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Dans le paysage musical anglais de la seconde moitié du XVIIIe siècle, le nom d'Elizabeth Turner s'impose comme un rare exemple de musicienne s'épanouissant sur le sol britannique. Chanteuse à succès sur les scènes londoniennes entre 1740 et 1756 environ, elle fut également compositrice et claveciniste. Peu de détails biographiques nous sont parvenus : sa date de naissance est inconnue et l'année de sa mort (1756) est déduite d'articles parus dans les journaux anglais de l'époque. Le nombre et les dates des mentions imprimées de son chant (la plus ancienne date de mars 1744) suggèrent une disparition prématurée qui interrompit une carrière vocale prestigieuse.
Concurrencée uniquement par sa confrère, compositrice et contemporaine Elisabetta de Gambarini (1731-1765, Londonienne d'origine italienne), Elizabeth Turner alterna entre activités scéniques et composition, publiant deux volumes. Le premier, Twelve Songs, With Symphonies and a Thorough Bass for the Harpsichord (Londres, 1750), est un recueil de chansons folkloriques anglaises ; le second, A Collection of Songs With Symphonies and a Thorough Bass. With Six Lessons for the Harpsichord (Londres, 1756), réunit 19 chansons sur des textes de poètes britanniques, ainsi que 6 leçons pour clavecin. Le genre des « Lessons » était très en vogue dans l'Angleterre du milieu du XVIIIe siècle, comme en témoignent A Choice Collection of Lessons for the Harpsichord or Spinnet (1696) de Purcell, Six Sets of Lessons for the Harpsichord (1748) de Gambarini (cité plus haut) et VIII Sonatas or Lessons for the Harpsichord (1756) de Thomas Arne.
Les Six Leçons de clavecin de Turner font ici l'objet de leur premier enregistrement complet. Chacune est divisée en plusieurs mouvements, à la manière d'une sonate. Le style est souvent proche de celui des mélodies qui l'accompagnent, dont les mélodies se réfèrent clairement aux modèles de la tradition (de Purcell à Boyce, en passant par Thomas Arne et Maurice Greene). Cette musique est destinée à des interprètes amateurs raffinés et cultivés, dont les prestations étaient des moments de convivialité où jouer constituait un pur plaisir. Pourtant, dans une société comme l'Angleterre, qui reléguait le rôle des femmes dans la musique au rang de divertissement, de divertissement et de passe-temps domestique, la figure d'Elizabeth Turner émerge avec une force disruptive et révolutionnaire. Sa révolution n'exige pas un changement de paradigme, n'aspire pas à briser les codes, n'a pas vocation à la destruction : c'est une révolution douce, faite d'élégance et de grâce, et c'est précisément dans sa douceur qu'elle appelle à être entendue, une invitation que nous ne pouvons décliner.