libraire, un libraire ?

J’ai un rêve absolu, étant obsédé par les livres : avoir un jour une librairie ! Partager, faire découvrir des livres, je ne vois rien de mieux sur terre.