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Ce dialogue cusain est resté inédit jusqu'en 1888, date à laquelle le manuscrit fut découvert et publié par J. Uebinger. Nous offrons cette traduction française à l'occasion du sixième centenaire de la naissance de Nicolas de Cues (1401-1464). Il s'agit d'une œuvre de la maturité publiée deux ans avant la mort du cardinal. D'où l'intérêt de ce texte écrit par le dernier des néoplatoniciens du Moyen Âge, disciple de Maître Eckhart dont il fut un lecteur pénétrant. Le " Directio speculantis seu De li non-aliud " révèle un penseur profond et original. L'Un fait l'objet de sa spéculation. Nicolas offre un guide à celui qui veut penser l'impensable Un, nommé par lui " non-autre ". Pour lui, seule la vision apporte la certitude d'une connaissance authentiquement contemplative. Le " Guide du penseur " – du " speculans " : celui qui cherche du regard – se propose d'orienter la pensée vers l'objet de la contemplation, de la conduire sur le chemin qui la mène à la vision du Principe, c'est-à-dire du non-autre. Mais nous percevons toujours la vérité telle qu'elle est saisie dans le monde de l'altérité, jamais dans l'unité pure. Comment accéder à l'Un dans sa pureté inaltérable ? En dépassant le champ de l'altérité en vue d'atteindre le non-autre. L'effort admirable du Cusain consiste à distinguer " intellectus " et " ratio " en s'appuyant sur la distinction entre les deux premières hypothèses du " Parménide ". Ainsi la " ratio " parcourt le champ du savoir afin de permettre à l'" intellectus " de voir ce qui est au-delà du savoir. Tel est le chemin – la méthode – de la docte ignorance. Chemin ascensionnel que le dialogue de Nicolas nous enseigne à gravir pour nous élever de l'être, qui appartient à la sphère de l'autre, au non-autre qui désigne l'Un pur au-delà de l'être.