Un grand merci Stéfanie de prendre le temps de répondre à nos questions. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Je travaille dans l’édition depuis plus de 20 ans. J’ai un parcours un peu atypique peut-être car, après un double cursus de commerce et de littérature, j’ai mené un certain nombre de projets éditoriaux (j’ai fondé avec un ami auteur une revue de polar distribuée en kiosques : Shanghai Express ; dirigé avec une amie un dictionnaire des personnages populaires de la littérature ; réédité avec Hervé Delouche les œuvres de Jean Meckert pour les éditions Joelle Losfeld ; etc…) et participé à beaucoup d’autres (une petite collection nommé Suites Noires, dirigée par JB Pouy ; dirigé la collection Le Poulpe, fondé les Habits Noirs avec Clémentine Thiebault, Marc Villard et JB Pouy, une association organisatrice de nombreux évènements liés au polar et au roman noir…) en alternant avec des petits boulots pas toujours très intéressants pour payer mes factures. En 2012, j’ai eu l’opportunité de rejoindre les éditions Albin Michel, où j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont beaucoup appris. Et en 2017, j’ai eu la très grande chance de me voir confié par Antoine Gallimard, les rênes de la Série Noire.
Vous êtes directrice de la collection Série Noire chez Gallimard. Parlez-nous de votre métier. En quoi consiste-t-il ?
Il y a de nombreux aspects dans ce métier, je vais donc essayer de faire simple et concis.
- D’une part mon rôle est d’aider les auteurs à mener leur projet littéraire le plus près possible de ce qu’ils ont imaginé, de faire correspondre le plus parfaitement possible ce qu’ils veulent et pensent raconter avec ce que le lecteur lit et comprend.
- De m’assurer ensuite que chaque étape de la fabrication à la commercialisation se déroule sans accroc. Cela va du choix de la date de sortie, à la fabrication du livre, son illustration de couverture, aux documents que l’on communique à nos représentants auprès des libraires, aux stratégies marketing s’il y a lieu, aux informations dont pourrait avoir besoin l’attachée de presse, etc... Il y a de très nombreux métiers qui assurent la vie d’un livre, et je dois veiller à ce que tous les gens qui y participent ait tout ce dont ils ont besoin pour, à leur tour, donner au livre la meilleure chance d’être lu et mis en valeur auprès des lecteurs.
- Je dois également rester en contact avec les auteurs, tous, assez régulièrement, pour savoir où ils en sont de leurs projets, comment ils avancent, s’ils ont besoin d’aide. ET évidemment, quand le livre vient de sortir, leur donner un maximum d’informations fiables sur la vie de leur livre.
-Il y a également tout un aspect de réflexion plus générale sur la ligne éditoriale de la collection : quel type de texte y publier ; la place que l’on réserve à chaque aire géographique ; l’équilibre que l’on cherche entre les romans noirs et les thrillers, des romans de facture plus classique et d’autres plus singuliers, certains plus faciles à lire et d’autres plus exigeants… Il faut pouvoir essayer de satisfaire une grande variété d’envies de lecture. Et donc, bien sûr, je passe beaucoup de temps à lire les manuscrits que l’on reçoit. Ceux des auteurs de la collection mais aussi ceux d’auteurs qui deviendront, peut-être, des auteurs de la collection !
Présentez-nous la collection Série Noire à travers ses auteurs phares.
C’est une question plus compliquée qu’il n’y parait car la collection compte plus de 3000 titres. Certains très connus d’un large public car le cinéma a beaucoup contribué à leur notoriété : je pense là à Raymond Chandler, Dashiell Hammett, William R. Burnett, David Goodis, Hunter S. Thompson, Teri White ou encore Albert Simonin et José Giovanni sans oublier Jean-Patrick Manchette … mais en faisant l’impasse sur tellement d’autres, et surtout sur nos romanciers actuels : Caryl Férey, DOA, Marin Ledun, Elsa Marpeau, Dror Mishani, Déon Meyer et Jo Nesbo… Je demande pardon à ceux que je ne cite pas et qui méritent pourtant tout autant que les autres de figurer dans cette énumération…