11 février 2026

Tout savoir sur le féminisme

C

Catherine - Rédactrice

Féminisme

Qu’est-ce que le féminisme ?

Le féminisme est défini comme un mouvement politique, un courant de pensée, une idéologie ou une doctrine, visant à émanciper la femme et à égaliser son statut avec celui de l’homme d’un point de vue juridique, politique ou économique.

Le féminisme est composé de plusieurs mouvances réunies autour d’un constat commun : les femmes sont dévalorisées socialement, politiquement et économiquement. En revanche, les raisons de ces inégalités et les moyens de lutter contre diffèrent en fonction des courants féministes. Stricte égalité en droits et devoirs, prostitution, pornographie, port du voile, contraception, avortement, répartition des tâches ménagères, travail, liberté vestimentaire, questions de genre… Voici quelques-uns des sujets qui rassemblent ou divisent les féministes.

Partons ensemble à la découverte de l’histoire du féminisme et de ces mouvements qui font l’actualité.

Avant le féminisme : la condition des femmes en Occident

Pour comprendre comment et pourquoi le féminisme a émergé, prenons un peu de recul et observons l’évolution de la condition de la femme tout au long de l’Histoire. En fonction des époques et des civilisations, la place de la femme et ses droits ont connu des hauts et des bas.

 

Les femmes en Grèce et Rome antiques

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_1.jpg

L’Europe est marquée par son héritage culturel gréco-latin. La Grèce et l’Empire romain étaient, durant l’Antiquité, fondés sur un système patriarcal. A Athènes, pendant l’Epoque Classique (510 av JC - 323 av JC), les femmes sont d’éternelles mineures passant de l’autorité du père à celui de leur époux, voire de leur fils. Elles n’ont ni droit juridique ni politique et leur mariage est le plus souvent arrangé dès l’âge de 15 ans. Les femmes issues de bonnes familles sont confinées au gynécée où elles consacrent leur temps à des tâches domestiques. Il en va de même dans la Rome Antique, où les femmes sont placées sous l’autorité du tout puissant Pater familias. Dans les faits, les femmes bénéficient de libertés qui ne se traduisent pas forcément dans les textes de loi et qui varient en fonction de leurs origines sociales.

 

En Gaule, l’égalité des sexes

A la même époque, en Gaule, les femmes jouissent d’un statut totalement différent. Celles-ci ont le droit de propriété (immobilier, biens et argent), elles héritent de la même manière que les hommes, choisissent librement leur époux et ont le droit de divorcer. Les femmes peuvent aussi avoir des fonctions politiques et / ou religieuses et prendre part au combat.

 

Les femmes au Moyen-Âge en Europe

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_2.jpg

Malgré l’image obscurantiste du Moyen-Âge en Occident, les femmes y détiennent pourtant de nombreux droits, notamment celui de la propriété. Le droit coutumier médiéval reconnaît en effet l’égalité juridique entre les hommes et les femmes. Celles-ci peuvent alors commercer, s’instruire autant que les hommes et exercer des fonctions politiques. Le consentement des époux doit être librement exprimé pour qu’un mariage soit considéré comme valide.

Plusieurs femmes, dont des religieuses, ont marqué les mentalités de cette époque : Hildegarde Von Bingen, Aliénor d’Aquitaine, ou encore Marie de France. Pour en savoir plus sur la femme au Moyen-Âge en Occident, nous vous recommandons la lecture des ouvrages de Régine Pernoud, spécialiste de ces questions.

 

De la Renaissance au XVIIème siècle : femmes et sorcières

C’est à la fin du Moyen-Âge et au début de la Renaissance que le statut juridique et social de la femme décline brutalement, en même temps que la remise au goût du jour du droit romain et de son « pater familias ». En réaction aux ouvrages d’hommes célèbres de l’époque allant jusqu’à remettre en question le statut d’être humain de la femme, l’érudite Christine de Pizan écrit en 1405 un livre sur la condition féminine, La cité des dames, considéré par certains comme un ouvrage pré-féministe.

En 1593, les femmes sont interdites de toute fonction politique. Puis, progressivement, la femme est écartée de l’instruction. Son éducation est raccourcie et essentiellement consacrée aux arts et au maintien d’une maison.

C’est également à partir de la Renaissance que les chasses aux sorcières explosent. Les condamnations pour sorcellerie ont lieu majoritairement entre le 14ème et le 17ème siècle. Les femmes indépendantes, célibataires, veuves ou instruites sont alors suspectées de sorcellerie et sont condamnées à mort par pendaison, décapitation, noyade ou par le feu.

