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Alors que les sciences sociales françaises - et la sociologie bourdieusienne en particulier - ont montré depuis longtemps ce que les différentes manières d'agir, de parler, ou de se mouvoir devaient aux positions de classe, elles se sont peu intéressées à la façon dont les rapports sociaux de race s'incarnent dans les pratiques. Or, certaines pratiques sociales et certaines techniques du corps sont régulièrement associées, dans le langage courant, à des groupes raciaux : on entend, par exemple, parler de comportements « de Blanc », d'éducation « à l'asiatique », de « voix noire », etc. Ces qualificatifs s'appliquent parfois indépendamment du phénotype de celles et ceux dont on décrit les conduites ou les caractéristiques. Ce numéro prend ces qualifications au sérieux et propose d'interroger, à travers des enquêtes empiriques, la production sociale des pratiques racialisées. Il en propose un double éclairage. Il revient, d'une part, sur la manière dont les pratiques orientent les mécanismes d'assignation raciale. D'autre part (et réciproquement), il montre comment les positions raciales peuvent façonner, à travers des logiques de socialisation, des façons d'être au monde qui sont dès lors perçues comme raciales. Ce volume comprend cinq contributions issues de différentes disciplines (sociologie, histoire et géographie), portant sur des espaces nationaux divers (États-Unis, France, Danemark-Groenland) et examinant des espaces sociaux variés (famille, école, sphère professionnelle). Il se conclut par un entretien avec la romancière et poétesse afro-descendante Seynabou Sonko, avec laquelle nous abordons la façon dont la race est pensée et mise en mot dans le champ littéraire. Enfin, un dernier article (hors thème) analyse comment le new public management se déploie dans un espace professionnel a priori réfractaire à ses principes : le secteur du médico-social.