Quelle est votre organisation et votre processus pour écrire à 4 mains ?
On commence à être bien rôdées toutes les deux mais chaque nouveau roman commence par un énorme travail de préparation en amont. C’est toujours beaucoup de discussions, d'échanges plus ou moins vifs entre nous mais aussi avec nos éditrices. On s'inspire et on se nourrit mutuellement, on débat, on confronte nos idées, on les mélange, c'est tellement riche ! Et une fois qu'on connaît notre histoire et nos personnages sur le bout des doigts, le message qu'on veut porter et la tranche de vie qu'on veut creuser le plus possible, on peut enfin se laisser porter par l'écriture, se surprendre l'une l'autre au fur et à mesure des chapitres. On se connaît par cœur mais on est aussi très complémentaires : c'est très stimulant d'avoir à la fois une partenaire de travail et une critique, le regard de l'autre est exigeant, on sait qu'elle ne laissera rien passer.
Quelle est votre recette pour rendre vos livres si addictifs ? Comment gérez-vous la pression ? Avec la communauté qui s’est créée autour de vos romans, il est facile d’imaginer le stress qu’une nouvelle sortie peut générer.
On adore embarquer nos lecteurs dans notre univers et les rendre accros, c’est vraiment ce qui nous excite le plus dans ce travail d’écriture ! On a envie que vous vous attachiez à nos personnages comme s’ils faisaient partie de votre famille, on fait en sorte que chaque fin de chapitre vous donne envie de lire le suivant… Et que vous ne puissiez jamais refermer ce roman.
Pour la pression autour de la sortie, c’est plutôt sur les épaules de nos éditeurs qu’elle repose. On a la chance d’avoir un lectorat très fidèle, qui nous suit de roman en roman, de salon littéraire en séance de dédicace, avec qui on échange beaucoup sur les réseaux sociaux et qui nous fait des retours sincères mais toujours bienveillants. Cette proximité rend notre métier encore plus merveilleux ! Bien sûr, on a toujours cette crainte du roman qui ne trouve pas son public, mais on met tellement de nous dans nos histoires, tellement de cœur, que jusqu’ici on a toujours réussi à atteindre les vôtres !
Comment décidez-vous du sujet que vous allez traiter dans vos histoires ? D’où vous viennent vos inspirations ?
De la vraie vie ! C'est peut-être une déformation de nos études de journalisme, peut-être juste notre curiosité un peu excessive mais on adore passer du temps à regarder, écouter voire épier les gens qu'on ne connaît même pas (dans le métro, sur les terrasses des cafés, en bas de chez nous ou à l’autre bout du monde, c'est notre activité préférée et un vrai plaisir coupable qu'on partage !). On a « le goût des autres », un vrai penchant pour l'humain qui nous fait nous intéresser à la vie des gens… Et parler de leurs petits travers, leurs grandes blessures, leurs combats, c'est ce qui nous anime ! On a envie de savoir comment on tombe amoureuse quand on devient veuve à 30 ans, quand on a été élevé par un père violent ou une mère démissionnaire, quand on a vu sa famille se déchirer, quand on est féministe mais désespérément romantique, quand on fait une taille 50, quand on est homo et qu'on n'arrive pas encore à l'assumer, quand on est en fauteuil roulant, quand on a une sœur jumelle à qui tout réussit, quand on a 17 ans et déjà un peu l'âme écorchée, usée, fatiguée. On veut se glisser dans toutes ces peaux-là et vous entraîner avec nous.
C’est Louve Larson qui est au cœur de La vie en vrai. Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire sur Louve ? Avez-vous toujours eu l’intention d’écrire plusieurs livres sur la famille Larson ? Avez-vous eu une appréhension en écrivant de nouveau sur des personnages bien connus de vos lecteurs ?
Même si on a toujours mille projets en tête, on écrit toujours un roman à la fois, sans savoir quel sera le suivant. Ce sont plutôt les retours enthousiastes de nos lecteurs qui nous donnent envie de creuser un personnage secondaire qui s’est révélé attachant, qui avait quelque chose de plus que les autres.
