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L'Histoire du Liban des origines à 1974 sous la direction de Boutros Dib est une véritable
somme à la portée de tous. Elle retrace une histoire quasiment inédite en France où l'on a mieux
étudié le Liban d'après 1975, celui de la guerre civile. Dans ces pages, un collectif d'historiens,
presque tous libanais, grands spécialistes de la question, se sont efforcé s de faire taire les
polémiques afin de donner une vision sereine d'une histoire fort mouvementée qui fait du Liban un
pays en perpétuelle construction depuis des siècles. En dégager les constantes et les particularités,
afin de brosser une fresque panoramique du Liban, tel fut leur projet. C'est dans cette perspective
nouvelle que Boutros Dib et ses pairs ont choisi de ne pas aborder la guerre civile dont les plaies ne
sont pas encore pansées. Dans une langue simple, vivante, concrète, animée par l'amour du pays
et le souci d'en donner une vision objective, ils se sont attachés à dégager les constantes de cette
histoire et ses particularités, offrant ainsi au lecteur toutes les clés pour démêler les fils de
l'actualité.
Une de ces clés tient à la situation singulière de ce petit pays que l'on définit souvent comme
une montagne tombant dans la mer. D'où sa double vocation d'ouverture et de refuge, de
l'Antiquité à nos jours. La vie commença sur la côte : les Phéniciens ont fondé leur civilisation sur
les rivages de la Méditerranée orientale du nord de la Syrie jusqu'à Gaza. Durant la période
antique, c'est l'ouverture qui domine avec l'activité commerciale des cités maritimes et les
échanges de toutes sortes qui ont notamment permis la création, à Byblos, de l'alphabet moderne,
véritable tournant dans l'histoire de l'humanité. La Montagne, alors à peine habitée, était surtout le
fournisseur du monde antique en bois de cèdre. À partir du VIe siècle, elle devint refuge pour des
peuplades en quête de paix, les Maronites en premier lieu. C'est là l'origine de la célèbre mosaïque
libanaise formée des communautés spirituelles qui la composent actuellement.
Le riche brassage de peuples et de civilisations qui caractérise le millénaire couvert par les
périodes hellénistique et romaine ne sera pas interrompu par la conquête arabe (636). Cette
dernière amènera l'arabisation continue du pays, jusqu'à la reconnaissance par les Ottomans de
l'autonomie libanaise. Pourtant, il faut attendre le XIXe siècle pour voir sa souvera ineté consacrée,
et même 1943 pour que le Liban vive sa première journée d'indépendance absolue. Les passions
(nationalisme, conflits religieux) commencent à se déchaîner, le pays est en proie à de graves
troubles lors de la période qui précède la crise-explosion de 1975.
Ainsi, embrasser l'histoire du « pays du lait et du miel » depuis sa genèse nous donne à
comprendre comment et pourquoi il fut de tout temps traversé par des civilisations multiples, qui,
une fois condensées en particularismes, ont marqué d'une empreinte très forte les différentes
régions d'un si petit pays. Et nous éclaire parfaitement sur la tradition d'ouverture, de libéralisme
au sens large, la richesse et la diversité, dans l'unité, de la mosaïque libanaise.