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Catherine - Rédactrice
Si vous aussi vous avez eu envie d’évasion en regardant le film Into the Wild, que vous vous êtes lancé(e) dans la randonnée après avoir lu Wild de Cheryl Strayed ou que vous pouvez rester des heures à contempler un paysage, alors il est temps de lire du nature writing.
Le nature writing, littéralement « écrire sur la nature » ou « écrire la nature », est un genre littéraire donnant aux grands espaces le rôle central du livre. Privé de ses semblables et confronté à la beauté et aux dangers du monde sauvage, l’homme au cœur de la nature ne peut que se montrer humble pour survivre.
Comme dans l’œuvre emblématique Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau, les livres de nature writing mêlent généralement l’observation de la nature avec des questionnements d’ordre autobiographiques, philosophiques, sociétaux et politiques.
Selon le spécialiste Lawrence Buell, 4 éléments font d’un livre du nature writing :
Par ailleurs, le nature writing peut être mêlé à d’autres genres littéraires, comme la littérature des grands espaces, le récit de voyage, le roman historique, l’essai d’écologie ou même le thriller.
Alors que pour les Américains le nature writing ne comprend que des œuvres de non-fiction, les autres pays et notamment la France, rattachent à ce genre aussi bien des œuvres fictives que non-fictives.
Le nature writing trouve ses origines dans la conquête des territoires des Etats-Unis à la fin du 18ème siècle par les colons. Alors que les pionniers découvrent peu à peu les régions, les colonies font progressivement reculer la frontière les séparant du monde sauvage. L’immensité du continent américain et ses grands espaces inhospitaliers comme le Grand Canyon ou la Vallée de la mort marquent les esprits et donnent lieu aux premières explorations et récits.
C’est le cas notamment du naturaliste William Batram, qui voyagea seul à travers la Floride, la Géorgie et la Caroline du Nord et du Sud, et qui publia son journal Voyages en 1791. François-René de Châteaubriand et Alexis de Tocqueville explorèrent aussi le nouveau continent à la fin 18ème siècle et en rapportèrent des récits de voyage.
Le fondateur emblématique du nature writing est Henry David Thoreau, auteur de Walden ou la vie dans les bois, publié en 1854. Ce livre raconte le séjour qu’il passa pendant 2 ans, 2 mois et 2 jours dans une cabane au bord de l’étang de Walden, dans le Massachusetts.
L’apparition du nature writing coïncide avec le développement considérable de l’industrie. Les regards se tournent alors vers la nature, et plusieurs auteurs se lancent dans ce mouvement littéraire qui explore leurs réflexions et leurs envies profondes. Par ailleurs, le génocide commis envers les différents peuples amérindiens et leur enfermement dans les réserves est montré du doigt par une partie de la population. C’est le cas notamment de James Fenimore Cooper, auteur du Dernier des Mohicans en 1826.
Réplique de la cabane où a vécu Henry David Thoreau
Le nature writing s’est progressivement répandu en réponse à la société de consommation et à la destruction de l’environnement. Les écrivains de ce genre sont alors très majoritairement américains et ont tous pour point commun un rejet de la société et une expérience de la vie en pleine nature.
Voici quelques auteurs incontournables du nature writing au 20ème siècle :
Il s’inspira de ses nombreux voyages pour écrire notamment L’Appel de la forêt en 1903 et Croc-blanc en 1906.
Originaire de Pennsylvanie, il effectua un roadtrip en autostop dans l’ouest américain, avant de voyager en Europe et aux Etats-Unis. Edward Abbey travailla ensuite comme ranger dans plusieurs parcs naturels. De ces expériences il en tira Désert solitaire en 1968 et Le Gang de la clé à molette en 1975.
Originaire de Virginie, il fut trappeur dans les alentours de Fairbanks en l’Alaska. Il s’inspira de ses 25 années passées en solitaire dans une cabane en Alaska pour écrire Vingt-cinq ans de solitude : mémoires du Grand Nord, en 1989.
Originaire du Wisconsin, il passa un hiver dans les montagnes de l’Idaho, voyagea en Australie et devint ranger. Il partagea son expérience dans Indian Creek : un hiver au cœur des Rocheuses, publié en 1993.
Originaire du Texas, il œuvra à protéger l’environnement de la vallée du Yaak. Il en fait le récit dans Le livre de Yaak : chroniques du Montana, publié en 1996.
De son vrai nom Archibald Standfeld Belaney et originaire d’Angleterre, il immigra au Canada et intégra une tribu autochtone ojibwés. Il épousa successivement une jeune ojibwé, puis une iroquoise de la tribu des Mohawks. Sa vision de la vie l’amena à écrire notamment L’Arbre, en 1937.