On aime beaucoup dépeindre des clans, de grandes familles dysfonctionnelles, des bandes d’amis… et c’est vrai qu’on peut avoir du mal à les quitter, nous aussi. Écrire un spin-off puis un autre, ça nous permet de traiter un tout autre sujet tout en restant dans cet univers familier, en retrouvant les enfants qui grandissent, les couples qui s’installent, les petits vieux qui résistent. C’est aussi une façon de ne pas lutter contre le temps qui passe mais d’explorer la façon dont il peut nous faire évoluer.
Pour Louve, dans La Vie en vrai, on avait envie de plonger au cœur des problématiques de la jeunesse d'aujourd'hui : le poids des apparences, le rôle des réseaux sociaux dans les relations amicales et amoureuses, la folie des filtres qui déforment tout et fait perdre le sens des réalités, la violence de certains échanges quand on se sent bien à l'abri derrière un écran, le fléau du harcèlement qui touche plus d’1 élève sur 10 en France en ce moment. On en a beaucoup entendu parler dans l’actualité, on avait envie de coucher ça sur papier. Et surtout, de montrer comment on sort de cette spirale infernale.
Comment faites-vous pour écrire sur des sujets aussi forts et difficiles comme le harcèlement, les tentatives de suicides, la grossophobie ? Vos personnages féminins ont tendance à être des femmes fortes et engagées. Est-ce important pour vous d’imaginer des héroïnes qui puissent inspirer vos lectrices ?
Quand on s’est mises à écrire de la romance, c’était aussi dans l’idée de créer des héroïnes qui nous ressemblent. À la fois sensibles, émotives comme on peut l’être mais avec de la force de caractère, de l’humour, de la répartie, et bien ancrées dans leur époque. Donc forcément féministes, engagées, combattives. On sait qu’on peut être résolument romantique sans pour autant être naïve. Qu’on peut avoir une personnalité forte mais faire preuve de douceur. Qu’on peut tout vouloir et tout avoir. Qu’on peut vivre des moments difficiles et se relever. Être qui on veut. On a envie que nos lectrices puissent s’identifier à nos héroïnes, oui, mais surtout qu’elles y puisent de la force. Qu’elles se souviennent qu’elles ont le droit d’exister, d’exiger qu’on les traite de la meilleure façon qui soit. En somme, qu’elles deviennent l’héroïne de leur propre vie !
Je suis une grande fan du personnage d’Arlo dans Love, Lie and Campus, quel est le personnage que vous avez le plus aimé écrire ?
On aime beaucoup la double narration pour ça. Dans certains romans, on prête notre voix à la fois au personnage féminin et au personnage masculin et c’est un exercice complexe, mais qui nous permet d’approfondir au mieux les deux versants du récit. Arlo fait partie de ces héros intouchables en apparence mais dont les blessures affleurent au fur et à mesure du roman pour laisser apparaître une sensibilité, une douceur, une vraie empathie. Comme Lazare dans La Vie en vrai, qui passe de bourreau à sauveur, qui a d’abord le mauvais rôle et qui va devoir déconstruire toutes ses certitudes pour accepter les autres comme ils sont, et enfin réussir à s’accepter lui-même comme il est. C’est-à-dire bien moins dur qu’il n’y paraît.
Pensez-vous réussir à vous réinventer à chaque sortie d’un nouveau livre ? Je pense notamment à Love, lies and Campus qui finalement se termine sur une enquête, ce qui n’est pas commun dans une romance.
On aime surprendre nos lecteurs et les embarquer là où ils ne nous attendent pas. Parfois, c’est une comédie déjantée au milieu de la campagne anglaise, parfois c’est une romance à suspense dans une université américaine, parfois un roman initiatique au fin fond du désert australien, parfois une comédie romantique dans les jolis quartiers de Paris, parfois une enquête policière au cœur d’une secte. L’amour est un sujet tellement universel, si riche, il y a autant de romans que d’histoires à inventer… Et on va continuer à écrire tant que vous serez là pour nous lire.