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INTRODUCTION: En France, le souvenir douloureux des violences commises par
l'occupant allemand dans les « années noires » est un chapitre central de la
mémoire collective. Pourtant, pour peu que l'on parte à la recherche d'ouvrages
scientifiques traitant de la politique de « maintien de l'ordre et de la
sécurité » conduite en France par les autorités allemandes entre 1940 et 1944,
on se heurtera à un vide historiographique surprenant. Tout au plus trouvera-t-
on quelques travaux consacrés aux crimes de la Gestapo, mais rien, ou si peu,
concernant le rôle essentiel joué dans ce domaine par l'appareil militaire
d'occupation. Pourquoi réexaminer la politique de « maintien de l'ordre et de
la sécurité » du MBF ? Or, lLe Militärbefehlshaber in Frankreich (Commandant
Militaire en France, MBF) constitue la pièce centrale du système d'occupation
allemand en France. Jusqu'en juin 1942, il dispose , dans le territoire de son
ressort, du monopole du « pouvoir exécutif » (vollziehende Gewalt). Sa mise en
place répondait à un souhait du Haut-Commandement de l'Armée de Terre (OKH) qui
considérait qu'en Pologne, l'installation d'une administration civile
d'occupation avait sapé l'autorité des militaires, dont la réputation aurait
par ailleurs été compromise par les agissements des groupes d'intervention de
la Sipo-SD (Sicherheitspolizei und Sicherheitsdienst, police de sûreté et
services de renseignements du NSDAP). L'OKH put ainsi obtenir de Hitler, en
octobre 1939, que les territoires de l'Ouest dont l'occupation était d'abord
envisagée pour des raisons militaires, soient soumis à une « administration
militaire » qui exercerait seule les « droits de la puissance occupante ».
Aucun organe de police autre que militaire ne devait pouvoir franchir les
frontières allemandes à la suite des unités combattantes. Le
Militärbefehlshaber in Frankreich (Commandant Militaire en France, MBF)
constitue la pièce centrale du système d'occupation allemand en France.
Installé à Paris à l'hôtel Majestic situé avenue Kléber, le MBF , qui ne
possède pas d'attributions en matière d'opérations militaires et qui ne dispose
que de quelques troupes d'occupation, s'apparente plutôt à un gouverneur
militaire. Jusqu'en juin 1942, il dispose, dans le territoire de son ressort,
du monopole du « pouvoir exécutif » (vollziehende Gewalt). Cinq généraux se
succèdent à la tête de l'administration militaire au cours de l'occupation.
Après le très bref passage du général d'armée Blaskowitz à la tête de
l'administration militaire allemande, en tant que Commandant Militaire Allemand
en France, c'est le général d'infanterie Alfred Streccius qui prend le relais
du 30 juin au 25 octobre 1940. Il est nommé Chef de l'administration militaire
cependant que le maréchal von Brauchitsch, chef de l'OKH, conserve le titre de
Commandant Militaire Allemand en France et avec lui l'autorité d'ensemble, afin
de préserver les pouvoirs de l'exécutif militaire des prétentions des autres
instances du Reich. Lorsqu'à la fin du mois d'octobre l'OKH quitte
Fontainebleau pour réintégrer son quartier général près de Berlin, Brauchitsch
nomme à Paris un Commandant Militaire Allemand en France, pour renforcer la
position de l'administration militaire. Réputé trop faible, disposant des
pouvoirs mais non du rang d'un commandant en chef, le Chef de l'Administration
Militaire von Streccius est ainsi remplacé par le général d'infanterie Otto von
Stülpnagel, jusqu'ici Général Commandant-adjoint de la XVIIè région militaire à
Vienne, à la réputation plus énergique malgré ses soixante et un ans, et à qui
l'on octroie le rang de Commandant Militaire en France. Il quitte
volontairement ses fonctions à la suite d'un différend avec Berlin sur la
conception de la politique répressive en France. C'est son cousin, le général
d'infanterie Carl-Heinrich von Stülpnagel, qui le 20 février 1942 reprend son
poste. Ancien Chef du Grand Quartier II à l'État-major de l'Armée puis Chef du
Grand Quartier I avant-guerre, il commandait le IIè Corps d'Armée au cours de
la campagne de France et assuma à la fin du mois de juin 1940 la présidence de
la Commission Allemande d'Armistice à Wiesbaden, avant de prendre le
commandement de la 17è Armée en Biélorussie, de février à novembre 1941.
Condamné à mort et exécuté pour avoir participé au coup d'État manqué contre
Hitler le 20 juillet 1944, il laisse sa place à Paris au général d'aviation
Kitzinger, ancien Commandant de la Wehrmacht en Ukraine, qui prend ses
fonctions le 22 juillet 1944 et se maintient jusqu'à la retraite allemande.
Chef en titre du pouvoir suprême allemand, et par conséquent seul responsable
du « maintien de l'ordre et de la sécurité » en France occupée, le MBF sera
pourtant très rapidement concurrencé par une multitude d'instances allemandes
indépendantes qui impl