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Rappelez-vous : Hypnos, dieu du sommeil dans la mythologie grecque est également le frère jumeau de Thanatos et le père de Morphée. Au pays des songes, à l'orée du sommeil et jusqu'au souffle sur les tombes, Hypnos veille. Il apaise le mortel et le conduit au bout de son chemin. C'est le thème du nouveau voyage de la pianiste Fanny Azzuro. A cette plongée dans la nuit romantique, qui absorbe peu à peu toute
lumière, répondent des écritures teintées d'espérance. Les nocturnes qui composent le second volet de ce double album évoquent un rêve sur le chemin de la résignation, peut-être, de la réconciliation, sûrement.
Le pressentiment de la mort, le deuil et son cortège funèbre, irriguent le premier volet de ce double album. Les compositeurs du 19e siècle ont exploré, grâce au piano moderne, des contrées nouvelles de la nuit. Nuit héroïque et réconfortante dans l'écriture du dernier BRAHMS, bien différente chez CHOPIN, dont la Sonate dite « Funèbre » est conçue comme un drame en quatre actes. Qui enterre-t-on ? Le compositeur ou la Pologne, qu'il quitta en 1830 ? Les visions fantasmagoriques et macabres traversent la Sonate. Elle annonce de manière prémonitoire ce que sera la musique un demi-siècle plus tard. La violence atteint
son paroxysme avec les Nachtstücke de SCHUMANN. Visions de cauchemars, rage et combats à livrer... Nul espoir dans ces pages d'une noirceur absolue !
L'interprète place en miroir, les nocturnes de CHOPIN et de SCRIABINE. Les premiers évoquent l'univers du bel canto, l'art du chant italien, d'une grâce nonchalante. En revanche, les Nocturnes op. 5 de SCRIABINE semblent jaillir d'une improvisation qui envoûte l'air du soir. Quant au Prélude et Nocturne pour la main gauche du compositeur russe, il exige de son interprète qu'il donne l'illusion des deux mains sans rompre un sentiment de délicieux abandon.
Fanny Azzuro nous propose ici un répertoire plus rare avec, tout d'abord, trois des six Soirées musicales op.6 de CLARA SCHUMANN. Le salon romantique, l'art de la confession dominent ces partitions qui rendent hommage à CHOPIN et, bien évidemment, à ROBERT SCHUMANN. Le Notturno du norvégien EDVARD GRIEG, nous emmène ensuite du romantisme à l'impressionnisme. Dans cet extrait des Pièces Lyriques, la mélodie au charme envoûtant devient une délicate palpitation. Enfin, la pianiste referme son récital avec le Notturno d'OTTORINO RESPIGHI. Cette oeuvre de jeunesse du compositeur italien se ressent comme le frémissement du vent dans les cyprès d'une colline d'Ombrie.