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Badsville
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  • Support musical : 33 T 30 cm
  • date de sortie le 25/09/26

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Une fois de plus, le groupe qui ose se démarquer plonge dans les entrailles infernales du rock brut et en ressort à bout de souffle, armé de 14 titres conçus pour faire monter l'adrénaline en flèche. Une musique à la portée « antisociale », à savourer nu et en patins à roulettes, dans un état de semi-conscience, ou les deux à la fois.

À l'origine, le « Big Beat » n'était pas un simple mélange de métal, de boucles disco et de samples. Certes, c'était bien de la musique pour danser, mais une variante viscérale et ondulante, un son capable de vous faire vibrer jusqu'aux os, bien loin du vacarme auquel ce terme est aujourd'hui associé. Ce cocktail originel était le fruit d'une collision explosive entre passé et présent, concoctée par des alchimistes du son dans les entrailles de New York en 1976. La marque de fabrique « crasseuse » de Poison Ivy Rorschach et Lux Interior a vu le jour dans des circonstances pour le moins étranges ; depuis, leur progéniture a fait bien du chemin loin de son éprouvette de laboratoire tout en conservant intacte son essence première. En novembre prochain, cela fera 25 ans que les Cramps ont fait leurs débuts sur scène... prenez un instant pour y songer.

Les Cramps (tout comme les Ramones) sont aussi influents que les Beatles ou les Stones. Ils ont exhumé un savoir ancestral que l'on croyait perdu à jamais et ont propulsé ce trésor malmené de nouveau sur le devant de la scène publique. Roy Trakin écrivait dans *New York Rocker* qu'ils pouvaient soit connaître un succès planétaire à la Kiss, soit rester dans l'ombre comme les Trashmen ; la réalité s'est avérée bien plus singulière. Prisonnier d'un monde qu'il n'a pas façonné et pour des raisons qui lui sont propres, le groupe a su perdurer et s'imposer. Cette longévité leur confère, au sens le plus organique du terme, une réussite bien supérieure à celle de la plupart des autres formations. Le monde a plus que jamais besoin des Cramps ; quant aux sceptiques, ils peuvent entamer ici même le programme - quel qu'en soit le nombre d'étapes - pour abandonner enfin la médiocrité ambiante. La remise en avant de leur catalogue arrive à point nommé, et je serais bien étonné si la réédition de 'Big Beat From Badsville' sur le label Big Beat ne venait pas enfoncer le clou avec force.

Sorti à l'origine chez Epitaph en 1998 et, de l'avis général, indisponible depuis 1999, 'Badsville' est leur dernier album studio en date ; il déboule vers vous tel le rouleau compresseur déchaîné qu'il est, accompagné de faces B et de titres bonus. La pochette l'annonce clairement : « Attention, ceci n'est pas de la musique ordinaire » ; un défi lancé à tout auditeur potentiel, l'invitant à affronter une oeuvre bien plus corsée que n'importe quel disque affichant simplement le macaron « Parental Advisory ». Un hot rod customisé monté sur un châssis solide façon Las Vegas. Rapide, furieux et explorant tous les registres intermédiaires, *BBFB* déborde d'une énergie burlesque survoltée capable de rassasier toutes les faims, tout en provoquant peut-être des spasmes d'illumination totale jusqu'alors inconnus. Les concerts des Cramps sont une expérience unique en son genre, sur cette planète comme ailleurs, mais sur cet album studio aux allures de numéro de haute voltige, ils parviennent véritablement à transcender cette atmosphère scénique. Le mot « Yike » (cri de surprise ou d'effroi) est tout à fait approprié.

Dès l'ouverture avec « Cramp Stomp », le décor est planté et les riffs grinçants sont assénés avec une précision redoutable. Le talent de Lux pour détourner la langue anglaise est inégalé ; quant à la grivoiserie décomplexée, certains de ses textes sont... eh bien... « Get as high as Queen Kong's twat » (se défoncer jusqu'à la hauteur de la chatte de Queen Kong), par exemple... Maître incontesté du triple et quadruple sens, M. Interior se ferait un plaisir, j'en suis sûr, d'expliquer à n'importe quel journaliste de tabloïd l'origine de l'idée derrière « Devil Behind That Bush » - et l'on ne parle pas ici de George, bien entendu.

Au programme : des histoires de monstres divins, de rayons sexuels hypnotiques, de rêves érotiques humides et d'hyènes déchaînées. « Sheena's In A Goth Gang » relate la plongée d'une ancienne punk dans le monde souterrain et interdit des vampires, et au-delà. Si tout cela semble relever de l'invention pure, c'est sans doute le meilleur défi à relever : les mots sont bien trop faibles pour rendre justice à la puissance et à la majesté de l'oeuvre.

« I Walked All Night » et « Confessions of a Psycho Cat » étaient à l'origine des titres supplémentaires parus sur le single « Like A Bad Girl Should ». (Au fait, ceux qui cherchent les chansons reprises par les Cramps peuvent trouver l'original de « I Walked All Night », interprété par les Embers, sur la compilation 'El Primitivo American Rock'n'Roll' - CDCHD 473). L'excellente interprétation solo de « Peter Gunn » par Ivy est tirée de l'album hommage à Henry Mancini intitulé 'A Shot In The Dark', paru sur Donna, un label affilié à Del-Fi.

Quant à l'autre titre bonus, « No Club Lone Wolf » - que je n'avais jamais entendu auparavant -, il tient exactement ses promesses : le morceau est taillé pour l'écoute et pour vous faire rebondir contre les murs de toutes les pièces de la maison.
 
Badsville

Badsville

The Cramps
  • date de sortie le 25/09/26

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