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Cette anthologie de quarante-deux titres prolonge le souvenir et l'oeuvre de Bruno Brel, disparu en février 2025. Se rappeler ou découvrir des titres aux sujets souvent intemporels, pour certains toujours d'une brûlante actualité, tels Les Migrants de 1979 auquel fait écho le Calais de 2017, quatre décennies après. Ce que nous laisse Bruno Brel est un formidable parcours de chansons, hélas peu connu du grand public.
Puisse ce double album le faire connaître un peu plus !
(Michel Kemper)
On le sait des trains, moins des Brel : un peut en cacher un autre. L'un est l'oncle, l'autre le neveu. Tous deux étaient destinés, immuable train-train, implacable destin, à s'ennuyer à la cartonnerie familiale, à regarder par les fenêtre, à s'en évader. Mais on ne peut dompter un Brel, le retenir captif. Même fuite à quinze ans d'intervalle, mêmes cabarets bruxellois, même Canetti à l'arrivée, mêmes prénoms de Paris... Franchise familiale à peu de succursales, l'un fut le grand Brel, l'autre vécu dans l'ombre, injustement banni de toute notoriété. Car, comme le déclara sentencieusement Mireille, celle du Petit conservatoire de la chanson, « il y a déjà un Brel, on n'a pas besoin d'un deuxième ! »
Comme jadis au plat pays, le blase de Bruno est lourd handicap que les pisse-copies lui font payer. On le raille volontiers. Mais, comme le lui a dit un jour le tonton, « dans la famille, on assume ! » Et Bruno assumera, contre vents et marées, contre l'adversité, contre l'incommensurable bêtise.
Dès ses débuts, Bruno eut un répertoire bien à lui, riche à souhait. En témoignent ses premiers albums, de 1977 et 1979. Et une écriture, une vraie, puissante, racée, presque héréditaire. On le compare mais, longtemps, il refusera de faire le Jacques. Puis, héritage et descendance oblige, cédant à l'amicale pression, il maillera dès 1988 ses récitals de chansons de l'oncle disparu. Mais voir l'un n'est pas se consoler de ne pas avoir vu l'autre. C'est prolonger l'aventure, le désir, le plaisir. C'est repartir pour un tour.
Cette anthologie de quarante-deux titres, qui ne comporte qu'un de Grand Jacques (chanson que seul Bruno interpréta), se veut modestement prolonger le souvenir et l'oeuvre de Bruno Brel, disparu en février 2025. Se rappeler ou découvrir des titres aux sujets souvent intemporels, pour certains toujours d'une brûlante actualité, tels Les Migrants de 1979 auquel fait écho le Calais de 2017, quatre décennies après. Alors, oui, nombre de chansons de Bruno se teintent de Jacques, semblent en avoir une similaire écriture, appellent une semblable gestuelle. Aux mêmes gènes les mêmes plaisirs. Et qu'importe. Ce que nous laisse Bruno Brel est un formidable parcours de chansons, hélas peu connu du grand public même s'il les a porté dans près de quarante pays. Comme l'est son autre parcours, celui d'écrivain (cinq romans, des nouvelles et divers essais) dont peut s'enorgueillir toute bibliothèque bien tenue. On peut se plonger dans un autre de ses livres, une autobiographie d'une finesse et d'une lucidité remarquables, Le Neveu de son oncle, parue aux éditions belges Café de la Rue en 2021. Toute une vie en pas loin de quatre cent pages, un condensé d'une force rare.
--- Michel Kemper ---.