Des lettres non écrites
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  • Pagination : 436
  • EAN : 9782307415114
  • Protection numérique : Digital watermarking

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Il est affreux, affreux, ce Pommeret. Il n’a aucun goût, aucun sens de la mesure, il est cynique et amer, il est profondément désagréable. Dés—agréable. Toute son œuvre laisse une sensation de regret dans la bouche, comme une pomme maudite. Il s’agit bien de médiction ou malédiction en effet ; tout ce travail continu d’écriture, ce mélange, ne parle - en fin de compte - que de prédestination, grâce et salut, malédiction. Mais quelle grâce, et quelle destinée ? Pas abstraites ni désincarnées. La malédiction qui pèse sur celui que Pommeret appelle Pierre Salveur, et qui est le héros de cette étrange fiction au milieu de la fiction — cette culpabilité de l’opprimé, sa mort finalement, je ne peux dire qu’elles sont nécessaires à l’ordre du monde que si je précise : de ce monde-ci. Et encore, nécessaires ! Il est indispensable, en effet, que Pierre Salveur soit exploité encore davantage, et mis à mort, pour que vive la société du profit. Autrement dit, le modèle évangélique n’est précisément qu’un modèle — la forme du blasphème. Tout Pommeret blasphème, on le sait bien que ce sont les Croyants qui blasphèment, les autres pourquoi le feraient-ils ? Mais ce blasphème dans les mots écrits, est pour dénoncer le blasphème dans les faits, que nous pouvons voir tous les jours ; blasphème, usurpation, scandale ; sans Pommeret, je n’aurais jamais bien vu - peut-être - à quel point le monde contemporain est englué dans le sacré, combien de gestes liturgiques sont accomplis tous les jours pour vendre des lessives. Xavier Pommeret, c’est un homme du genre de Jonathan Swift. Calmement, d’une voix douce, il m’explique la nécessité de la disparition des Indiens d’Amazonie, ou des agriculteurs du Larzac, ou de... Non, écoutez, avant de dire que c’est un salaud, Pommeret. Vous vous trompez d’ennemi. Il vous dit seulement que toute protestation sentimentale est vaine, et que si la mort de celui-ci ou de celui-là est nécessaire en effet, demandez-vous à qui elle est nécessaire. L’autre, de même, démontrait qu’il fallait manger les enfants irlandais. Cette logique a tué Jean Phosdait. Pierre Le Tripalin s’en est mieux sorti. Ce sont les deux hommes de cette histoire, les deux moitiés de l’âme contradictoire de Pommeret, acharné à ne pas mourir, là, au milieu du monde industriel, pleurant, souriant.
 
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