Votre BD traite d’un sujet particulièrement difficile. Elle est pourtant particulièrement lumineuse. Comment met-on de la douceur dans cette maladie qui fait peur ?
Effectivement cette maladie nous effraie tous, parce qu’on pense immédiatement aux dégâts qu’elle entraîne sur la mémoire, sur l’autonomie.
Notre démarche pour ce récit – qui est précisément celle de Françoise au quotidien – a été de nous concentrer au contraire sur les facultés que la maladie préserve. L’idée est alors de les identifier, de les comprendre et de les faire fructifier autant que possible, pour permettre à la personne malade vivre le mieux possible le plus longtemps possible. Effectivement, c’est une démarche fondamentalement positive, tout en ne sous-estimant jamais la gravité de ces pathologies.
Portez-vous un regard différent sur les personnes atteintes de pathologies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimet depuis Là où tu vas ? Et sur la vieillesse ?
Je fais aussi ces livres-là pour apprendre, c’est un peu égoïste ! Et là, avec Françoise, j’ai beaucoup appris sur ces pathologies, mais surtout sur ce qui est possible encore malgré tout. Ainsi, on comprend que, bien accompagnée, une vie digne est possible très longtemps. La vieillesse, et plus généralement le temps qui passe, est un sujet de préoccupation légitime, pour chacune et chacun d’entre nous. Je pars d’un principe assez simple : sur ce qui nous inquiète, renseignons-nous, pour l’aborder de façon plus lucide et plus consciente. Plus librement aussi, sans doute.
Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre BD ?
J’aimerais qu’à la lecture de Là où tu vas, on comprenne cette chose simple : les personnes atteintes par des pathologies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer, restent d’abord des personnes comme vous et moi. Elles gardent intacts leurs droits, leur dignité et leur humanité. Au-delà des effets effrayants de la maladie, c’est à nous de garder le contact avec elles en adaptant notre posture, nos mots et l’environnement. Les clés que nous donne Françoise dans le livre peuvent, à leur mesure, servir à ça. Et si c’est le cas, ce livre aura joué son rôle et j’en serai heureux.