Le catalogue des éditions Kana s’enrichit régulièrement de mangas européens. Comment choisissez-vous les projets à publier ? Y a-t-il des critères spécifiques que vous recherchez pour qu’un manga « made in Europe » trouve son public ?
Comme pour tous nos autres titres, je fonctionne au coup de cœur et en me posant la question s’ils trouveront bien leur place dans le catalogue Kana pour qu’on puisse les défendre de la meilleure manière qui soit et ainsi leur donner le plus de chances possibles de trouver leur public. Après, ce n’est pas toujours facile d’expliquer un coup de cœur, mais si j’accroche au style graphique et si l’histoire arrive à m’embarquer, à me donner envie d’en savoir plus sur l’univers, les personnages, d’apprendre à les connaître pour vibrer avec eux, il y a beaucoup de chances que je retienne le titre. Ensuite, je ne suis pas seul à décider, on échange beaucoup avec Yuki, l’autre éditrice de Kana, et Christel, la directrice éditoriale, pour peser les pour et les contre, et déjà voir si nos arguments pour défendre le projet sont solides. Comme chacun a sa personnalité, ses goûts, ce moment d’échange est un bon test.
Et puis, nos auteurs ne travaillent pas pour des magazines de prépublications comme le font les auteurs au Japon. Cela impacte le rythme de la narration. On ne raconte pas son histoire de la même manière si on la pense directement en tome au lieu de chapitres.
Quand vous travaillez avec un mangaka européen, en quoi la collaboration diffère-t-elle d’un projet avec un auteur japonais ?
Les quelques fois où nous avons travaillé en direct avec des auteurs Japonais la différence tient à la barrière de la langue. Le fait de devoir traduire les échanges rend la communication moins fluide, ce qui peut être frustrant des deux côtés. Là où quand on travaille avec des auteurs français les allers-retours se font beaucoup plus vite. Il est plus facile aussi de rebondir sur une idée, une proposition et de réfléchir ensemble à la meilleure solution à trouver pour telle ou telle question.
Parlez-nous de Manga Issho.
Manga Issho est le premier magazine de mangas européens. Nous nous sommes associés avec 3 autres éditeurs européens, Altraverse en Allemagne, Planeta en Espagne et Star Comics en Italie, pour proposer un magazine de création manga dans les 4 langues avec une sortie simultanée dans les 4 pays. Il a un rythme de parution trimestriel, 336 pages pour 6,90€, et on s’est engagé a minima sur 3 ans de parution. Il propose à la fois des histoires courtes, des one-shots et des histoires à suivre, dans tous les genres. On ne veut pas s’enfermer dans un registre. L’idée est de pouvoir s’adresser au plus grand nombre avec tous types d’histoires et de présenter la diversité graphique des talents européens à nos lectorats respectifs. L’idée est aussi de nourrir la curiosité de nos lecteurs. Ils vont venir sur le magazine pour une histoire, un auteur, mais logiquement, ils devraient lire toutes les histoires et ainsi découvrir d’autres talents, d’autres univers.