Votre travail est souvent autobiographique et très personnel. Est-ce difficile de revisiter des moments de votre passé à travers vos œuvres, ou cela a-t-il un effet cathartique ?
C’est une forme d’archéologie personnelle ou familiale, oui. D’un point de vue personnel, revenir sur des moments difficiles du passé, surtout concernant la disparition de Fadi, c’est une recherche de partage avec les lectrices et les lecteurs. Ce qui est paradoxal, c’est que j’ai l’impression que plus j’expose ces souvenirs, plus je les rends compréhensibles, à moi-même et aux lecteurs. Cela fait de ces histoires personnelles quelque chose d’universel, parfois. Replonger dans ces souvenirs me permet de les transformer en récits, ce qui leur donnent évidemment un sens.
Votre parcours en tant qu'auteur de bandes dessinées est impressionnant, avec des œuvres à succès telles que L'Arabe du futur et Les Cahiers d'Esther. Comment avez-vous évolué en tant qu'artiste depuis vos débuts, et quelles sont les principales leçons que vous avez apprises en chemin ?
J’ai appris à ne plus me soucier autant du dessin lui-même ! Jeune, j’étais très complexé par mon trait, je voulais prouver une virtuosité graphique que je n’avais pas vraiment... Puis, en travaillant sur L’Arabe du futur, j’ai compris que l’essentiel n’était pas là, en tout cas pour moi, pour ce que je voulais faire. Le dessin doit servir mes histoires, pas l’inverse. Aujourd’hui, je cherche plutôt la simplicité, à faire passer une émotion avec le moins de moyens possibles, à être lisible surtout par les gens qui n’y connaissent rien en bandes dessinée !
Quelle est la BD qui vous a donné envie d’en faire à votre tour ?
Sans aucun doute Tintin d’Hergé. J’ai toujours été fasciné par la manière dont il raconte des histoires avec une telle clarté et une telle maîtrise. Il y a quelque chose de magique dans son utilisation du dessin, c’est un univers rassurant et toutefois ultra puissant.
Et celle qui ne quitte pas votre table de chevet ?
Je dirais toujours Tintin ! Mais aussi celles de Moebius, Druillet, Bilal, Loisel, les auteurs que j’ai adoré ado et dont j’essaie toujours de percer les secrets !
Si vous pouviez revenir en arrière et dire quelque chose au Riad Sattouf qui a commencé à travailler sur L'Arabe du futur, quel conseil lui donneriez-vous ?
Je lui dirais de continuer tout pareil ! C’est un peu prétentieux je sais (rires)… non je lui dirais de faire attention à certaines éditions étrangères, à ne pas se jeter tout de suite sur certaines propositions, à mieux se protéger, négocier certaines choses !
Quels sont les nouveaux talents en bande dessinée qui vous inspirent ou que vous trouvez intéressants ?
Il y a beaucoup de jeunes auteurs incroyables aujourd’hui ! Je vais éditer bientôt de jeunes auteurs dans ma maison d’édition Les Livres du futur ! Vous en entendrez parler très bientôt !
Que vous évoque une libraire, un libraire ?
J’ai un rêve absolu, étant obsédé par les livres : avoir un jour une librairie ! Partager, faire découvrir des livres, je ne vois rien de mieux sur terre.