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De nouveaux enregistrements de musique pour clavier d'un ami viennois de Mozart, aujourd'hui méconnu, jadis admiré par des maîtres tels que Haydn et Gluck, et dont les oeuvres étaient auparavant attribuées à Mozart lui-même, sont disponibles. Né à Vienne en 1765, Anton Eberl mena une vie plus discrète que Mozart, et sa musique ne recherche ni le scandale ni les excès expressifs de son contemporain, ami et mentor. Après la mort de Mozart en 1756, Eberl partit en tournée avec sa veuve, Constanze Mozart, et sa soeur, Aloysia Lange, tout aussi talentueuse, avant d'épouser une troisième soprano de talent, Maria Anna Scheffler. Le couple s'installa alors à Saint-Pétersbourg, qui se constituait à l'époque une cour artistique rivalisant avec les plus grandes capitales européennes. Eberl y travailla comme maître de chapelle auprès de la famille impériale russe pendant une décennie (1796-1805) avant de retourner à Vienne. Deux ans plus tard seulement, au sommet de sa gloire, Eberl contracta la scarlatine et mourut à l'âge de 41 ans. À cette époque, il avait également noué des relations (peut-être moins amicales) avec Beethoven. La sélection personnelle de Sayuri Nagoya, parmi les oeuvres pour clavier d'Eberl, couvre les premières et les dernières périodes de sa carrière, et débute par un ensemble de variations sur « Bei Männern » de La Flûte enchantée, composée quelques mois seulement après la première du Singspiel au Theater an der Wien. Datant d'un an ou deux après la mort de Mozart, la Sonate op. 1 fut initialement publiée sous son nom, et la Sonatine op. 5 d'Eberl (1796) s'inscrit elle aussi dans la tradition mozartienne. À l'époque de la Sonate en sol mineur op. 27, Eberl avait développé un langage pianistique plus audacieux et plus dramatique, sans doute influencé par la décennie d'innovations technologiques qui avait permis la création d'instruments à l'étendue et à la dynamique plus larges. La Sonate en do majeur op. 43 s'ouvre sur une introduction grandiose avant de se lancer dans un Allegro aux contrastes saisissants. L'album permet à l'auditeur d'apprécier pleinement le talent d'Eberl et laisse entrevoir les perspectives qu'il aurait pu explorer par la suite. Née à Tokyo, diplômée de piano et de clavecin du conservatoire de Bruxelles, Sayuri Nagoya se consacre au répertoire composé durant la période charnière entre ces deux instruments au tournant du XIXe siècle. Sur cet enregistrement, elle joue sur un instrument de la maison viennoise Brodmann. Comme elle l'écrit dans le livret : « Mes doigts ont enfin trouvé une connexion profonde avec les touches, faisant naître un son chaleureux et mélancolique, proche de la voix humaine. »