 

Le Siècle des Lumières laisse les femmes dans l’ombre

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_3.jpg

Au Siècle des Lumières, la philosophie, la littérature et la science sont brandis comme des armes luttant contre l’ignorance du peuple et l’obscurantisme religieux. Mais la femme est oubliée : on considère qu’elle n’a pas besoin d’être instruite. Celle-ci est reléguée au statut d’ornement dont on peut user à son gré, selon même les propos des grands auteurs comme Diderot, Sade ou Musset.

La Révolution française, qui aura mené à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en août 1789, ne va pas jusqu’à révolutionner la place de la femme. Olympe de Gouges, connue pour avoir écrit sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791 finira guillotinée.

 

Les femmes et le code napoléonien

Le code civil napoléonien, instauré en 1804, met fin au peu de droits que les femmes conservaient encore. Leur statut dans la société est réduit à celui d’un ventre : « La femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme ».

Celle-ci n’a plus le droit d’aller au lycée ou à l’université, ne peut pas signer de contrat, ne peut pas travailler sans l’autorisation de son mari, ne peut pas toucher son propre salaire, n’a aucun droit politique, son courrier personnel et ses relations sont soumis au contrôle de son mari et elle ne peut voyager à l’étranger sans l’autorisation de celui-ci. Le devoir conjugal est une obligation et le divorce interdit. Par ailleurs, les femmes sont exclues de la citoyenneté au même titre que les mineurs, les criminels et les handicapés mentaux.

C’est en réaction à cette assignation à l’espace domestique que le féminisme naît sous la forme d’un mouvement politique. Le terme « féministe » apparaît pour la première fois en 1872 sous la plume d’Alexandre Dumas fils, qui l’utilise alors de manière péjorative.

Les différentes vagues du féminisme en Occident

Première vague féministe : du 19ème siècle à 1950

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_5.jpg

La première vague féministe est connue pour sa lutte pour le droit de vote, pour l’égalité politique et citoyenne et pour le droit à l’instruction.

En 1848, des militantes créent aux Etats-Unis la première Convention pour les droits des femmes. Les femmes n’ont toujours aucun droit civique : ni droit de vote, ni droit de propriété, ni participation dans l’élaboration des lois. Le mouvement inspire peu à peu l’Europe et les suffragettes voient le jour au Royaume-Uni, en 1903. Elles obtiendront le droit de vote en Angleterre dès 1918 pour les femmes âgées de 30 ans et plus.

En France, il faudra cependant attendre le 21 avril 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de se rendre aux urnes. Les femmes Suisse devront attendre 1971, les portugaises 1974 et les espagnoles 1975.

 

Deuxième vague féministe : à partir de 1960

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_6.jpg

La deuxième vague féministe qui débute dans les années 60 est influencée par un certain nombre d’ouvrages fondateurs. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, publié en 1949, est un ouvrage incontournable de la construction de cette pensée en France. Aux Etats-Unis c’est The Feminine Mystique, écrit par Betty Friedman en 1963, qui va alimenter la réflexion.

La deuxième vague du féminisme se concentre sur deux axes : la libre disposition de son corps et l’égalité sociale. Les femmes revendiquent ainsi le droit de contrôler leurs grossesses grâce à la contraception et à l’avortement. Elles condamnent également les violences domestiques, dont le viol conjugal, qui n’est pas encore reconnu par la loi. Par ailleurs, les femmes revendiquent l’égalité de salaire, le droit à un compte bancaire et le droit à une formation égale.

C’est en 1970 qu’est créé le Mouvement de Libération des Femmes (MLF). Plusieurs de ses membres, comme Antoinette Fouque, Monique Wittig ou Christine Delphy militent alors pour la contraception libre et gratuite et pour le droit à l’avortement. C’est ce mouvement qui est à l’origine de la parution du Manifeste des 343. Ce texte, rédigé par Simone de Beauvoir et publié dans le Nouvel Observateur en avril 1971, est co-signé par de nombreuses personnalités y déclarant avoir avorté.

Pendant cette période, la pensée féministe se fragmente en plusieurs mouvements, comme les différentialistes qui se distinguent des matérialistes, ou les féministes radicales qui se différencient des féministes libérales. Pour comprendre ces différents mouvements, reportez-vous à notre petit lexique de féminisme.

 

Troisième vague féministe : à partir de 1990

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_7.jpg

La troisième vague du féminisme est celle de l’intersectionnalité. Ce terme, créé en 1989 par la juriste et militante afro-américaine Kimberlé Crenshaw, s’applique aux discriminations supplémentaires que subissent les femmes issues de différentes minorités : racisme, homophobie, grossophobie etc. Les revendications formulées par des féministes aux origines, aux orientations sexuelles et aux parcours différents mettent en avant des femmes jusqu’alors invisibilisées et poussent à s’intéresser à ce qui se passe en dehors de l’Occident.

