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Ce coffret de 34 CD retrace le parcours artistique de la pianiste française Alice Ader (née en 1945).
Il rassemble plusieurs enregistrements récemment redécouverts - notamment les masters Pianovox de la fin des années 1990 - ainsi que de nombreuses sessions studio et enregistrements de concerts en direct inédits.
Alice Ader, virtuose française formée par Jacques Febvrier et Geneviève Dehery aux fondamentaux du son, célèbre aujourd'hui ses 80 ans avec un coffret de 34 CD intitulé « A Musical Journey with Alice Ader ».
Pour commémorer cet anniversaire, un coffret de 34 CD, « A Musical Journey with Alice Ader », est publié, offrant un panorama complet de sa carrière. Ce coffret est bien plus qu'une simple compilation. Outre des enregistrements studio authentiques et difficiles à trouver, il comprend des hommages à la musique contemporaine, des concerts rares, de la musique de chambre, ainsi que des enregistrements d'archives et familiaux inédits. Ce document témoigne avec éclat de l'étendue de son répertoire et de sa curiosité musicale sans faille. Alice Adèle rendait fréquemment visite à Olivier Messiaen chez lui et suivait ses conseils. Les anecdotes sur l'exigence de Messiaen que « chaque note d'un accord résonne parfaitement » et le souvenir de son humilité face aux symboles du métronome constituent le fondement de son interprétation de la performance. L'intégralité du disque « 20 Eyes », fruit de son dialogue direct avec Messiaen, est un incontournable. Dans « Images » et « Prints » de Debussy, elle a rompu avec l'idée reçue selon laquelle « l'impressionnisme devait être flou » pour rechercher des sonorités « lumineuses, vibrantes, irisées ». Dans « Le Sacre du printemps » de Stravinsky, enregistré en 2014 et initialement conçu comme un duo, Adèle a répété par erreur le « secondo » au lieu du « primo » (premier instrumentiste). Cette erreur lui a permis d'interpréter l'oeuvre entière en solo, un exploit qu'elle a réalisé à plusieurs reprises. Il était un ami de longue date de Philippe Elsan, à qui il a dédié, entre autres, « Éphémères » et le concerto pour piano « Ruisseaux ». On y trouve également plusieurs oeuvres importantes de la musique française contemporaine, comme le sextuor « Ihi Ruf to Dia » du génial Olivier Greffe, disparu prématurément et aujourd'hui presque oublié.
Sept Préludes de Debussy d'une noirceur d'ébène qui se métamorphosent en cinq impétueux Regards sur l'Enfant-Jésus de Messiaen : en 1980, le premier 33 tours d'Alice Ader en dit beaucoup sur le style et la palette de la pianiste que célèbre cette remarquable anthologie. Quarante-cinq ans plus tard, Nicolas Bomsel, qui fut le jeune producteur de ce premier enregistrement Debussy/Messiaen (!), rassemble ici avec la complicité de l'interprète une somme considérable d'enregistrements réalisés jusqu'en 2025 en studio, auxquels s'ajoutent de nombreuses captations de concert et d'inédits. Là où certains tournent en boucle durant des décennies sur une poignée de compositeurs, on reste pantois devant une carrière si riche et d'un tel éclectisme, de Bach à Arvo Pärt, de Scarlatti à Debussy ou de Mompou à Philippe Hersant - soutenue par des choix précis, entre l'Espagne d'Albéniz, Falla et Granados (outre Mompou), la Russie de Moussorgski, Scriabine, Rachmaninov et Stravinsky, et nos contemporains, outre Messiaen, Pärt et Hersant : Nunes, Greif, Urmas Sisask et Maurice Delaistier. On ira donc de découvertes en redécouvertes avec un lot de surprises comme ce bouquet de valses juvéniles, danses et autres Ländler de Schubert, ce récital inédit Dussek, Benda, Dusek, Brixi et Vorisek capté à Saint-Merry, ou la reprise de l'exceptionnel album Debussy (Images I & II, Martyr de saint Sébastien et Estampes...) à chérir tout comme ce majestueux Art de la Fugue de Bach. Avec elle, le chant intime, halluciné (Nuit sur le Mont Chauve !) et les silences évocateurs de Moussorgski résonnent avec l'indicible chez Mompou (intégrale des Música Callada) et la lenteur sacrée chez Satie (6 Gnossiennes) et Pärt (Für Alina). Au sein d'inédits en concert, il faut retenir de trépidants Tableaux d'une exposition de Moussogski et Iberia I & III d'Albéniz. Créatrice de nombreuses partitions de Philippe Hersant, une évidente complicité l'attache à ses Éphémères (1999-2003), 24 pièces brèves post-Debussy/Mompou « inspirées de haïkus de Bashô » (Hersant) d'une concentration idéale, au volubile concerto pour piano Streams (2000) ainsi qu'au cycle de lieder In die Ferne (2002), bien servi par le baryton Matthieu Lécroart lors de sa création, à l'abbaye de La Prée, en 2011. À la tête de son Ensemble, la pianiste est à retrouver dans un répertoire chambriste récent - de nouveau Hersant (Im fremden Land), Greif (Ich ruf zu dir), Delaistier (Sieben Worte et Chants sérieux) et le fameux Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen -, mais aussi romantique, avec Brahms (Quintette avec piano, op. 34), Fauré (1er Quatuor avec piano), Franck (Quintette avec piano, CFF 121) et Lekeu (Quatuor avec piano) - sans oublier la plénitude souveraine qui accompagne l'album Chausson signé avec la mezzo Bernardo Fink. Le soin apporté au livret de plus cent pages et le témoignage essentiel d'Alice Ader (« Mon parcours ») complète judicieusement cette « Journée musicale » qui s'achève sur ce clin d'oeil : « À ce jour, je me sens en pleine possession de mes moyens pianistiques. Je vous donne donc rendez-vous pour un nouveau coffret dans dix ans ! » --- Franck Mallet ---