16 juillet 2025

Créer du manga en France : l’exemple de Kana

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Léa - Rédactrice

Longtemps considéré comme un genre venu exclusivement du Japon, le manga est aujourd’hui une forme d’expression que s’approprient de plus en plus d’auteurs européens. En France, plusieurs éditeurs accompagnent cette dynamique. C’est notamment le cas des éditions Kana, acteur historique du manga en France qui développe depuis plusieurs années un véritable pôle de création originale. Entre volonté de soutenir les talents européens, exigence éditoriale et réflexion sur les formats de publication, Kana multiplie les initiatives, à l’image de Manga Issho, un magazine trimestriel lancé en 2024 en partenariat avec plusieurs éditeurs européens. Pour mieux comprendre les enjeux de ce développement, nous avons rencontré Timothée Guédon, responsable éditorial chez Kana.


Kana, un éditeur engagé pour la création européenne

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Pour comprendre comment les éditeurs de mangas français accompagnent la création originale, nous avons échangé avec Timothée Guédon, responsable éditorial aux éditions Kana. Depuis plusieurs années, il suit de près l’émergence des talents européens. À travers cette interview, il revient sur les critères de sélection des œuvres, la relation avec les auteurs européens, mais aussi sur les ambitions du magazine Manga Issho, pensé comme un véritable laboratoire de la création européenne.


Le catalogue des éditions Kana s’enrichit régulièrement de mangas européens. Comment choisissez-vous les projets à publier ? Y a-t-il des critères spécifiques que vous recherchez pour qu’un manga « made in Europe » trouve son public ?

Comme pour tous nos autres titres, je fonctionne au coup de cœur et en me posant la question s’ils trouveront bien leur place dans le catalogue Kana pour qu’on puisse les défendre de la meilleure manière qui soit et ainsi leur donner le plus de chances possibles de trouver leur public. Après, ce n’est pas toujours facile d’expliquer un coup de cœur, mais si j’accroche au style graphique et si l’histoire arrive à m’embarquer, à me donner envie d’en savoir plus sur l’univers, les personnages, d’apprendre à les connaître pour vibrer avec eux, il y a beaucoup de chances que je retienne le titre. Ensuite, je ne suis pas seul à décider, on échange beaucoup avec Yuki, l’autre éditrice de Kana, et Christel, la directrice éditoriale, pour peser les pour et les contre, et déjà voir si nos arguments pour défendre le projet sont solides. Comme chacun a sa personnalité, ses goûts, ce moment d’échange est un bon test.

Et puis, nos auteurs ne travaillent pas pour des magazines de prépublications comme le font les auteurs au Japon. Cela impacte le rythme de la narration. On ne raconte pas son histoire de la même manière si on la pense directement en tome au lieu de chapitres.

 

Quand vous travaillez avec un mangaka européen, en quoi la collaboration diffère-t-elle d’un projet avec un auteur japonais ?

Les quelques fois où nous avons travaillé en direct avec des auteurs Japonais la différence tient à la barrière de la langue. Le fait de devoir traduire les échanges rend la communication moins fluide, ce qui peut être frustrant des deux côtés. Là où quand on travaille avec des auteurs français les allers-retours se font beaucoup plus vite. Il est plus facile aussi de rebondir sur une idée, une proposition et de réfléchir ensemble à la meilleure solution à trouver pour telle ou telle question.

 

Parlez-nous de Manga Issho.

Manga Issho est le premier magazine de mangas européens. Nous nous sommes associés avec 3 autres éditeurs européens, Altraverse en Allemagne, Planeta en Espagne et Star Comics en Italie, pour proposer un magazine de création manga dans les 4 langues avec une sortie simultanée dans les 4 pays. Il a un rythme de parution trimestriel, 336 pages pour 6,90€, et on s’est engagé a minima sur 3 ans de parution. Il propose à la fois des histoires courtes, des one-shots et des histoires à suivre, dans tous les genres. On ne veut pas s’enfermer dans un registre. L’idée est de pouvoir s’adresser au plus grand nombre avec tous types d’histoires et de présenter la diversité graphique des talents européens à nos lectorats respectifs. L’idée est aussi de nourrir la curiosité de nos lecteurs. Ils vont venir sur le magazine pour une histoire, un auteur, mais logiquement, ils devraient lire toutes les histoires et ainsi découvrir d’autres talents, d’autres univers. 

Tristan

Tristan

Cultura Valence

"Le manga Européen en mode PLUS ULTRA"
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coup de cœur

On découvre aussi de plus en plus d’auteurs européens. Il y a toute une nouvelle génération d’auteurs qui ont grandi avec le manga comme référence et qui ne veulent raconter leurs histoires que sous cette forme. Et je peux vous dire que le niveau ne fait que grimper en flèche. Avec un projet comme Manga Issho où les auteurs des différents pays ont l’occasion de se rencontrer lors des principaux festivals cela alimente une saine émulation entre eux. Ils ont tous envie de s’améliorer, de tirer la création manga européenne vers le haut. C’est vraiment super d’être tous dans cette dynamique avec cette même envie de toujours mieux.

Le plus encourageant est de voir les réactions du public, de voir les files se former quand on a une dizaine d’auteurs en dédicace en même temps sur un stand. C’est aussi un atout de la création européenne, les auteurs peuvent être proches du public, les rencontrer et échanger avec eux. Ce qui est super important pour un auteur, c'est d'être au contact de son public.

Avec Manga Issho on peut aussi offrir une « récréation » aux auteurs qui ont des séries en cours. Le temps d’une histoire courte ils s’amusent avec un autre concept, un autre univers. C’est comme ça que Yoann Vornière nous a proposé Vous êtes-où ?. Une histoire en 3 chapitres qui a démarré dans le volume 2. Et la surprise, c’est que Yoann est juste au scénario. Il nous a proposé ScieTronc au dessin, avec qui nous n’avions jamais travaillé. C’est vraiment super pour un éditeur de découvrir de nouveaux auteurs, et avec ScieTronc je me régale.

 

 

Pour finir, pouvez-vous nous partager vos récents coups de cœur ?

En dehors de Manga Issho, mes deux coups de cœur créations cette année sont Odr de Truc et Locass. Un seinen en 2 tomes, sorte de western viking dont le tome 1 arrive en octobre et Silence avec le tome 6 à paraître en décembre. Yoann boucle le premier arc de très belle manière avec plein de surprises pour les lecteurs. J’étais aux anges en le lisant.


La création originale en mangas n’est donc plus une exception, mais bien une scène à part entière, structurée, ambitieuse et de plus en plus visible. Grâce à des initiatives comme celles de Kana, le manga européen se forge une identité propre, nourrie de multiples influences mais portée par un même désir : raconter des histoires puissantes. Les mangas européens vous tentent ? Alors ne manquez pas le top 10 des meilleurs mangas français.