En 1990, Judith Butler publie Trouble dans le genre : le féminisme et la subversion de l’identité. Elle y élabore la théorie différenciant sexe et genre et parle de transidentité. Judith Butler souligne également l’importance des inégalités de classe, d’origine et d’orientation sexuelle entrant dans les rapports de domination. Le harcèlement sexuel, la violence domestique, l’écart de salaire ou les droits sexuels sont ainsi analysés sous un nouveau prisme.

Le féminisme des années 90 s’intéressent aussi aux injonctions concernant le corps de la femme. Troubles alimentaires, représentation de la femme dans la publicité et mutilations génitales féminines commencent à être pointés du doigt.

 

Quatrième vague féministe : à partir de 2010

/content/dam/cultura-one/les-guides/tout-savoir-sur-le-feminisme/TUTO_CMS_Tout-savoir-feminisme_8.jpg

La quatrième vague du féminisme est parfois considérée comme la deuxième partie de la 3ème vague. Elle est appelée également « activisme en ligne », « vague numérique » ou « cyberféminisme ».

Sa caractéristique ? Le militantisme en ligne, donnant la première place aux témoignages personnels et à l’accusation d’hommes coupables de violences et d’harcèlements sexuels. La période est marquée par la libération de la parole via des mouvements qui rassemblent des milliers d’internautes et qui ont ébranlé le monde du travail, de la politique et des arts : le célèbre #MeToo qui a fait le tour du monde, #NousToutes et #Balancetonporc en France, #NoUnadiMeno en Italie, ou encore #NiUnaMenos en Argentine.

Quelques dates importantes concernant la condition de la femme en France

  • 1944 : Droit de vote accordé aux femmes.

  • 1946 : L'égalité entre hommes et femmes est inscrite dans le préambule de la Constitution.

  • 1965 : Droit d'ouvrir un compte bancaire et d'exercer une profession sans l'autorisation de son mari.

  • 1967 : Droit à la contraception.

  • 1970 : Suppression du statut de « chef de famille », remplacé par « l'autorité parentale commune » au père et à la mère.
    Création du Mouvement de Libération des Femmes (MLF).

  • 1972 : Première loi sur l'égalité de rémunération hommes / femmes.

  • 1975 : Dépénalisation de l'avortement.
    Divorce par consentement mutuel.

  • 1990 : Reconnaissance du viol conjugual.

  • 2000 : Loi favorisant l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives.

  • 2002 : Les parents peuvent transmettre le nom de famille du père ou de la mère, ou les deux accolés dans l'ordre de leur choix.

  • 2010 : Renforcement du dispositif de prévention et de répression des violences faites aux femmes.

  • 2012 : Loi sur le harcèlement sexuel.

  • 2016 : Abrogation du délit de racolage et interdiction de l'achat de l'acte sexuel.

  • 2017 : Affaire Weinstein, libération de la parole via #MeToo.

  • 2019 : Plan national d'action contre les mutilations sexuelles féminines.

  • 2022 : Premier rapport parlementaire consacré à l'industrie pornographique « qui a fait de l'exploitation et de la marchandisation du corps et de la sexualité des femmes un business à l'échelle internationale ».

Quelques livres incontournables pour comprendre le féminisme en Occident

Le féminisme est particulièrement riche en littérature et essais. Parmi la littérature féministe, vous trouverez notamment les ouvrages de Virginie Despentes, Margareth Atwood, ou encore Christina Dalcher qui sont devenues des incontournables. Les plus jeunes pourront se plonger dans des livres jeunesse sur les femmes et le féminisme.

La BD féministe s’est particulièrement développée ces dernières années pour vulgariser les différentes notions ou présenter les vies de femmes célèbres.

Les ouvrages de sciences humaines sur le féminisme vous permettront de découvrir et d’approfondir chacune des pensées féministes. Parmi notre sélection, vous trouverez les ouvrages qui ont marqué des générations de femmes et qui sont à l’origine de profonds changements de société.

Pendant longtemps, les femmes ont été écarté et oublié par les arts. Aujourd’hui, leur importance dans ce domaine est remise en avant grâce à de nombreux beaux livres sur les femmes et le féminisme à découvrir sans plus attendre.

Voilà, vous connaissez désormais la base du pourquoi et du comment du féminisme. Maintenant, à vous d’approfondir ces sujets complexes en vous plongeant dans des livres passionnants ! Si vous cherchez des lectures sur ce thème, n'hésitez pas à consulter notre top 10 des livres sur les femmes qui ont fait l'Histoire.  


En ce moment
En ce moment

Cultura célèbre les femmes