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« Mon jardin est mon oeuvre. Ma mémoire est la
terre de mon jardin. Tout ce qui pousse sur cette
terre, y garde les racines et déchire le sol pour aller
ailleurs, pour s'unir à l'univers. » Kiya Tabassian
De tout temps, en tous lieux, la Parole du monde s'est incarnée dans
celle, terrestre, du barde, du troubadour ou du griot. Ces artisans
poètes, tout autant passeurs que pacificateurs, sont le trait d'union
avec les forces de la nature, le divin indicible, la mémoire des anciens.
Il leur revient d'entretenir le foyer quotidien de l'âme collective. Entre le
djéli malinké conseillant les rois-guerriers et narrant leur glorieuse
généalogie, et le bakhshi du Khorasan, lettré, chamane et barbier, il ne
semble ainsi y avoir qu'une corde de luth... C'est à croire que les
mélodies et l'oralité viennent autant de la terre, de l'eau et de l'air que
du coeur des hommes.
De nos jours, ces libres penseurs et voyageurs font du monde leur
jardin... À la façon des musiciens de Constantinople et d'Ablaye
Cissoko, griot de Saint-Louis du Sénégal, éternel oiseau migrateur et
maître de la kora. On dit de cette harpe luth du Royaume mandingue
qu'elle était le bien le plus précieux et disputé de la femme-génie. De
cette créature céleste, Ablaye semble avoir hérité la grâce. Douceur
de son timbre, finesse de ses lignes mélodiques, fluidité de son doigté,
virtuosité sans tapage, propos d'une générosité ciselée, écho à
l'enfance et maturité du sage mêlées.
Entre le trio Constantinople et Ablaye, au commencement, la
rencontre simple des cordes et des voix qui rappellent aux sources la
beauté d'être. Puis, la traversée conjointe des lieux communs de
l'imagination, comme une longue respiration face à la marche
inexorable du monde et du temps.