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La chanson réaliste, cette vieille dame de plus de cent ans, eh bien elle sonne encore, elle re-sonne à notre porte, et pire elle résonne foutrement ici et maintenant. L'autre jour, en faisant un tour près de chez moi, dans le Xème à Paris, je voulais lui chanter A la dérive au vendeur de crack à casquette du bassin de la Villette, je voulais lui fredonner Les inquiets au jeune Pakistanais sans sac et sans papiers traînant sa peine le long du canal. oh oui, parce que l'humour ça peut sauver de la noyade, vous croyez pas ? Chanter les toxicos, les paumés, les battues, les meurtrières, les cabossés du ciboulot, ça leur dit à ceux qui nous gouvernent, ça leur dit haut et fort, qu'on n'en veut pas de leur monde propre et net comme un carrelage de cuisine bourgeoise. Schwartz et Labarrière, elles font pas l'apologie de la came, de l'alcool et du crime mais elles savent que ça existe, et qu'avec du talent et une bonne dose d'humour, ça vaut la peine d'en parler de ceux dont on ne parle plus. La basse de Labarrière est un coup de surin, une caresse, une baston, la voix de Schwartz un cristal remplie d'absinthe poivrée qui vous emmène à la dérive, les yeux hagards, l'oeil hérissé j'en redemande.elles me font rire aussi bien que pleurer. alors oui quand j'ai le cafard, j'écoute à fond J'ai le cafard pour être sûr, au moins durant le temps du disque, de ne plus l'avoir. Bonne écoute.
Martha Krüll