Figures de la mort
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La mort présente autant de formes, de figures et de modes d'être que la vie à laquelle elle est dialectiquement liée. Interroger les conceptions et représentations - scientifiques, philosophiques, religieuses et esthétiques - de la mort suppose une évaluation critique de l'anthropo-thanatologie contemporaine qui prétend « étudier » la mort, mais aussi des diverses métaphysiques de la mort qui assignent toutes un sens à la vie, et pour certaines à la vie après la vie ou à la vie après la mort.
Dans une société préoccupée par les questions liées à la « fin de vie » (euthanasie, soins palliatifs, acharnement thérapeutique, « droit à mourir dans la dignité »), les épreuves du deuil et la signification des rites funéraires, l'angoisse de mort subit le double mécanisme d'évitement du refoulement - ou du déni - et de la fascination - ou de l'exaltation mortifère à l'oeuvre dans les idéologies de la mort. Parce que toute ontologie de la mort implique nécessairement une ontologie de la vie, la critique du nihilisme, particulièrement celui de l'être-vers-la-mort heideggerien, s'impose comme une priorité politique. Défendre la vie, toutes les vies, c'est en effet refuser de laisser la mort régner sans partage sur notre existence. C'est aussi concevoir un autre rapport aux mourants, à la mort et aux morts. C'est surtout indexer la mort sur la vie et non la vie sur la mort.
La perte d'une personne proche ou d'un membre de la famille est « une menace qui s'approche de nous comme un mystère », ainsi que le souligne Emmanuel Levinas, mais c'est aussi l'expérience bouleversante de la « communauté pathétique des vivants » telle que l'a thématisée Michel Henry. La mort d'un chien, animal psychopompe par excellence et symbole de la fidélité absolue, témoigne que « le meilleur ami de l'homme » participe aussi à cette sympathie universelle qui unit les êtres vivants et perpétue le souvenir des disparus.
 
Figures de la mort

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Jean-Marie Brohm

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