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Pour son 3eme album Naïve, le pianiste français Jean-Paul Gasparian revient aux sources de son jeu tempétueux et éclatant, exalte et romantique, tout au long d'un récital enivrant compose de paraphrases et transcriptions que Liszt élabora à partir de thèmes de Verdi, Bellini et Wagner.
En reprenant pour son troisième album naïve (DEBUSSY V7958, 2023 ; ORIGINS V8444, 2024) le titre d'un des films les plus mémorables et déjantés des Marx Brothers, sorti en 1935 (réalisé par Sam Wood), Jean-Paul Gasparian plante le décor. Rassurez-vous, il ne craquera jamais, ni même ne s'effondrera, tant la maîtrise technique du pianiste français demeure en tous points éblouissante. Le clavier crépite ici de mille feux, les doigts s'envolent comme des petits diables qui hanteront longtemps vos songes, tout au long de ce récital structuré autour des paraphrases et transcriptions que FRANZ LISZT élabora à partir de
thèmes et motifs de VERDI (Rigoletto, Don Carlos, Aida, Il Trovatore), BELLINI (Norma) ou WAGNER (Tannhäuser, Tristan und Isolde).
Dans le grandiose Miserere du « Trovatore », un quasi portique placé à mi-parcours de son récital, le pianiste français déploiera tous les arcanes de son piano sombre et tragique, plus exacerbé encore dans les Réminiscences de « Norma », partition d'une puissance dramatique fantastique, autre accomplissement évident de LISZT dans le genre de la paraphrase. Quelle vision ici ! Comme si les souvenirs resurgissaient, véhéments, au fil d'un rêve éveillé et monstrueux. Jean-Paul Gasparian porte sans émoi toutes ces fresques prodigieuses, qui assoyaient en plein XIXe siècle le triomphe du pianiste-roi.
Pour LISZT, la paraphrase représentait un geste d'amour, envers le peuple (l'opéra est l'art populaire par excellence), et envers les compositeurs dont il promeut le formidable génie créatif, qu'il glorifie ensuite par son art de l'improvisation. De 1829 (Grande fantaisie sur « La Fiancée », d'après AUBER) à 1882 (Réminiscences de Boccanegra), le Romantique hongrois se frotta à une trentaine de compositeurs, et donna naissance à un catalogue d'une soixantaine de partitions où prédominent BELLINI, DONIZETTI, MEYERBEER, MOZART, VERDI (neuf fois) et bien sûr WAGNER (quatorze fois !) ; il y inventera en partie la nouvelle ère du piano.
En se confrontant à ces grandes récréations lisztiennes, et au bref et calme Casta diva revu par THALBERG, le pianiste français tout juste trentenaire revient aux sources de son jeu tempétueux et éclatant, exalté et romantique, dans lequel s'épousent à merveille brillance et
profondeur poétique. Non, définitivement, votre nuit ne sera pas de tout repos !