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Né à Bologne, Giovanni Battista Vitali (1632-1692) partagea sa vie entre sa ville natale et Modène, où il s'installa en 1674. Ce parcours géographique du compositeur est remarquable : son passage de Bologne, alors partie intégrante des États pontificaux sous l'administration romaine, à Modène, plus petite mais bien plus laïque et stimulante artistiquement, sous le règne de la brillante famille d'Este, témoigne d'un désir de plus grande liberté d'expression. Tout compositeur doit composer avec les dilemmes de son époque, et l'héritage de Vitali réside dans sa capacité à mettre son immense talent au service d'une synthèse idéale entre tradition et innovation. Les Artificii Musicali (Modène, 1689) ont assuré à Vitali une place de choix dans l'histoire de la musique, notamment si l'on considère l'idée souvent avancée qu'elles auraient inspiré l'Offrande musicale de J.S. Bach, le Gradus ad Parnassum (1725) de J. Fux et G.B. Le Saggio Fondamentale Pratico di Contrappunto sopra il Canto Fermo (1774) de Martini. Les Artificii Musicali de Vitali parurent à un tournant historique, durant les dernières décennies du XVIIe siècle, marquées par un essor fulgurant de la musique instrumentale. Cette liberté créative grandissante pour les compositeurs d'instruments fut une véritable libération, car les générations précédentes de musiciens étaient souvent contraintes dans leur expression artistique par les structures rigides de la polyphonie chorale ou de la forme madrigale. Les Artificii Musicali constituent un manuel pédagogique musical unique, un traité théorique de science canonique et, en définitive, un témoignage de l'originalité et du génie de son auteur. Cet ouvrage contient 40 canons, parmi lesquels 4 peuvent être qualifiés de canons-énigmes. Ces pièces fascinantes sont accompagnées d'une brève devise latine contenant la clé de leur réalisation, que le lecteur est invité à déchiffrer (il est à noter que Bach a également inclus deux canons-énigmes avec des devises latines dans l'Offrande musicale). Les neuf dernières pièces des Artificii forment un recueil éclectique de balletti, de capricci, d'un passagallo et de deux sonates pour violon, représentatifs des principales formes de musique instrumentale de la fin du XVIIe siècle. Bien que les Artificii aient été initialement écrites pour violon et contrebasse, Andrea Coen les interprète ici au clavecin, et qui plus est, au clavecin à tempérament égal. Ce choix ne relève ni de la simplification ni de la banalisation, mais se fonde sur des preuves historiques avérées, rapportées par Patrizio Barbieri : « Pendant les cinquante années qui suivirent, au milieu du XVIIe siècle, des efforts concrets furent déployés en Europe pour accorder les clavecins, les orgues et les harpes non plus selon le tempérament mésotonique habituel, mais selon le tempérament égal. » De plus, les choix d'enregistrement de cet album étaient primordiaux, et Riccardo Cimino a façonné et spatialisé les sons avec une grande sensibilité musicale et une maîtrise technique remarquable. La finalisation de l'enregistrement en Dolby Atmos offre de multiples possibilités d'écoute des Artificii, selon le support choisi : de l'audio Atmos tridimensionnel à la stéréo binaurale. Cette dernière, comparée à la stéréo traditionnelle, offre une profondeur sonore bien supérieure.