Impossible de ne pas citer par ailleurs Jim Harrisson (Légendes d’automne, 1979, Dalva, 1988), James Crumley (La Contrée finale, 1996), Michael Blake (Danse avec les loups, 1988), ou encore Sue Hubbell (Une année à la campagne, 1983).
Aujourd’hui encore le nature writing reste majoritairement américain. La préservation des grands espaces et la protection et la réinsertion d’espèces protégées sont actuellement les thématiques les plus présentes. L’auteur Dan O’Brien en est très représentatif. Ecologiste et éleveur de bisons, celui-ci a raconté ses expériences dans Rites d’automne : le voyage d’un fauconnier à travers l’Ouest américain en 1988, Les bisons du Cœur-Brisé en 2001 et Wild Idea en 2015.
Parmi les auteurs américains contemporains de nature writing, ne ratez pas non plus Ron Rash et son roman le Chant de Tamassee (2004), William G.Tapply et son œuvre Dérive sanglante (2004) ou Dark Tiger (2010), ainsi que Jim Tenuto (La Rivière de sang, 2005) et Rebecca Solnit (L’Art de marcher, 2002).
Avec le réchauffement climatique et la pollution de l’environnement, les scénarios postapocalyptiques, la dystopie et les enjeux écologiques ont fusionné dans le nature writing sous le nom de dystopie écologique.
C’est le cas de l’ouvrage Dans la forêt de l’américaine Jean Hegland. Publié initialement en 1996 et traduit en 2017 en France, ce récit racontant la survie de deux sœurs dans une forêt de Californie à la suite de l’effondrement de la société a rencontré un grand succès.
Il en est de même pour l’ouvrage L’ours, d’Andrew Krivak. Ce roman de nature writing post-apocalyptique publié en 2021 raconte la vie de deux survivants, un père et sa fille, vivant dans un maison au bord d’un lac.
Le nature writing se présente régulièrement sous la forme de roman d’apprentissage. Dans My absolute darling, de l’américain Gabriel Tallent (2017), une jeune adolescente indépendante trouve refuge dans la nature. Dans Là où chante les écrevisses, de l’américaine Delia Owens (2018), une petite fille abandonnée par sa famille apprend à survivre seule dans les marais pour fuir la société humaine. Enfin, dans Sukkwan Island (2008), de l’écrivain originaire d’Alaska David Vann, un homme amène son fils de 13 ans sur une île déserte d’Alaska pour un séjour d’un an.
En abordant principalement dans leurs œuvres des thématiques en lien avec leurs cultures, nombres d’écrivains amérindiens se rattachent naturellement au genre du nature writing. Pour découvrir des œuvres de littérature amérindienne, nous vous conseillons particulièrement les romans de :
Votre liste de lectures pourra aussi se compléter des auteurs Joseph Boyden, Linda Hogan et Richard Wagamese.
Par ailleurs, il est impossible de parler de littérature sur les indiens sans citer Jim Fergus. Originaire de Chicago, cet auteur qui n’a pas d’origine amérindienne est cependant passionné de culture cheyenne depuis l’enfance. Il est l’auteur du chef d’œuvre Mille femmes blanches, publié en 1998 et de Mon Amérique, en 2013, récit de six ans de voyages dans la nature aux Etats-Unis.
Les éditions Gallmeister ont joué un rôle important dans la diffusion du nature writing en France. Le nature writing à la française a pour chef de file André Bucher. Originaire de Mulhouse, ce dernier est un écrivain-paysan des grands espaces et militant écologiste vivant dans une ferme de la vallée du Jabron. Il est notamment l’auteur de La Vallée seule, publié en 2013, et de La Montagne de la dernière chance, publié en 2015.
Sylvain Tesson est également un auteur dont les récits de voyage se rapprochent de ce genre littéraire, avec par exemple Dans les forêts de Sibérie (2011), Sur les chemins noirs (2016), et La Panthère des neiges (2019).
Le récit Estive, publié en 2007 par l’écrivain suisse Blaise Hofmann, est également une œuvre marquante du nature writing francophone.
Vous souhaitez en apprendre davantage sur le nature writing ? Le spécialiste Sébastien Baudoin a exploré le sujet dans Aux origines du nature writing, publié en 2020.
Maintenant que vous avez de quoi lire, il ne vous reste plus qu’à monter votre tente au cœur d’une vallée ou d’investir une cabane au bord d’un lac, d’allumer un bon feu et de profiter de la nature. Notre sélection des meilleurs livres sur la vanlife, le trekking et d’autres façons de voyageur autrement vous aideront à planifier votre prochaine aventure !