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"Parfois considérée (à tort) comme la première femme chef d'orchestre de l'histoire, Jane Evrard n'en a pas moins été l'une des figures marquantes les plus originales de l'entre-deux-guerres. Avant elle, Nadia Boulanger avait apporté la preuve que l'estrade du chef d'orchestre n'était pas nécessairement un enclos masculin. Mais l'originalité de Jane Evrard tient à son profil d'activité dans le domaine de l'orchestre. Violoniste de formation, premier prix du Conservatoire de Paris en 1912, épouse de Gaston Poulet, elle a commencé une carrière d'instrumentiste d'orchestre qui lui a permis de participer notamment à la création du Sacre du printemps en 1913. Après la Première Guerre mondiale, elle rejoint occasionnellement le Quatuor Poulet puis, à partir des années vingt, se consacre surtout à l'enseignement. Elle réunit certains de ses élèves pour des auditions d'orchestre et Émile Vuillermoz la pousse à fonder l'Orchestre féminin de Paris. Elle quitte son violon pour la baguette et le premier concert a lieu le 3 juin 1930, Salle d'Iéna. Cet orchestre, composé de vingt-cinq instrumentistes à cordes, connaît un grand succès et se produit également en Europe jusqu'au début des années quarante. Elle sollicite de nombreux compositeurs et compositrices qui écrivent pour elle : Eugène Bozza, Daniel-Lesur (Variations pour piano et cordes, 1943), Yvonne Desportes (Suite de danses pour harpe et cordes, 1933), Arthur Honegger (Prélude, arioso et fughette sur le nom de BACH, 1936), Maurice Jaubert, André Jolivet (Andante pour cordes, 1936), Georges Migot, Darius Milhaud, Jean Rivier (Symphonie n° 3, 1940), Marguerite Roesgen-Champion (six créations dont la Suite pour cordes et le Troisième concerto pour clavecin et cordes) Albert Roussel (Sinfonietta, 1934), Florent Schmitt (Janiana, 1942). Après la Libération, elle reprend la baguette lors des soirées de danse de Janine Solane au Palais de Chaillot et dirige également en province et à la radio nationale. Elle finit ses jours dans l'oubli en 1984 mais depuis 2002, une place porte son nom dans le 16e arrondissement de Paris. Alain Pâris
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