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En 1610, le luthiste Robert Dowland, qui venait d'avoir 19 ans, publia coup sur coup deux anthologies aujourd'hui considérées comme essentielles à notre compréhension du luth et de la musique vocale élisabéthaine. La première, *A Varietie of Lute Lessons*, qui, comme son titre l'indique, propose des leçons mais aussi un long essai sur la fabrication du luth en Europe, contient d'importantes informations sur le jeu du luth, provenant en partie de son père, l'estimé John Dowland. Il n'est pas improbable que ce dernier ait également contribué à la seconde anthologie, *A Musicall Banquet* : John était revenu de la cour danoise quelque temps auparavant et est représenté par plusieurs pièces. Fidèle à la métaphore culinaire du titre, ce *Banquet* rassemble des « recettes » de différents pays, de difficulté technique variable, composées de « plats » déjà éprouvés afin de ne pas indisposer les « convives », autrement dit, des pièces reconnues mais encore inconnues du public anglais. L'idée de proposer un répertoire étranger, notamment italien, n'était pas nouvelle en Angleterre. La publication en 1588 de l'anthologie Musica Transalpina, recueil de madrigaux italiens (traduits en anglais) de Luca Marenzio et Giovanni Pierluigi da Palestrina, avait déjà conquis le coeur des amateurs de madrigaux, y voyant une alternative à la chanson, création plus typiquement élisabéthaine. La parution d'A Musicall Banquet en 1610 témoigne donc d'un intérêt croissant pour les expériences musicales venues d'outre-Manche. Néanmoins, Robert ouvre son anthologie par une vaste sélection de chansons anglaises, issues d'un répertoire déjà bien établi : à la parution de Banquet, pas moins de 24 recueils de chansons avaient déjà été imprimés, à commencer par le First Booke of Songes or Ayres de John Dowland, publié en 1797. Le groupe de pièces suivant appartient à un genre que l'on pourrait considérer comme le plus proche de la chanson anglaise, l'air de cour français, dans la mesure où ce dernier, du moins dans sa forme la plus ancienne, a influencé le développement de la première. L'air de cour pour voix et luth, forme d'expression musicale typique de la cour de Louis XIII, connaissait un immense succès grâce aux partitions que Robert Ballard commença à publier en 1608. Robert Dowland s'en inspire pour son banquet musical, copiant la musique et la tablature de luth note pour note, n'ajoutant que la ligne de basse instrumentale, conformément à la tradition anglaise. La sélection de pièces italiennes constitue la partie la plus significative du recueil, notamment parce qu'elle témoigne une fois de plus de la volonté de Dowland d'adopter les techniques expressives de la seconda pratica, bien que toujours filtrées par la structure de la chanson anglaise, en particulier en ce qui concerne la création de la basse continue. Dans la pratique compositionnelle italienne, l'ajout de l'harmonie, ou des « parties intermédiaires », était laissé à l'interprétation, qui pouvait l'adapter à son instrument (théorbe, clavier, harpe, etc.) et à son niveau ; dans A Musicall Banquet, cependant, figure un arrangement pour luth qui révèle à la fois la réticence de l'Angleterre à se conformer à la pratique italienne et nous offre un éclairage précieux sur la manière dont Dowland (père ?) envisageait l'interprétation de la basse continue.