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« Catholics Against Architecture » : c'est le nom que Chris Connelly a donné à ce projet, lequel rassemble douze morceaux façonnés à partir de collages sonores, de textes déclamés (*spoken word*), de mélodies fragmentées, de voix rappelant celles avec lesquelles David Bowie a interprété certaines de ses meilleures chansons, de filets de bruit feutré, d'enregistrements de terrain apparemment aléatoires, de parties de guitare délicates, de manipulations de bandes magnétiques et de toutes sortes d'autres sons situés entre ces genres ou au-delà. Dans leur ensemble, ces compositions s'affranchissent des conventions et se soucient peu de l'air du temps ou de ce que dicte l'esprit de l'époque. Elles puisent plutôt dans son passé d'une richesse exceptionnelle : de la cofondation du groupe post-punk avant-gardiste Finitribe à sa collaboration avec Revolting Cocks et d'autres formations dirigées par Al Jourgensen, en passant par son implication dans l'ambitieux projet Pigface de Martin Atkins, jusqu'à sa carrière menée sous son propre nom. Au fil des décennies écoulées depuis ses débuts artistiques au début des années 80, il a conservé cette fibre expérimentale tout en explorant des registres variés, allant de l'art-pop et du rock jusqu'au *noise* industriel qui a forgé ses premières armes. Tenter de l'enfermer dans une case serait faire injure à son tempérament réfractaire. « Columns » ne fait pas exception à la règle. C'est un album qui intègre une multitude d'idées et reste en mouvement constant, tout en parvenant, par une sorte de magie, à former un tout cohérent et parfaitement logique. Qu'il s'agisse de son esthétique parfois *lo-fi* (due à l'utilisation de vieux magnétophones à bandes et de lecteurs de cassettes vétustes), de son mélange nerveux de *free jazz*, de poésie sonore, de courants texturaux labyrinthiques, de sons trouvés, de souffles parasites et d'une écriture musicale mature, l'oeuvre révèle un artiste parfaitement à l'aise dans son rôle de créateur capable de jongler avec des idées multiples. Lié thématiquement à une posture antireligieuse - particulièrement pertinente en ces temps troublés où la polarisation galopante est attisée tant par la religion que par la politique -, « Columns » témoigne d'une réalité qu'il convient de souligner sans relâche. Le titre lui-même, encadré de guillemets ironiques, renvoie subtilement aussi bien aux colonnes des églises qu'aux colonnes de fumée engendrées par les guerres de religion. En somme, cet album montre un artiste qui continue d'explorer de nouvelles trajectoires, de creuser des idées déjà entrevues et de rester fidèle à lui-même, s'affirmant comme une personnalité bien plus vaste que la simple somme de ses expériences passées.