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Georges Aperghis occupe une place singulière dans la musique d’aujourd’hui. Compositeur de théâtre musical, inventeur de langues, explorateur de la voix et des corps, il a construit une œuvre qui échappe aux frontières ordinaires entre concert, scène, opéra, performance. Composer avec langues retrace ce parcours sous la forme d’un long entretien avec Stéphane Roth, mené au plus près de la parole d’un artiste qui se méfie des systèmes, mais n’a jamais cessé d’inventer des dispositifs. Le livre s’ouvre sur la question de la voix : celle d’un jeune Grec arrivé à Paris en 1963, parlant un français encore instable, mais déjà attentif aux accents, aux rythmes, aux malentendus fertiles. De son enfance athénienne à son départ vers la France, de la rencontre avec Iannis Xenakis aux premiers travaux pour la radio et le théâtre, Aperghis raconte comment son langage s’est formé par déplacement, par curiosité et par évitement des dogmes. Autour de lui apparaissent des figures décisives : Édith Scob, Antoine Vitez, Peter Brook, Mauricio Kagel, Félix Guattari, mais aussi Antonin Artaud, Raymond Roussel ou Roland Barthes. Au fil des chapitres, c’est une histoire vivante de la création musicale depuis les années 1960 qui se dessine. L’aventure de l’ATEM à Bagnolet, fondé en 1976, occupe une place centrale : une troupe, un territoire, des habitants, une pratique collective où la musique devient action, où les gestes, les objets, les voix et les récits du quotidien entrent dans la composition. Aperghis revient aussi sur son rapport à l’opéra, sur la création de L’Écharpe rouge avec Alain Badiou et Antoine Vitez, sur les œuvres où machines, écrans, surveillance et robots deviennent des partenaires scéniques, ainsi que sur ses pièces récentes, de “Situations” et “Intermezzi” à “Migrants”. “Composer avec langues” n’est pas seulement un livre d’entretiens avec un compositeur majeur. C’est un livre sur la façon dont une œuvre se fabrique au contact des autres : interprètes, écrivains, metteurs en scène, philosophes, publics, lieux. Il y est question de politique sans doctrine, de formes collectives, de mémoire, d’exil, de langues déplacées, de sujets brûlants que la musique ne peut aborder qu’en inventant ses propres moyens. À travers ce dialogue, Georges Aperghis apparaît comme un artiste du multiple : un compositeur qui n’a cessé de faire parler, chanter, rire, trébucher et se transformer les langues.