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Le saxophoniste Julien Lourau et le pianiste Bojan
Z ont souvent joué ensemble depuis leur première
rencontre en 1989 dans un club de jazz parisien, le
plus souvent sur scène et parfois en studio quand
l'un ou l'autre enregistrait un album. Les voici de
nouveau réunis sur Duo, ,
Il existe entre le saxophoniste et le pianiste une
écoute d'une qualité exceptionnelle et un échange
d'idées permanent, avec l'envie de se surpasser, de
se surprendre.
« Ce duo est l'expression la plus évidente de notre longue amitié. Tout ce temps passé, au-delà et avec la musique, s'entend
dans ce format : le discours, l'écoute et l'échange d'idées y sont très fluides. Le but étant quand même toujours de se
surpasser et surprendre l'autre... Ce qui nous réussit souvent. » Bojan Z ne croyait pas si bien prédire, dès 2007. Et rien de
mieux que le cadre du direct pour graver ces instantanés. Trois jours au Triton, le club des Lilas, dix-sept ans après leur toute
première fois, au Pannonica de Nantes. « La présence du public permet de ne pas rester en couple. C'est nous qui devons
envoyer une énergie vers une tierce personne. D'ailleurs, les essais en studio n'ont pas été très concluants. La scène, c'est
quand même notre manière de fonctionner depuis des années », insiste Julien Lourau. Pas de doute, le face à face, sans
faux semblants, demeure le théâtre idoine de leurs intimes confessions, ultimes convictions.
Pour s'y préparer, ils ont profité d'une résidence à la fondation Hartung, à Antibes, histoire d'ajouter de nouvelles graines («
Seeds », une pièce plus climatique rapportée par Bojan Z) au répertoire ajusté au fil des années. Celui a fait l'identité de cette
entité aux contours esthétiques résolument ouverts. « Roumgrois », « Fuzzlija » et « Bulgarska », les titres laissent déjà
entendre ce qui se trame dans cette libre conversation improvisée qui se joue des oeillères, qui transgressent les frontières
fixées par les gardiens du temple. Et en avant la musique... L'un à l'écoute de l'autre, l'autre a l'oreille de l'un, le geste du
piano en écho du souffle du saxophone, et ainsi de suite. L'enjeu dépasse toute histoire d'ego. Une intro solo, sur le ton de
la confidence, sert de rampe de lancement d'une furia sonore, un long chorus fait écho à de douces volutes. Le fantôme de
Ravel hante quelques pièces, l'ombre de Shorter plane, mais aussi, ici et là, l'art du bruit des rétro-futuristes. Le clavier
presque beuglé, comme une fanfare d'ébène, comme un orchestre de cordes violentées, fait corps à coeur avec le sax
furibard, funky ou free, selon l'humeur. Ils se percutent, se frôlent, s'enlacent. Physique, on ne peut plus physique. Limite
art brut. Jamais brutal. Juste de l'amitié pure. Et dure. Et plus si affinités. Non sans rire...
C'est cela que célèbre ce disque, moins de cinquante minutes qui racontent un quart de siècle. L'essence, pas une note, juste
celles qu'il faut. Un premier disque, ce n'est pas rien. Et celui-là compte double, puisqu'il est l'acte fondateur d'un nouveau
label. Two Birds One Stone. « D'une pierre, deux coups. » Il était temps. « Franchement on s'est longtemps accordé le luxe de
ne pas le faire, car on jouait régulièrement, sans se prendre la tête. Sans avoir à défendre un disque, et sa tournée. Ce qui
implique une logique trop mécanique. Au risque de s'épuiser. » Alors voilà, l'absence est comblée, et nous voici comblés. «
Alors voilà maintenant on va être obligés de continuer. » Rendez-vous est pris pour une suite, sous forme d'un EP vinyle, qui
laisse deviner, au fil du sillon, de nouvelles pistes à creuser. Ce n'est qu'un début, poursuivons les ébats.