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Un coffret de deux vinyles réunissant une sélection de singles choisie par l'éminent spécialiste de la culture pop, couvrant une année qui a vu naître les premiers 45 tours punk. Voici Jon en personne pour nous raconter le contexte.
Bon, voici la situation. Le Top 10 des meilleures ventes de singles de 1976 ne comptait qu'un seul titre imparable - « Dancing Queen » d'Abba - et tout un lot d'horreurs, avec en tête de liste Brotherhood Of Man (« Save Your Kisses For Me ») ainsi qu'Elton John et Kiki Dee (« Don't Go Breaking My Heart »). À la septième place, juste après quelques morceaux de rock américain bien lisses, figurait une autre horreur : « Fernando » d'Abba. Un peu plus bas, à la seizième place, on trouvait peut-être l'exemple le plus flagrant de la médiocrité de cette année-là : « The Combine Harvester (Brand New Key) » des Wurzels.
J'avais 22 ou 23 ans à l'époque. Assez âgé pour avoir grandi avec la scène pop fabuleuse et vibrante des années 60 jusqu'au milieu des années 70 - moment où le glam commençait à s'essouffler -, mais assez jeune pour aspirer encore à une culture adolescente énergique et excitante ; or, c'est tout le contraire de ce que m'offrait « Jeans On » de David Dundas. Je vivais à Chester, dans une chambre meublée loin de chez moi, et ces tubes qui squattaient le sommet des charts hantaient mon quotidien. C'était comme si toutes les promesses de la pop s'étaient envolées en fumée, n'étaient plus qu'un mensonge grotesque orchestré par des animateurs de Radio 1 aux mines mielleuses.
Puis, en avril, venus des États-Unis, les Ramones ont débarqué : une véritable rupture nous propulsant dans le présent, l'avenir, l'immédiateté. Pour moi, l'année s'est scindée en deux : l'avant et l'après. Avant, j'écoutais Dr Feelgood, David Bowie et du funk atypique, en quête de tout ce qui n'était pas insipide. Après avril, il n'y a plus eu que les Ramones et des disques adoptant ce même tempo effréné, ou affichant un son brut et agressif - des singles et des disques en solde qu'on pouvait dénicher chez Rock On à Camden ou Rocks Off au Soho Market.
L'autre bande-son de cette époque, c'était le dub reggae : ces disques que j'entendais dans les rues de Ladbroke Grove ou qui résonnaient à plein volume sur les sound systems lors du carnaval de cette année-là. « Police And Thieves » a marqué la bande-son de cet été-là, mais j'étais fasciné par la déconstruction cinétique du morceau « King Tubby Meets The Rockers Uptown » d'Augustus Pablo ainsi que par les ambiances ludiques et finement observées de l'album « Pick A Dub » de Keith Hudson - deux oeuvres sorties en 1974-1975 et qui ne figurent donc pas dans cette sélection. L'album dub « Garvey's Ghost » de Burning Spear constituait une autre de mes obsessions.
Quelques tubes grand public ont réussi à se frayer un chemin - comme l'hymne à la résilience de Candi Staton, « Young Hearts Run Free », le titre aux accents sombres façon Byrds du Blue Öyster Cult, « (Don't Fear) The Reaper », et la symphonie pop de 10cc, « I'm Mandy Fly Me » - ainsi que quelques disques disco atypiques. Mais je basculais déjà vers autre chose. Passionné de pop, je sentais qu'un bouleversement allait bientôt m'emporter. Je le lisais dans la presse musicale et je le ressentais au plus profond de moi. En octobre 1976, je l'ai trouvé.
Pour cette compilation, les règles restent les mêmes : uniquement des singles, classés par ordre à peu près chronologique selon leurs dates de sortie au Royaume-Uni. J'ai pris quelques libertés concernant Roxy Music et les Buzzcocks, mais ces deux groupes existaient bel et bien en 1976. Comme d'habitude, environ deux tiers des titres sont des morceaux que j'écoutais à l'époque et qui comptaient pour moi, tandis que les autres ont été découverts plus récemment, complétant ainsi ma vision de cette année-là. « Shack Up » en est un bon exemple : je l'ai découvert via A Certain Ratio avant de tomber sur l'original de Banbarra dans les bacs peu de temps après.
Il y a quelques recoupements avec la compilation CD « 1972-1976 » du label Ace sortie il y a quelques années, mais en retravaillant cette période pour le format vinyle, j'ai ajouté de nombreux nouveaux titres et tenté d'éloigner la sélection de la seule étiquette « pré-punk ». Ce n'était pas le seul genre que j'écoutais cette année-là ; l'énergie de ces disques pré-punk se marie parfaitement avec l'Europop de Hot Blood - du disco déjanté - ou le funk-guitare irrésistible de « Kill That Roach » de Miami. Le tout est survolé par les prêches jamaïcains de Junior Murvin, Burning Spear et Max Romeo. Alors, prêts ? C'est parti !
Visuel de la pochette dépliante signé PHILIP DIGGLE.