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Ce dernier volume d'une série révélatrice consacrée à Alkan, pianiste anglais à qui l'on doit une série d'albums salués par la critique, présentant un répertoire rare issu de l'âge d'or des virtuoses du piano, est une véritable prouesse. Figure sans doute la plus énigmatique de toute l'histoire de la musique, et plus particulièrement du XIXe siècle, Charles-Valentin Alkan demeure l'un des noms les plus intrigants et fascinants du panthéon des pianistes-compositeurs. Selon Franz Liszt, Alkan possédait la technique la plus raffinée qu'il ait jamais vue, et pourtant, il préférait la vie d'un reclus. Le chef-d'oeuvre de cet album est la « Symphonie » pour piano seul, extraite des Douze Études op. 39. Elle s'ouvre sur un Allegro, l'une des compositions les plus sombres et passionnées du compositeur, où rhétorique déclamatoire, élans enflammés et culminations vertigineuses sont enchaînés par une structure rigoureuse. L'écriture pianistique, d'une nature résolument orchestrale (d'où l'appellation « symphonique »), exige du soliste intrépide qu'il se fraye un chemin à travers d'imposantes constructions d'accords parfois de dix notes, d'épais trémolos et de volées de doubles octaves : seuls les virtuoses confirmés sont invités à s'y essayer ! La Symphonie figure sur cet album en point culminant d'une série de grandes marches conçues sur une échelle tout aussi grandiose. Parmi elles, les Trois Marches de Cavalerie op. 39, où Alkan se montre le plus concis (dans la n° 1, d'inspiration berliozienne), le plus excentrique (dans le trio de la n° 2) et le plus fantaisiste (dans la n° 3). À l'instar de ces dernières, la Marche funèbre op. 26 témoigne de la capacité d'Alkan à canaliser une puissance latente, parfois menaçante, à travers une matière d'une extrême simplicité. La Marche triomphale op. 27 qui suit est une oeuvre imposante et flamboyante, contrastant avec la mélancolie méditative de la paraphrase op. 45 qui ouvre le poème de Legouvé, situé dans un cimetière et empreint de la veine élégiaque la plus caractéristique d'Alkan. Une profonde tristesse imprègne également la section d'ouverture de l'ingénieuse mise en musique instrumentale du psaume 137, « Au bord des eaux de Babylone », par le compositeur.