Voilà un ouvrage qui ne se contente pas d’écrire à propos de la pédagogie multilingue mais qui en constitue un exemple en acte. Il se conjugue au singulier et au collectif. À la fois sérieux et ludique, profondément kaléïdoglotte, il allie l’expérimentation appliquée à la recherche théorique, la poésie à la réflexion critique, la ligne d’écriture à celle du dessin. Assumant en outre les enjeux politiques au cœur des préoccupations pédagogiques, il nous propose un voyage dans différentes géographies.
Une partie de l’ouvrage est consacrée à la présentation d’outils pédagogiques, sous forme de jeux et de pratiques concrètes, qui pourront servir de médiation entre les praticiens-chercheurs, praticiennes-chercheuses des débuts, et les nombreuses et nombreux pédagogues actuels et futurs, invités à y apporter leur expérience et leurs questionnements. C’est aussi une méthode d’apprentissage de la lecture : on apprend vraiment à lire en lisant dans plusieurs langues en même temps !
« Promouvoir la diversité », oui, mais d’abord prendre acte des différences logées au sein du même. Découvrir d’autres langues, bien sûr, mais surtout vivre et apprendre à considérer « la » langue autrement : un commun multiple plutôt qu’une addition. Faire une place aux multitudes qui nous composent, chaque soi (même), et les autres aussi. Cet espace « entre », qui n’existe pas seulement là où passent les frontières des langues mais bien au sein de chacune, est ce qui assure le battement par lequel une langue reste vivante.
Le livre donne des pistes pour former à tout âge des esprits polyglottes, sensibilisés à la matière des langues, curieux de toutes les langues possibles, actifs dans la rencontre avec chacune. Il en va de l’égalité des personnes à travers l’égalité vécue des langues, un levier pour bousculer de fait les rapports de domination.